Les Destinées : poèmes philosophiques

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Résumé

Les Destinées :poèmes philosophiques est une œuvre du poète, dramaturge et romancierfrançais Alfred de Vigny. Cet ouvrage fut publié à Paris aux éditions MichelLévy frères en 1864, le volume définitif ayant paru à titre posthume.

Ce recueil est composé de onze poèmes qui furent écrits parVigny entre 1838 et 1863, et dont certains furent publiés de son vivant dansles années 1840 dans La Revue des deuxMondes. Les autres furent écrits dans les années 1850 et 1860, et l’on peutpercevoir des différences entre ces deux époques, ces deux âges. Tous cespoèmes sont de facture classique, tous sont écrits en alexandrins.

Vigny aborde dans ce recueil les thèmes de la liberté et dela destinée, entremêlant ainsi la force du destin et son influence sur la viede l’individu qui doit devenir libre. Il montre que la liberté et la destinéeaccompagnent l’individu tout au long de sa vie, et ces thèmes sont abordés dedeux manières: d’un point de vue poétique et d’un point de vue philosophique.

Le recueil s’ouvre avec le poème « Les Destinées »qui donne son titre au recueil. Il s’agit d’une annonce des thèmes traités etde la manière dont ils seront traités dans les poèmes suivants. L’épigraphe dupoème affirme sobrement : « C’était écrit. Depuis le premier jour dela création », propos qui dit assez la force de la destinée. Le poète poseainsi le problème principal de la condition humaine, qui se retrouve soumise àla destinée, dont le poids est trop lourd pour que l’homme puisse s’en défaireet vivre libre. Le poète se pose donc la question de la fatalité, qu’il décrit,et dont il indique qu’elle a toujours été ressentie par l’humanité, depuis dessiècles, dans toutes les civilisations humaines. Selon lui, la religion,notamment chrétienne, en évoquant le message du Christ, n’a rien changé à ladestinée. Le déterminisme dont est victime l’homme reste le même.

Le second poème intitulé « La Maison du berger »comporte en guise d’épitaphe « À Eva », poème en réalité adressé àMarie Dorval, qui présente l’auteur sous la forme d’un poète et d’unphilosophe, et en cette qualité de penseur il ressent le devoir de guider leshommes vers la liberté. Il se rend compte du mal social, abordé de façonphilosophique, que vivent les individus autour de lui. Conscient de la missionqui lui incombe, il l’accepte avec beaucoup de sérieux et de solennité. Parailleurs, ce poème est un réquisitoire contre le moyen de transport endéveloppement à l’époque, le chemin de fer, que l’auteur juge rétrograde.

Le poème suivant, « Les Oracles », aborde laquestion du mal social de façon plus politique. Le poète y fustige vertement lerégime parlementaire qu’il juge dévoyé, ainsi que la monarchie de Juillet desannées 1830. Selon lui elle est un échec, et il réfléchit aux bouleversementsamenés par les révolutions. Il cite les empereurs, les rois, le peuple, ainsique Cromwell à l’origine de la révolution en Angleterre deux sièclesauparavant. Il déclame : « Et nunc, / Reges mundi, nuncintelligite ! », soit « Et maintenant, / Les rois du monde,maintenant vous devez comprendre ! »

« La Sauvage », poème suivant, aborde le thème dela civilisation. Le poète présente la civilisation européenne, et l’oppose auxautres cultures. Il montre que les Européens, sous couvert de la démocratiequ’ils jugeaient supérieure à tous les autres régimes, ont colonisé le NouveauMonde en justifiant leur acte par un processus de civilisation. Il ne porteaucun jugement de valeur, et rejette toute supériorité du monde occidental, quine fonctionne selon lui pas mieux que les pays dits moins développés. Cette analysese fait au travers d’un dialogue entre un Anglais et une Indienne ;l’Anglais, certain de la supériorité de la religion chrétienne, espèreconvertir la jeune femme : « Sois donc notre convive, avec nous tuvivras, / Poursuivit le jeune homme, et peut-être, chrétienne / Un jour, maforte loi, femme, sera la tienne ». Le poète y prône la tolérance et uncertain rapprochement des valeurs.

Le poème suivant, « La Colère de Samson », abordele thème de l’amour passionné et éternel. « Et, plus ou moins, la Femmeest toujours Dalila », dit le poète, reprenant un épisode de la Bible àpartir duquel il oppose un homme bon et une femme rusée qui profite de cetamour et de cette bonté. La femme froide, rejetant toute idée de sentiment pourSamson, « incarne tout ce qu’il y a d’angoissant dans l’amour ».

Le poème « La Mort du loup » traite du devoir, dupouvoir politique, ainsi que des tâches qui en découlent pour bien administrerune nation, une communauté, et bien accomplir son rôle. Le poète y décrit unechasse quelque peu irréaliste : les hommes chassent un loup dans uneforêt ; le loup est tué. Or ce loup était le chef de sa meute, et lesmembres de sa meute doivent rester dignes, et continuer à vivre avec courage ethonneur.

Le poème « La Flûte » traite du mal philosophiquede la condition humaine. L’auteur s’exprime en tant que philosophe et évoquel’âme, qui ne peut être libre selon lui tant qu’elle reste enchaînée à un corpsqui lui, est emprisonné. De fait, l’âme ne peut s’évader et se défaire du poidsde la destinée. Le corps est donc limité dans sa liberté, si on le compare àtout ce que peut faire l’imaginaire de l’esprit.

Dans le poème « Le Mont des Oliviers », le poèteaborde les thèmes de l’ignorance et du doute, qui constituent les misères de lacondition humaine. L’homme, si fort, si intelligent, si instruit soit-il, nepourra jamais connaître qu’une infime partie de son univers. C’est pourquoi ildoute. Ce poème constitue une méditation sur l’homme, seul face à sesquestions, une solitude essentielle dans laquelle il se trouve du fait del’absence de réponse divine. Vigny, loin de se morfondre sur cette situation,estime que l’homme doit rester indifférent, et vivre en sachant qu’il en saitpeu, préconisant un caractère hautain, afin de ne pas perdre la face dans cetterésignation amère.

Dans le poème « La Bouteille à la mer », le poèteoppose à la résignation de certains autres poèmes une certaine foi en l’homme.En effet, le poète semble indiquer un chemin salvateur, plein de lumière,contrairement à ce qu’il décrit parfois. Cette lumière est celle de la scienceet du progrès, permettant à l’humain d’avoir confiance en l’avenir, d’êtreserein.

Dans le poème « Wanda »,Vigny montre que s’il a pu se montrer confiant et optimiste, le chemin vers la lumièreet le progrès ne sera pas aisé. Il décrit les résistances des systèmespolitiques tyranniques et injustes d’un point de vue social, ainsi que la forcedes préjugés, qui constituent des obstacles sur la voie vers le progrès. Ilvise plus particulièrement le sort tragique de la famille Troubetzkoï, victimedu despotisme tsariste. Le poète s’insurge contre les dictatures, car outre lesmalheurs individuels qu’ils provoquent, ces régimes sont coupables du crimesuprême selon lui qu’est l’« attentat contre l’Esprit ».

« L’Esprit pur », clôturant ce recueil, est commele testament de l’auteur. Il y laisse une impression positive, expose sesidéaux. Il parle de la postérité et aimerait que son œuvre soit lue plus tard,c’est tout ce qui lui importe, il en serait heureux : « Flots d’amisrenaissants ! – Puissent mes Destinées / Vous amener à moi, de dix en dixannées / Attentifs à mon œuvre, et pour moi c’est assez ! ».

 

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