Les Vases communicants

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Résumé

Dans Les Vases communicants, œuvre publiée en 1932, André Breton aborde le monde des rêves et la frontière floue qui existe entre celui-ci et le monde réel. Il s’appuie sur les travaux d’autres auteurs, en particulier Sigmund Freud, pour développer sa propre théorie sur le sujet.

 

Les Vases communicants débute par le récit d’une expérience faite par le marquis d’Hervey-Saint-Denis. Cet homme essayait, à travers ses rêves, de réaliser ses désirs en tâchant d’y retrouver deux jeunes femmes de sa connaissance. Ainsi Breton aborde-t-il le thème du rêve et regrette-t-il en premier lieu le peu d’examens et les mauvaises études dont on dispose à ce sujet, ainsi que « l’indifférence prolongée » des intellectuels ou des scientifiques face à eux. Peut-être ce sujet est-il un point sensible. À propos de Freud, Breton regrette de le voir séparer « réalité psychique » et « réalité matérielle », et de le voir nier l’existence du « rêve prophétique ». Il souligne, qui plus est, « l’orientation arbitraire de la plupart des recherches entreprises sur le rêve », et contredit les théories sur le sujet déjà établies par Maury entre autres. Il avance au contraire l’idée que « l’activité psychique s’exercerait dans le sommeil d’une façon continue ». Le rêve a une nécessité, il nous permet de voir comment l’esprit y agit et nous permet de connaître sa liberté. Breton envisage le rêve comme une « nécessité naturelle ».

L’auteur, dans le but de mieux se connaître, retient la méthode d’interprétation des rêves de Freud. Breton reproduit ensuite ses notes, écrites à la suite de ses rêves du 26 août 1931. Dans le premier, il rêve d’une vieille femme, folle, et de X. Dans le second, d’un magasin où il essaie des cravates et d’amis l’entretenant sur son prochain voyage en Allemagne. Il fait suivre le récit de ces deux rêves d’une note explicative : il revient notamment sur le fait qu’à ce moment, X n’est plus sa compagne.

Vient ensuite le temps de l’analyse. X est incarnée par son ancienne compagne, et la vieille femme par Nadja, à laquelle il a déjà consacré un livre. Il met en relation les éléments constituant ses rêves avec des choses concrètes de sa vie réelle, et assemble ainsi les pièces du puzzle. Pour l’analyse de ses rêves, il a choisi de n’accorder de préférence à aucune des déterminations « objective », « subjective », « organique » ou « psychique », ni de cacher certaines choses derrière sa « vie intime ». Le rêve « conduit en avant » dit-il, « il aide l’homme à accomplir le saut vital ». L’action est une notion essentielle. Aussi, il s’opère, dans le rêve, une sorte de « condensation » des choses. Il ajoute : « le temps et l’espace du rêve sont donc bien le temps et l’espace réels ». Dans les êtres ou « monstres » plastiques crées par Picasso, Dali et bien d’autres, s’expriment les préoccupations de l’artiste, sous « une forme détournée ». Breton, lors d’un jeu, est amené à son tour à faire un dessin. Ce qui paraissait sans importance au départ s’avère en fait être chargé de significations. Il en va de même pour les rêves. Le monde du rêve et le monde réel ne font qu’un pour Breton.

Suit de nouveau le récit d’un rêve, celui-ci datant du 5 avril 1931. Il se voit avec un ami, se dirigeant vers un château ; ils cherchent du haschisch. Puis il est dans sa chambre, il voit deux petites filles en rêve, encore sous l’effet de la drogue. Ici on a donc l’insertion d’un rêve dans un autre rêve « qui se révèle, à l’analyse, n’avoir d’autre but que d’enlever à une autre partie du rêve son caractère de réalité trop authentique ». Ainsi se conclut le premier chapitre.

