Table des matières

Les Mariés de la Tour Eiffel

par

Résumé

Héritière des comédies-ballets de Molière et des chœurs antiques grecs, influencée par l’écriture contemporaine de l’avant-garde surréaliste et du cinéma burlesque des débuts du septième art, l’œuvre intitulée Les Mariés de la Tour Eiffel est un ballet satirique dont Jean Cocteau rédigea le livret. L’écrivain tente d’y explorer le fait français en faisant référence à des éléments de culture populaire, musicaux et géographiques, et en revisitant des expressions toutes faites qu’il superpose, pour les dépoussiérer, à des  situations absurdes. 

Quand l’appareil du Photographe de la Tour Eiffel se détraque, toute une ménagerie animale et humaine sort de son boîtier. Il en surgit tout d’abord une autruche insaisissable, poursuivie autant par le Photographe qui veut la faire rentrer dans la chambre photographique que par un Chasseur qui tente de l’abattre. Le Directeur de la Tour Eiffel, attiré par le coup de fusil, nomme le Chasseur garçon de café, puisqu’il apprend par une dépêche, malencontreusement fauchée en plein vol par le Chasseur, qu’une noce va avoir lieu sur la première plateforme de la Tour Eiffel.

C’est à ce moment-là qu’apparaît un cortège nuptial composé du Marié, de la Mariée, de la Belle-mère, du Beau-père, d’un Général, d’une première et d’une deuxième demoiselles d’honneur, d’un premier et d’un deuxième garçons d’honneur, qui finit par prendre place autour d’une table. Le Général prononce un discours puis raconte une anecdote sur des mirages qu’il a observés en Afrique, et aussitôt, le groupe fait l’expérience de son propre mirage : celui d’une cycliste qui s’achemine vers Chatou.

Vient alors le temps de la photographie de mariage. Le Photographe tente de capturer une image et, au lieu du traditionnel petit oiseau, c’est une « jolie carte postale » qui sort du boîtier, celle d’une baigneuse de Trouville. À sa troisième tentative, après avoir fait rentrer la baigneuse dans l’appareil, c’est un gros enfant répondant au nom de Justin qui sort de son appareil photographique : il s’avère être la progéniture des mariés. Face aux différents avenirs professionnels que la noce tente de lui prédire, l’enfant s’insurge et la lapide à coups de balles. Poursuivi par le Photographe souhaitant le faire retourner d’où il vient, Justin  trépigne : « Je veux vivre ma vie ! Je veux vivre ma vie ! ». Une fois tous les membres du cortège effondrés, un vol de dépêches passe au dessus de leurs corps criblés de balles et tous se relèvent pour se lancer à la chasse à la missive.

Sur ce, Justin demande à être pris en photographie avec le Général. Cette fois-ci, c’est un lion qui sort de l’appareil et engloutit le Général qui, convaincu trop longtemps qu’il ne s’agit que d’un mirage, tente de se mettre à l’abri trop tard. Après avoir prononcé l’éloge funèbre du Général, le Beau-père se fait harceler par son petit-fils qui veut absolument nourrir la Tour Eiffel. C’est alors que l’autruche réapparaît et le Photographe parvient, par la ruse, à lui faire réintégrer la chambre photographique tout en la protégeant du Chasseur. Son appareil étant enfin réparé, il prend une photographie de la noce qui attire l’attention d’un Collectionneur d’art moderne, guidé par un Marchand de tableaux. Une fois la photographie vendue, le Marchand se fait immortaliser par le Photographe devant l’œuvre.

Suite au départ du Marchand, l’appareil photographique s’adresse au Photographe à qui il demande la permission de régurgiter le Général. Celui-ci se réintroduit ensuite humblement dans la noce et une dernière photographie est prise du cortège au complet, au grand plaisir du Collectionneur, car « dans un chef d’œuvre, on n’a jamais fini de découvrir des détails inattendus ». Une colombe sort de l’appareil, après quoi les membres de la noce se dirigent deux par deux vers l’intérieur de l’appareil. Le cortège est fermé par le Directeur de la Tour Eiffel. Seuls restent dehors le Photographe, et le Chasseur qui manque le départ.

En interprétant dans leur sens premier des lieux communs de la langue française, l’écriture de Cocteau dans Les Mariés de la Tour Eiffel donne naissance à des situations cocasses à travers un absurde que lui-même qualifie de « non organisé ». Par cet absurde, Cocteau s’efforce de créer un texte dont il ne contrôle pas le sens, mais au sein duquel il laisse un espace d’interprétation au public, alors libre de voir dans plusieurs éléments textuels des symboles et une profondeur dont l’auteur n’avait pas nécessairement conscience. C’est dans cette interaction que se crée alors le sens de l’œuvre, et à cette occasion l’auteur peut se trouver surpris par ses propres écrits. 

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Résumé >