Le petit bâtard

par

Résumé

Le narrateur, William Amos Mann, dit Billy, entame le récit de sa vie au jour où son grand-père, Thomas Mann – sans parenté avec l’écrivain – trouve un bébé sur le seuil de sa maison dans l’État de New York, près du lac Érié. Ce bébé, c’est lui, sur qui on a étiqueté un papier portant ces mots : « Le Bâtard d’Eddie ». Eddie était le fils de Thomas, un beau sportif aux multiples trophées, au sourire ravageur, gentil et solide, disparu dans la tourmente du Vietnam aux commandes de son avion de combat. Le vieil homme, alcoolique atteint de mélancolie, adopte immédiatement le bambin. Il va l’élever dans la solitude, car les Mann ne sont pas tout à fait comme les autres.

Autrefois, à Mannville, tout leur appartenait. La fortune est venue de Willie Mann, héros de la guerre de Sécession, qui toute sa vie a boité à cause d’une balle sudiste logée dans sa jambe. Son fils Thomas est mort trop tôt pour dilapider cette fortune, que sa jeune épouse a su gérer et faire prospérer. Quand leur fils, Thomas junior, l’actuel Grand-Père, s’engage dans l’infanterie pendant la Seconde Guerre mondiale, il emporte avec lui le journal tenu par Willie, le héros respecté, que ce dernier lui a donné. Quand il l’ouvre, il est déçu : les premières pages lui révèlent le quotidien d’un paysan américain à la syntaxe approximative ; alors il referme le gros cahier et le fixe contre son ventre à l’aide d’adhésif. Bien lui en prend : l’avion qui le transporte vers le champ de bataille est abattu par un chasseur Zéro japonais et chute dans le Pacifique. Indemne, il nage vers une petite île. Arrivé sur la plage, il y découvre un autre survivant : le pilote du Zéro abattu par la mitrailleuse de l’avion américain. Stupéfait, Thomas junior rencontre Enzo Fujimora, homme cultivé qui a fait ses études à Harvard, exact contraire du croquemitaine cannibale que Thomas imaginait. Une grande amitié naît entre les rescapés : Enzo transmet ses connaissances sur les plantes à Thomas, qui lit au Japonais des extraits du journal de l’ancêtre. En fait, ce journal intime se révèle un livre plein de sagesse, d’humanité, de profondeur. Quand un navire américain finit par secourir les deux hommes, Enzo est fait prisonnier, et Thomas junior lui confie le manuscrit : qu’il le lise, et en fasse bon usage.

Cette histoire, grand-père Thomas la raconte à Billy, avec des dizaines d’autres ; toutes concernent les Mann. L’enfant est élevé dans leur culte, dans la maison familiale où errent les fantômes des ancêtres, les Mann, des gens véritablement à part. Il est aussi élevé dans la solitude, car Grand-Père ne fréquente personne depuis qu’il s’est ridiculisé en perdant la fortune familiale pour s’être lancé dans l’élevage d’autruches. Le vieil homme invite Billy à se méfier de tous, particulièrement des blancs pauvres, les loqueteux racistes et grossiers, comme leurs voisins, les Simpson, dont le père au regard porcin a engendré une foule de petits aussi laids que lui, à l’exception d’Annie, frêle victime des violences paternelles, qui a l’âge de Billy. Il a aussi un fils, Frédéric, revenu grièvement blessé du Vietnam, et qui survit, inerte et coupé du monde, dans une chambre où il croupit dans la crasse. Pourtant, c’est vers Simpson que Billy doit se tourner quand, lors de l’hiver de ses sept ans, Grand-Père se démet la hanche. L’enfant parvient malgré la neige à rejoindre la maison des Simpson pour demander du secours. Là, le père alerte l’ambulance, mais crache aussi son mépris au visage de Billy : il n’est qu’un bâtard. Billy découvre ce mot, ainsi que la bassesse et la méchanceté.

Pendant la convalescence de Thomas, Billy est confié aux Schumacher, joyeuse famille de solides Allemands qui prennent soin de l’enfant comme de l’un des leurs. Le brave père Schumacher est intrigué par le rêve récurrent que fait Billy : il est une fille qui s’enfuit devant des soldats ; il tombe, on lui coupe la tête. Serait-ce le signe d’une réincarnation ? En tout cas, Billy doit maintenant aller à l’école, que fréquente aussi Annie, dont il est amoureux. Là, il poursuit sagement ses études – il est très doué – et découvre à l’adolescence, quand un footballeur costaud et hargneux cherche à le harceler, qu’il sait se battre quand il le faut, et qu’il y prend même plaisir. Il a quatorze ans, et les mystères du sexe hantent son imagination. Un soir, alors qu’il a invité Annie au cinéma, elle lui révèle un terrible secret : depuis des années, son père la viole. Elle exige le silence de Billy, horrifié.

