Lettres

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Résumé

Les Lettres de madame de Sévigné sont le recueil de la correspondance entre Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné (1626-1696), et divers membres de sa famille, en particulier sa fille. Marie de Rabutin-Chantal est issue de la fine fleur de la noblesse française. Elle naît en 1626, perd très tôt ses parents, est élevée par son grand-père, puis ses oncles, qui donnent à la petite fille une excellente éducation. Elle épouse Henri de Sévigné, marquis, qui la laisse veuve à l’âge de vingt-cinq ans. Il eut tout de même le temps de lui donner deux enfants, son fils Charles et sa fille Françoise, future comtesse de Grignan. La correspondance de Mme de Sévigné fut rédigée sur une très longue période, de 1635 à 1696. Il en demeure aujourd’hui environ 1120 lettres. La plupart, plus de 750, furent écrites à sa fille Mme de Grignan ; son autre correspondant de prédilection fut son cousin Bussy.

Les Lettres de Mme de Sévigné furent conservées par leurs récipiendaires, lues à haute voix dans les cercles aristocratiques. Une petite partie d’entre elles fut publiée en 1727. Suivirent d’autres éditions ; cependant, certaines lettres authentiques ont été remaniées, voire tronquées par la petite-fille de la marquise. Seule une petite partie des lettres aujourd’hui publiées, moins de vingt pour cent, provient de manuscrits autographes.

On peut diviser les Lettres de Mme de Sévigné en deux parties. La première a été rédigée principalement entre 1635 et 1671. Marie de Sévigné est une aristocrate qui fréquente la cour de Louis XIV. Aussi est-elle aux premières loges pour décrire les us et coutumes de ce milieu. Ses lettres forment une chronique plaisante et pleine d’esprit des événements qui ponctuent la vie de la cour. Il n’est pas question de point de vue politique ni d’analyse. Ici, c’est la chronique de la cour, son quotidien parfois grave mais le plus souvent futile que découvre le lecteur. Mme de Sévigné livre le récit léger de grands événements comme la disgrâce et le procès de Nicolas Fouquet, surintendant des finances, en 1661, les guerres, les mariages comme celui de la Grande Mademoiselle (cousine de Louis XIV) en 1670 – « la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus secrète jusqu’aujourd’hui, la plus brillante, la plus digne d’envie : enfin une chose dont on ne trouve qu’un exemple dans nos siècles passés » –, la mort de grands personnages comme Turenne, chef militaire français tué par un boulet de canon en 1675, ou celle de Louis de Condé, prince du sang et chef militaire, en 1686, et de ses funérailles – «  la plus belle, […] la plus magnifique et […] la plus triomphante pompe funèbre qui ait jamais été faite depuis qu’il y a des mortels. »

Les petits faits – le roi écrivant un madrigal et le soumettant à la lecture d’un courtisan qui le juge ridicule, au grand amusement du souverain – ou les disgrâces – comme celle du ministre des Affaires Étrangères Pomponne en 1679 – sont relatés avec le même esprit, la même grâce, la même verve. Le lecteur n’y trouve nulle profondeur, mais une profusion de détails qui donnent une vision précise de la vie de la cour du Roi-Soleil, de ce qu’y faisaient les courtisans, et de son fonctionnement. Bien évidemment, la ténébreuse Affaire des Poisons, qui « occupe tout Paris » et dont le scandale éclabousse jusqu’à la maîtresse du roi Mme de Montespan, est relatée et commentée par la marquise : elle va jusqu’à assister au supplice de la principale accusée, la Voisin, brûlée vive en 1680 : « on la mit sur le bûcher, assise et liée avec du fer. On la couvrit de paille. Elle jura beaucoup. Elle repoussa la paille cinq ou six fois ; mais enfin le feu augmenta, et on l’a perdue de vue, et ses cendres sont en l’air présentement. » Quand Mme de Sévigné quitte la cour, c’est pour aller prendre les eaux, car elle souffre de rhumatisme. Là encore, le récit qu’elle livre de ce nouveau milieu qu’elle fréquente est plein d’esprit et de mordant.

Les lettres qui composent la deuxième partie ont un ton bien différent. En 1669, la fille de Mme de Sévigné, Françoise, épouse le comte de Grignan. Elle rejoint bientôt son mari en Provence, en 1671. Deux jours après le départ de sa fille, Marie de Sévigné lui écrit la première des centaines de lettres qu’elle lui fera parvenir. Cette correspondance se poursuivra pendant vingt-cinq ans. Ici, l’objet n’est plus de relater les petits ou grands faits de la cour. Certes, les récits et descriptions qui narrent le quotidien de la marquise sont toujours là, mais c’est surtout une mère, séparée de sa fille qu’elle aime plus que tout, qui s’exprime. Écrire, pour Mme de Sévigné, c’est tenter de pallier l’absence de cette enfant qu’elle aime par-dessus tout et qui lui manque cruellement. Ces lettres parlent d’un quotidien plus terre-à-terre, des maux petits et grands que l’on connaît, des détails triviaux comme la tenue d’une maison, de son linge et de ses gens, c’est à dire ses domestiques, le prix du linge, etc. Le lecteur est bien loin des fastes et des mesquineries de la cour du Roi-Soleil.

Où qu’elle soit, elle écrit à sa fille, elle lui décrit ses journées et surtout s’enquiert de la santé de cette fille dont l’absence lui déchire le cœur : « Adieu, ma très-chère : j’ignore comment vous vous portez, je crains votre voyage, je crains Salon, je crains Grignan ; je crains, en un mot, tout ce qui peut nuire à votre santé. »

Quant au style de la marquise, la distanciation ironique qu’adopte Mme de Sévigné provoque un irrésistible effet comique et lui permet de ménager la pudeur de ses sentiments. Si Mme de Sévigné s’autorise à être mordante dans la description de la cour, ou légère dans les récits du quotidien – « Savez-vous ce que c’est que faner ? Il faut que je vous l’explique : faner c’est retourner le foin en batifolant dans une prairie ; dès qu’on en sait tant on sait faner » : description bucolique mais fort peu réaliste de l’épuisant labeur des paysans –, elle ne se complaît pas à décrire ses larmes à sa fille, et ne songe qu’à la préserver elle, au point de l’inviter à la priver de ce qui lui est cher : la lecture des lettres de sa Françoise bien-aimée : « Adieu, ma très-chère, il ne faut pas vous épuiser en lecture, non plus qu’en écriture. »

Et puis Marie mourut en 1696. Elle décéda à Grignan, auprès de sa fille elle-même très malade. Le souvenir que Marie de Sévigné a laissé à la postérité est celui d’une des plus brillantes épistolières de la littérature de langue française, et c’est à ce titre que ses Lettres, témoins d’un temps révolu, sont encore lues de nos jours.

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