 

Dans le second chapitre, André Breton est dans un café parisien, il regarde une jeune femme, accompagnée d’un homme. Tous les deux sont extrêmement mal assortis, et de fait l’auteur peine à croire qu’ils puissent être ensemble, d’autant plus que la jeune femme ne semble pas dérangée par le regard insistant de Breton. À cette époque, l’auteur souffre d’une séparation amoureuse. Il doit « se rendre à cette évidence que l’être qui lui avait été longtemps le plus nécessaire s’était retiré ». Il dit ne pas aimer les distractions que le monde peut offrir en de pareilles circonstances telles que les prostituées : « il me paraîtrait indigne par-dessus tout de vouloir chasser l’image d’un être aimé par celle d’un être ou de plusieurs êtres non aimés ». Il cherche à remplacer la personne qui l’a quitté. Il se dit que compte tenu de ses ressources matérielles il serait bien de trouver une femme sans moyens financiers, mais qui n’en souffrirait pas. Mais ce n’est pas chose aisée d’aborder des femmes qui sont parfois sur la défensive. Et l’homme, dans cette période, doit se défaire de ses attaches idéalistes. « Pour vivre il faut qu’il détermine. Il faut qu’il se remette à préférer çà et là » dit-il.

Voilà plusieurs mois que Breton est dans cette situation, bloqué par son exigence. Il revoit la première jeune fille dans le même café mais n’a pas réellement la possibilité de l’aborder. Quelques jours après, en se promenant, il tombe nez-à-nez avec une autre jeune fille qui ne le remarque pas au début. Charmé par sa beauté, il la suit puis se décide à l’aborder. Celle-ci invite alors Breton à l’accompagner ; elle était sortie acheter des cornichons. Puis ils se donnent rendez-vous le lendemain. Elle ne se présente pas au rendez-vous mais après plusieurs lettres et des cadeaux de Breton, elle finit par en accepter un nouveau.

Breton est rattrapé par sa solitude. Il regarde ceux qui « travaillent une semaine pour aller s’ébattre un jour sur un angle de verdure » et les envie. À propos du surréalisme il écrit : « Je souhaite qu’il passe pour n’avoir rien tenté de mieux que de jeter un fil conducteur entre les mondes pas trop dissociés de la veille et du sommeil, de la réalité extérieure et intérieure, de la raison et de la folie, du calme de la connaissance et de l’amour, de la vie pour la vie et de la révolution, etc. ».

Il revient au récit d’une journée où il se promène sans but sur les quais et où il regarde des bouquins. Puis dans Paris un homme l’arrête pour lui demander un franc. Breton lui en donne dix. Un peu plus loin, il apprend que des gens se sont fait rançonner par un homme et le lendemain, le journal qu’il lit fait état de plusieurs vols d’argent dans le secteur. Ce même jour, Breton reçoit un courrier avec un article traitant de son Second Manifeste du surréalisme. À l’intérieur, une objection est formulée à l’encontre du goût pour le « mysticisme » des surréalistes. Breton est stupéfait, car la veille il avait eu exactement la même discussion avec un ami. Il voit là « un rapport causal » troublant.

À midi, le mardi 20 avril, Breton a rendez-vous avec la jeune fille aux cornichons dans un café mais elle tarde à venir. Il pense aux « raisons » et aux causes de sa présence ici, aujourd’hui. En attendant sa venue il invite une cliente du café à se joindre à lui pour manger, et a avec elle une discussion étonnamment satisfaisante.

