Table des matières

Le Roman de Thèbes

par

Résumé

Le Roman deThèbes, qu’on considère souvent comme l’un despremiers romans – si ce n’est le premier – de l’histoire de la littératurefrançaise, est une œuvre passionnante en ce qu’elle se situe au confluent d’unesomme d’influences. Il s’agit dela réécriture d’un mythe antique païen par un clerc résolument chrétien etbercé par l’idéal de courtoisie en vigueur au Moyen Âge. En outre, l’œuvre estun formidable document sur l’état de la langue française à cette époque, unelangue pas encore vraiment affranchie de ses racines, mais déjà vigoureuse etpleine de surprises.

            L’œuvre s’ouvre sur un prologue oùl’auteur, naturellement, invoque ses modèles – Platon, Virgile, Cicéron, Homère– et annonce quels vont être les protagonistes de son histoire : enl’occurrence Étéocle et Polynice, fils d’Œdipe et Jocaste. Mais le romancier nes’attaque pas à leur histoire directement, il choisit de la traiter par undétour. Ainsi, avant de narrer d’emblée ce qui les attend, il fait le récit dela vie de leur père. On n’y trouve rien de proprement surprenant : l’auteurraconte majoritairement l’histoire qu’on connaît bien. Seule variationsignificative, l’auteur est très elliptique sur les aspects les plus scandaleuxdu mythe. Il esquive la question du parricide et de l’inceste dès qu’il le peut.À sa naissance, un oracle annonce à ses parents qu’Œdipe va engendrer le chaos.Son père décide de le tuer, mais sa mère l’en empêche par de poignantessupplications. À la place, ils organisent sa captivité et l’enfant est pendupar les chevilles, en public, sur une colline. Polybe, roi de Corinthe, letrouve là et décide de l’adopter. Plus tard, Œdipe, presque adulte, souffre desinsultes des gens qui le qualifient à juste titre de bâtard. Il va voirl’oracle de Delphes pour en apprendre davantage sur son véritable père –l’oracle lui dit de se rendre à Thèbes. (Dans le mythe originel, l’oracle luidit plutôt « attention, tu vas tuer ton père et coucher avec ta mère »,ce qui engendre la fuite d’Œdipe vers Thèbes, car il pense que Polybe et safemme sont ses vrais parents). Sur le chemin, il tue le roi de Thèbes, sonpère, sans savoir qui il est. Puis il vainc le Sphinx, monstre qui terrifie lacité, en résolvant sa célèbre énigme. Les Thébains, apprenant la nouvelle,admirent ce jeune héros et l’accueillent avec plaisir. Jocaste, peu à peu,tombe sous son charme et Œdipe réciproquement. Au bout d’un certain nombred’années (pendant lesquelles ils ont quatre enfants), la vérité éclate et Œdipes’exile.

            Au départ du père, le trône deThèbes est vide. Étéocle et Polynice n’arrivent pas à s’accorder et décident degouverner chacun son tour. Une année, ce sera Étéocle, une année Polynice, etainsi de suite. Mais quand vient la fin du tour d’Étéocle, il refuse de céderle pouvoir à son frère. Polynice fuit, furieux. Il traverse de nombreusescontrées pleines de dangers, combat de nombreuses créatures inquiétantes, pouratteindre la cité d’Argos. Le but de la manœuvre est de se faire des alliésafin de faire tomber son frère et de reprendre le pouvoir. Pour sceller toutesces alliances, Adraste, le roi d’Argos, offre ses filles en mariage à sesalliés. Ainsi Polynice épouse Argie et le roi Tydée épouse Déipyle.

            Les alliés de Polynice, qu’onappelle plus communément « Les Sept », désignent Tydée commemessager. Tydée va voir Étéocle et tente de la raisonner, de lui faireabandonner le trône sous quelques conditions. Étéocle refuse sans réfléchir.Tydée, en colère, défie tous les Thébains, l’un après l’autre. Étéocle, alorsque Tydée sort de la cité, arme cinquante guerriers qui prennent Tydée enembuscade. Celui-ci en sort indemne et abat la majeure partie du groupe.

            Puisqu’Étéocle ne veut pas lâcherprise, il faut se résoudre à faire la guerre. Chaque camp commence à sepréparer. Dans le camp des Sept, on choisit de mettre chaque chef devantchacune des sept portes de la cité de Thèbes. Dans le camp des Thébains,Étéocle désigne à son tour sept chefs pour contrer les adversaires. Pour savoircomment il doit agir, il questionne le devin Tirésias.

            À cet endroit, l’auteur fait unesorte de digression. Il évoque l’histoire d’Hypsipyle qui, nourrice d’un enfantappelé Opheltès, le laisse se faire mordre par un serpent par manque devigilance. La mère de l’enfant, raisonnée par son confident, ne se venge pasmais fonde un culte en mémoire de son fils, qu’elle renomme Archémoros.Archémoros signifie « début du désastre » en grec. On comprend à cestade que la digression est purement symbolique : il s’agit de dire par avanceque l’expédition des Sept va lamentablement échouer.

            On en revient à nos personnagesprincipaux par le biais de l’épisode de Montflor, durant lequel les Septs’emparent, grâce à la ruse, d’un château à l’emplacement stratégique, sur laroute de Thèbes. Ce moment de l’œuvre permet aussi à l’auteur de décrire avecdélice la tente luxueuse du roi Adraste.

            Les Sept arrivent enfin à Thèbes.Tout le monde se met en place, comme prévu. On essaie une dernière fois denégocier avec Étéocle, en vain. Une première bataille éclate : Amphiaraos, l’undes Sept, est tué.

            Lors d’une deuxième bataille, c’estAton qui meurt, Thébain qu’Ismène, la sœur d’Étéocle, et Polynice pleurent avecrage et désespoir.

            Une troisième bataille survient.Cette fois-ci c’est Tydée qui est abattu ! Un nommé Hippomédon est choisi pourle remplacer à la tête de ses troupes. L’auteur fait, suite à cette mortmarquante, une double pause dans le récit de la guerre. D’une part, il fait lerécit des astuces thébaines pour parvenir à se ravitailler dans cette situationde siège. D’autre part, il raconte la trahison et le jugement d’un Thébainnommé Daire le Roux.

            Les hostilités reprennent cependant.Deux personnages importants du clan de Polynice sont vaincus à nouveau :Hippomédon et Parthénopée.

            Une cinquième bataille éclate. Leconflit n’aboutit à rien. Étéocle et Polynice décident de régler le différendpar un duel. Le duel est laborieux et ils finissent par s’entretuer.

            Ce qu’il reste des Sept prend alorsla cité et font venir leurs femmes et le duc d’Athènes.

 

            Pour quiconque ne maîtriserait pasl’ancien français, l’idéal est de découvrir Le Roman de Thèbes dans uneédition bilingue. L’édition bilingue en effet permet d’avoir accès en mêmetemps à la saveur de la langue originelle et au sens parfois crypté par unegrammaire et un vocabulaire qui ont beaucoup changé. Le Roman de Thèbes est une porte d’entrée dans un univers trèsriche. Le lire, c’est faire un premier pas vers la densité foisonnante desmythes de l’Antiquité et vers les romans de chevalerie fondateurs du Moyen Âge.  

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Résumé >