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Les Étoiles du Sud

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Résumé

En 1856, Savannah, en Géorgie, vit doucement au rythme qu’impose la chaleur du Sud des États-Unis. On y trouve des Blancs, pauvres, et des Noirs, esclaves. Mais il y a aussi des riches, et à leur sommet la society, l’aristocratie locale. Et la beauté d’Elizabeth règne sur cette aristocratie. Jeune veuve née en Angleterre, elle est surnommée la belle Anglaise. Elle se cloître pourtant dans sa résidence en ville, servie par ses domestiques. Le train de maison est dirigé par l’impeccable et glaciale Miss Celina, et le jardin prospère entre les mains de Patrick, gigantesque Irlandais au verbe haut. Le fils d’Elizabeth, Charles-Édouard, garçonnet de quatre ans, passe des heures sous l’affectueuse tutelle de sa black mammy et de la vieille domestique noire Betty. C’est dans ce cadre que s’écoule la vie indolente et vide d’Elizabeth, noyée par le chagrin de ses amours perdues. Son mari, Ned Jones, et son amant, Jonathan, se sont entre-tués en un duel meurtrier pour son amour. Le cœur de la jeune femme vacille entre remords et regrets, car elle est responsable de la fin des deux hommes. Il lui reste son fils, que tout le monde appelle Ned, avec qui elle entretient une relation fusionnelle : l’enfant idolâtre sa mère, qu’il tyrannise par ses regards doux et ses paroles d’amour : elle lui cède en tout. Elizabeth a reporté l’amour qu’elle éprouvait pour son amant sur l’enfant, allant jusqu’à l’appeler Jonathan quand, à l’heure du coucher, elle lui raconte une histoire. Ce jeu de double personnalité amuse le garçonnet, qui voit en ce mystérieux Jonathan un personnage fascinant, un aventurier.

Quand, bien rarement, Elizabeth quitte la maison, l’enfant est fou de jalousie et supporte mal la séparation. Car Elizabeth sort parfois, à l’instigation de son beau-père Charles Jones, qu’elle appelle familièrement Oncle Charlie. L’homme, richissime et philanthrope, adore son petit-fils et entend que sa bru tienne dans la society la place que lui autorise son rang. Là, elle croise l’impériale Mrs Harrison Edwards, belle et jeune aristocrate dont le charme et l’esprit l’imposent en maîtresse des salons ; ou l’ironique Algernon Steers, beau comme un dieu grec. Mais Elizabeth n’aime pas fréquenter les gens de cette caste supérieure dont le grand souci est, en ces années de trouble, la montée des idées abolitionnistes venues du Nord, agitées par un illuminé nommé John Brown – que le petit Ned imagine en croquemitaine. Ce qui occupe le plus clair des journées vides d’Elizabeth, outre son amour passionné pour son fils, c’est la contemplation de son exceptionnelle beauté. Quand, à la mort de William Hargrove, vieillard qu’elle exécrait, lui est léguée une somptueuse parure d’émeraudes, elle passe outre son antipathie profonde pour se plonger dans la contemplation de son reflet adoré, le cou orné du bijou.

Tout change le jour où un fringant officier frappe à sa porte : c’est Billy, le lieutenant Hargrove, qu’elle connaît depuis l’adolescence et qu’elle aime, et qui l’aime. Ils tombent dans les bras l’un de l’autre. Le petit Ned s’en trouve tout circonspect : il est certes ébloui par le bel uniforme du jeune homme, mais il comprend vite que l’officier éloigne de lui sa mère. Il n’empêche : le mariage est décidé. Pourtant, l’avenir se pare de teintes sombres quand le passé frappe à la porte : Annabel, la veuve de Jonathan, vient, en signe de réconciliation, offrir à la belle Anglaise sa rivale un superbe rubis, rouge comme le sang de l’homme tué en duel. Une ombre légère « souille » le bout des doigts d’Annabel : elle est métisse, et n’a jamais été acceptée dans la society.