Le matin, au réveil, il écrit : « Dans les régions de l’extrême Extrême-Nord, sous les lampes qui filent…… erre, en t’attendant, Olga ». L’auteur cherche une signification, un sens dans son passé qui aurait pu lui faire écrire ces mots. Et après ces quelques jours, il cesse enfin d’être « le jouet » de ce qu’il appelle des « enchantements » : « Il me sembla que tout à coup je venais de reprendre connaissance » dit-il. Ici il fait le lien entre l’état dans lequel il se trouvait ces derniers jours, ceux dont il a raconté les événements, et l’état de rêve. Il est intéressant pour Breton « d’observer comme l’exigence du désir à la recherche de l’objet de sa réalisation dispose étrangement des données extérieures, en tendant égoïstement à ne retenir d’elles que ce qui peut servir sa cause », et ce dans la vie réelle également. Il aura choisi de relater ces jours-ci parce qu’ils étaient véritablement comme « un rêve éveillé ». Ainsi remet-il en cause une nouvelle fois la frontière que l’on place généralement entre le rêve et la réalité. À propos de la matière première du désir il écrit : « Que ce soit dans la réalité ou dans le rêve, il [le désir] est contraint, en effet, de la faire passer par la même filière : condensation, déplacement, substitutions, retouches ». La souffrance a aussi sa nécessité : « il faut qu’elle aide l’homme non seulement à concevoir, pour commencer, le mal social actuel, mais encore qu’elle soit, de même que la misère, l’une des grandes forces qui militent pour qu’un jour ce mal soit limité ». L’homme doit de plus, selon Breton, « balayer » le monde capitaliste.

 

Le troisième chapitre s’ouvre sur le sujet de la liberté de l’U.R.S.S. et de la nécessité des autres pays de se libérer et de la rejoindre. Tant que cela n’aura pas lieu, l’intellectuel devrait, dit Breton, « s’efforcer d’agir sur le prolétariat pour élever son niveau de conscience en tant que classe et développer sa combativité ». Il faut entretenir le désir de l’homme de sa « conservation et de celle de son espèce », « en état de se recréer sans cesse » dit-il. Malheureusement, le monde révolutionnaire est divisé en deux aujourd’hui, séparé par un mur. Breton parle ainsi de la vision de l’Orient par l’Ouest, de ce que les gens imaginent ou savent de ce qui se passe en U.R.S.S. Ceux qui sont à l’Ouest, dont le pays n’a pas encore connu la Révolution, sont appelés « les voyageurs du second convoi ». Les habitants de l’U.R.S.S ont pris de l’avance « non pas sur nous mais pour nous » dit-il. Mais l’U.R.S.S. est encore contrainte d’entretenir des liens avec certains pays du fait de ses besoins matériels.

Breton revenant sur le sujet des rêves est troublé d’apprendre que Bonaparte avait un jour posé la question de « la différence entre la veille et le sommeil ».

Reprenant ses considérations sur la Révolution russe, Breton parle du refus de certains de prendre en considération les pensées un peu aventureuses, au profit du point de vue matérialiste. Cela amène l’auteur à préférer à la position commune une position extérieure.

Breton dit s’être attaché, dans ce livre, à donner un aperçu du « tissu capillaire » dont le rôle est « d’assurer l’échange constant qui doit se produire dans la pensée entre le monde extérieur et le monde intérieur, échange qui nécessite l’interpénétration continue de l’activité de veille et de l’activité de sommeil ». Il serait judicieux, aussi, de comprendre comment les images naissent dans le rêve et de savoir si l’on peut provoquer des rêves chez d’autres personnes. Aussi, « l’activité de réparation » qu’est le sommeil ne doit pas être honteuse.

Breton fait enfin l’éloge du poète et de son utilité : il est celui sur lequel il faudra compter pour « replacer l’homme au cœur de l’univers ».

 

La dernière partie est un appendice regroupant trois lettres de Freud à Breton, datées de 1932. Freud répond aux « attaques » de Breton et se justifie sur un oubli dans la bibliographie d’un de ses livres, et aussi sur les raisons qui l’ont amené à stopper l’interprétation de ses propres rêves. Freud avoue enfin ne pas trop bien comprendre ce qu’est le surréalisme. Breton répond dans son livre à ces lettres et conclut en affirmant le respect qu’il a pour Freud et son travail.

 

Ainsi se termine Les Vases communicants, dont le thème principal est le monde des rêves et sa frontière avec le monde réel. Ce livre est aussi l’occasion pour Breton d’écrire sur le contexte politique de l’époque en évoquant maintes fois la Révolution russe. 

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