Le garçon travaille comme livreur à l’épicerie, ce qui l’aide à payer les factures. En outre, il s’adonne à sa passion : l’écriture. La première nouvelle qu’il écrit raconte l’histoire de Willie Mann, l’ancêtre à l’origine de la fortune familiale. Un jour, en bêchant, Willie trouva un coffre plein d’or, l’or des Rory, des marchands d’esclaves écossais établis an Amérique qui finirent par s’entretuer par cupidité. C’est Willie qui le premier fit ce rêve étrange commun à tous les Mann : il est une fille, poursuivie par des hommes qui lui coupent la tête. Tel fut le destin de Mary Rory, pourchassée par des mercenaires Hessois envoyés par le roi d’Angleterre. Or mal acquis, souillé du sang d’une malheureuse… Willie aurait préféré ne jamais trouver cet or qui risquait de transformer les Mann en nouveaux Rory.

Quand Billy donne sa nouvelle à lire au docteur Connor, le médecin de la ville, il lui confie aussi le secret d’Annie. Peu de temps après, la jeune fille apparaît devant Billy, le visage tuméfié : les services sociaux sont venus à la maison, et Simpson s’est vengé. Le guerrier celte qui sommeille en Billy s’éveille alors : un matin, il s’introduit chez les Simpson et surprend le père au moment où il va violer sa fille. La surprise coupe le souffle de Simpson qui s’écroule, mort, dans sa crasse et son urine. À la surprise de Billy, Grand-Père assiste aux obsèques de Simpson, et prend la décision d’arrêter toute consommation d’alcool. Il entre à l’hôpital et y reste de longs mois, le temps d’une difficile désintoxication. Quant à Annie, elle a disparue et les recherches restent sans résultat. Billy profite de sa solitude pour se consacrer à l’écriture ; il passe des heures devant sa machine à écrire, à se chercher un style personnel. Grand-Père revient de l’hôpital, accompagnée de Mildred qu’il a rencontrée en cure. La vieille dame s’installe et prend soin des deux hommes. Billy vit enfin dans une maison qui ressemble à un foyer normal.

Cependant, Mannville est une bien petite ville, et Billy ressent le besoin de sortir de sa tanière et de connaître le monde. L’occasion lui en est offerte par Annie : elle a fui au Canada, s’est installée à Montréal, et Billy lui rend visite. Cependant, l’Annie d’autrefois a disparu : elle apparaît maintenant renfermée, parfois hostile, sa blessure n’est pas refermée et son dégoût des hommes est tel que Billy croit comprendre qu’elle s’est tournée vers l’amour homosexuel. Elle accepte cependant de traduire en français sa première nouvelle et de la soumettre à un magazine francophone. Pendant l’absence de Billy, une triste chose est arrivée : le docteur Connor est mort. Dans une lettre rédigée à l’ultime minute, il raconte à Billy l’histoire de sa naissance : une très belle jeune femme hippie s’est un jour présentée à son cabinet. Sur le point d’accoucher, elle fut hébergée par Connor et sa femme, et mit au monde un bébé, Billy. Ce sont les premières informations que Billy recueille de sa mère, et il commence à mener l’enquête : de fil en aiguille, il retrouve un camarade de combat de son père qui lui décrit la rencontre et la brève mais intense histoire d’amour de ses parents. Elle était très belle, il était lumineux, et ils s’aimaient.

Billy a dix-huit ans. Bien qu’il soit maintenant abstinent, Grand-Père sent sa fin approcher, car son organisme est ravagé par des décennies d’alcoolisme. Frédéric Simpson, le frère d’Annie, est décédé. Billy assiste aux obsèques et explore le cimetière local : il est stupéfait de compter des dizaines de tombes au nom des Simpson. Grand-Père lui révèle alors l’origine de la haine entre les deux familles : les Mann et les Simpson sont cousins, et Willie, l’ancêtre glorieux, est parti guerroyer accompagné de son jeune cousin Frédéric Simpson. Un jour qu’une brute le maltraitait, Willie a tué l’individu puis a passé quatre ans en prison militaire pour meurtre. Il n’a pas vu une bataille, et pendant ce temps, Frédéric fut tué au combat. Sa boiterie venait d’un coup de fusil tiré par un fermier. Il est revenu vivant, ce que la mère de Frédéric ne lui a jamais pardonné. Voilà l’origine de la haine, et pourquoi Grand-Père voyait d’un mauvais œil l’idylle entre Billy et sa cousine Annie.

L’heure du départ sonne pour Grand-Père, qui s’éteint paisiblement. Quelques heures avant ce moment, un petit homme s’est présenté à leur porte : Enzo Fujimora. Il est venu dire adieu à son vieil ami et rapporter le journal de Willie. Une veillée funèbre traditionnelle est organisée ; il y a des amis, de la nourriture, du whisky : les Mann sont d’origine irlandaise, et on dit adieu au mort avec force toasts. Quand un trio de musiciens irlandais, qui semblent surgis d’un lointain passé, se présentent et jouent, Billy comprend que c’est une nouvelle vie qui commence : lui aussi assurera la descendance des Mann, il retrouvera sa mère, et il saura apaiser les tristes fantômes qui hantent la demeure ancestrale.

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