Le mariage a lieu, et les jeunes époux sont entraînés dans un tourbillon sensuel qui les fait s’enfermer dans leur chambre dès le milieu de l’après-midi. Quelque peu oublié, Ned trouve refuge auprès de jardinier Patrick, qui lui parle de l’Irlande comme d’un paradis perdu. Cependant, à la passion succède bien vite une lassitude, et Elizabeth comprend que si elle désire ardemment son mari, elle ne l’aime pas : son cœur appartient à Jonathan. Elle retombe dans les griffes de l’ennui, tandis que de graves événements se préparent : l’Union est en danger, la rivalité entre le Nord industriel et abolitionniste et le Sud agricole et esclavagiste n’a jamais été aussi forte : nombre de sudistes appellent la sécession de leurs vœux. Sur un plan personnel, les assauts amoureux de Billy ont porté leurs fruits : Elizabeth est enceinte. Mais la grande affaire en ce mois d’avril 1857, c’est la réception que Mrs Harrison Edwards donne pour rendre officiellement à Annabel une place dans la society de Savannah. Au cours de cette soirée, Miss Maisie Llewelyn, autrefois gouvernante et maîtresse de William Hargrove, raconte les circonstances terribles de la naissance d’Annabel.

Dans les années 1830, William Hargrove possédait une plantation de canne à Haïti. Quand l’île fut agitée par les troubles révolutionnaires, il prit la fuite, prétextant d’accompagner ses deux fils aînés à l’université de Virginie. Il laissa derrière lui son domaine, sa maîtresse et ses deux plus jeunes enfants, dont Laura, jeune fille de quinze ans. Cette dernière était follement amoureuse du jeune et loyal Régis, lieutenant dont – Laura l’ignorait – un des ancêtres était noir. Profitant de l’absence de l’irascible et veule William Hargrove, les deux jeunes gens se marièrent, avec la complicité de Maisie Llewelyn. Mais l’absence du maître fut de courte durée et son retour coïncida avec l’explosion de la révolte des Noirs opprimés. La résidence fut prise d’assaut, et le courageux lieutenant qui défendait sa belle fut tué d’une balle tirée par William Hargrove. La famille dut fuir la plantation menacée pour gagner le port. Là, c’est grâce à la cousine de la servante noire Betty – celle-là même qui prendra soin du petit Ned des années plus tard – que les riches colons purent fuir le sanglant tumulte de l’île. Toutes les décisions importantes furent prises par Maisie Llewelyn, y compris celle de protéger de son père la jeune Laura, déjà veuve et bientôt mère. Après un voyage mouvementé qui les fit passer par l’île de la Tortue et la Jamaïque, les vents les poussèrent vers le port de Savannah, où Hargrove acheta une splendide demeure. Mais le prix payé par Laura fut terrible : à peine née, sa fillette, Annabel, lui fut enlevée pour être placée dans une institution, tandis qu’elle-même devait rester auprès de son père, désireux de la garder pour lui seul. Voilà donc l’histoire de la naissance d’Annabel, victime innocente d’une injuste punition. Le récit de Maisie Llewelyn emporte l’adhésion des membres de la society. Pourtant, Annabel annonce qu’elle renonce au monde et se retire loin de tout.

Les jours passent. Miss Celina s’en est allée : Elizabeth a appris avec stupeur qu’elle est une espionne nordiste. Miss Llewelyn prend sa place et régente la maison d’une main ferme, tout en surveillant la bonne conduite d’Elizabeth qui, en septembre, donne naissance au petit Christopher, surnommé Kit, qu’elle n’aime pas autant qu’elle adore son Ned. Ce dernier continue à rêver d’un monde où il serait un grand cavalier prénommé Jonathan. Le danger d’une guerre prochaine se précise, au grand dam d’Elizabeth dont le hussard de mari est de plus en plus retenu à sa garnison. Et s’il y avait la guerre, il pourrait être tué ! C’est pour elle une pensée insupportable. Pourtant, elle s’enivre de son succès lors de réceptions dont elle est le joyau, et se plaît à faire tourner la tête des jeunes hommes les plus beaux de Savannah, et celle d’Algernon Steers en particulier.

Le temps passe, les enfants grandissent. Un jour, Ned révèle à sa mère que le grand cavalier mystérieux, le Jonathan qu’Elizabeth avait fait survivre à travers son fils, ne le visite plus dans ses rêves. Alors que l’enfant grandit, l’amour d’autrefois s’éloigne. C’est à la fin de l’été que paraît Lady Fidgety, mère d’Elizabeth : autoritaire, distinguée, racée, elle est venue convaincre sa fille de quitter le Sud, car elle a compris que la guerre est inévitable. Sa démarche est vaine : malgré un désir profond de rejoindre son pays natal, Elizabeth choisit l’indolence, l’insouciance, et Billy, que Lady Fidgety admire comme un bel animal. Elle en profite pour aider Charles Jones qui prépare en sous-main une aide importante destinée aux États du Sud, pour quand la guerre éclatera : tous deux sont anglais, et l’Angleterre soutiendra le Sud. Elle finit par repartir pour l’Europe, sans sa fille.

Les belles de Savannah rêvent à l’amour, les hommes parlent politique, et les événements se succèdent. En décembre 1859, l’agitateur illuminé John Brown est pendu, condamné après un coup de force insensé et sanglant. Puis l’on prépare les élections présidentielles. Républicains – nordistes et pour certains abolitionnistes – et Démocrates – défenseurs du vieux Sud – choisissent leurs candidats. Certains hommes de bien comme Oncle Charlie ont beau essayer de rassembler les uns et les autres pour la préservation de l’Union, comme il le fait en invitant des notables des deux bords lors de l’éblouissante inauguration de sa maison de style Tudor fin avril 1860, c’est bel et bien une sécession des États du Sud qui se profile. Ned a grandi, il a bientôt neuf ans, et s’éloigne peu à peu de sa mère qui, terrorisée à l’idée de ne plus avoir personne à aimer, dirige son affection vers Kit. Début novembre, elle est à Charleston. Lors de la soirée qui voit l’élection à la tête de l’Union d’un avocat républicain presque inconnu nommé Abraham Lincoln, elle se retrouve baignée d’une foule exaltée parmi laquelle de nombreux jeunes hommes en uniforme troublent ses sens. Pour la jeunesse du Sud, cette élection signifie la sécession d’avec l’Union. Le 21 décembre 1860, le premier État à prendre son indépendance est la Caroline du Sud, suivie par ses États frères qui, l’un après l’autre, quittent l’Union. Chacun de ces États devient une nouvelle étoile sur le drapeau sudiste. Or, il apparaît bien vite que Lincoln entend défendre l’Union, et le Sud s’arme : Algernon Steers et des compagnons font venir des armes en contrebande, puis le 12 avril 1861, l’artillerie sudiste ouvre le feu sur Fort Sumter, au large de Charleston. C’est la guerre, cette guerre qu’Elizabeth a refusé de voir venir, niant la réalité jusqu’au bout.

Maintenant, tout change. Billy est devenu capitaine et quitte son pimpant uniforme rouge à brandebourgs pour un uniforme gris à boutons de cuivre ; les dames font de la charpie pour les blessés ; les hommes s’enrôlent en masse et même Algernon Steers s’engage dans la cavalerie. Charles Jones emmène Elizabeth, les enfants et Miss Llewelyn dans sa propriété du Grand Pré, en Virginie, pensant les éloigner du tumulte. Mais la guerre les rattrape : non loin de là, près de Manassas, à deux pas de Washington, la première bataille de la guerre va avoir lieu. Les nordistes de la capitale fédérale sont si sûrs de la victoire qu’ils viennent assister – de loin – aux combats comme à un spectacle. Quelle n’est pas leur déconvenue quand la furie des sudistes emporte la victoire et met les troupes nordistes en fuite ! Le Sud a gagné ! Mais le prix payé est lourd : les dames de la society qui vont aider les blessés qu’on transporte à l’arrière découvrent le vrai visage de la guerre : du sang, des plaies, des corps mutilés. Algernon Steers a été tué lors d’une charge, tout comme Billy. Elizabeth, qui a ravagé tant et tant de cœurs et qui n’a pas vingt-cinq ans, est veuve pour la deuxième fois. Dans l’épreuve terrible qu’elle traverse, elle peut compter sur Maisie Llewelyn, qui l’assure de son indéfectible affection.

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