Maestro

par

Résumé

L’action se déroule à la fin du XXe
siècle, dans un pays d’Amérique latine ressemblant à l’Argentine ou au Chili.
Le pays tremble sous la loi du président Alfredo Ayanas. Le narrateur du roman
se nomme Saturne, dit Saturnino, un adolescent de quatorze ans, un
pilluelo – c’est-à-dire un
enfant pauvre –, un
cireur
de chaussures de la capitale. Orphelin, il loge dans un local sur une piste de
l’aéroport international, au milieu du vacarme des avions qui décollent et
atterrissent toute la journée. Il loge là avec sa petite sœur Luzia, âgée de
sept ans, et leur ami Patte-Folle, ainsi surnommé à cause de ses jambes
atrophiées. Chaque jour, Saturnino se rend au centre-ville pour cirer les
chaussures des touristes pour quelques centavos, tandis que Luzia vend des
cartes postales.

Ce jour-là, une jolie touriste américaine
confie ses mocassins roses aux soins de Saturnino, qui met tout son savoir-faire
au service de la jolie jeune femme. Mais quand le compagnon de celle-ci ne lui
donne que quelques misérables piécettes, son sang ne fait qu’un tour et il
décide d’avoir sa revanche en volant le sac à dos du touriste. Malheureusement,
l’homme le prend sur le fait et le livre aux macacos, les miliciens au
service du dictateur Ayanas. Saturnino est terrorisé, il sait que sa vie est en
jeu car les macacos sont sans pitié. Quand le touriste réalise sa faute,
il est trop tard : Saturnino est menotté par un milicien brutal.
L’adolescent a beau supplier le sargento, rien n’y fait. La brute l’emmène
vers son destin quand un vieil homme, habillé avec élégance, s’interpose. Il se
présente au sargento comme un ami personnel du président Ayanas, et
exige courtoisement que Saturnino soit libéré. De mauvaise grâce, le sargento
s’exécute.

L’homme sèche les larmes de Saturnino et
l’invite à le rejoindre le lendemain chez lui, accompagné de Luzia et
Patte-Folle. Il lui laisse la carte, qui porte son nom : Romero Villandes.
Saturnino est très méfiant, mais les trois petits se rendent néanmoins à
l’adresse qu’indique la carte. Ils se retrouvent devant un bâtiment sobrement
appelé
Escuela
Municipal de Música.
Ils poussent
la porte, et sont immédiatement attirés par un son tel qu’ils n’en ont jamais
entendu. Ils avancent et trouvent le vieil homme élégant en train de jouer d’un
instrument inconnu d’eux, un violon de grande taille qu’il tient entre ses
jambes. La musique qu’il crée ne ressemble à rien de ce qu’ils connaissent et
une émotion inconnue les pénètre. Quand l’homme a fini de jouer sur son violoncelle,
il les mène vers la pièce voisine et, sur une chaîne hi-fi telle que les
enfants n’en ont jamais vu, même dans le plus beau magasin de la capitale, leur
fait entendre une autre musique, entraînante et joyeuse, qui déchaîne leur
enthousiasme. C’est la Marche de
Radetzky
, d’un certain Johann Strauss. Sur la jaquette du disque, il
y a la photo du vieil homme, debout devant un orchestre. Saturnino, Luzia et
Patte-Folle sont subjugués et, quand ils retournent à leur taudis, ne peuvent
effacer la Marche de Radetzky de
leur esprit. Patte-Folle, surtout, s’enflamme à l’évocation de l’œuvre. Ils
retournent à l’école de musique dès le lendemain, et pénètrent pour de bon dans
l’univers du vieil homme.

Outre Saturnino, Luzia et Patte-Folle, un
grand nombre de petits mendiants de la capitale se trouvent là. Il y a
Tartamudo, le bègue, et aussi Zacarias, avec lequel Saturnino s’est battu un
jour. Ils sont accueillis par « le vieux », comme ils l’appellent, et
trois autres personnes : Anasofia, Juan et un petit gros que Patte-Folle
surnomme
Chanchito. Chaque enfant
choisit librement un instrument. Pour rester avec le vieux, Saturnino choisit
le violoncelle. L’apprentissage commence, qui fait entrer les pilluelos
dans un univers fantastique où rien n’existe que la musique, un univers de
grâce, d’harmonie, de beauté. Le travail est long, il leur faut être très
patients, recommencer encore et encore pour atteindre la note juste, et parvenir
à exprimer par la musique les sentiments qui les habitent.

Jour après jour ils reviennent. Patte-Folle a
choisi la trompette, et se montre un des plus passionnés. Son grand projet est
d’enregistrer un disque sur lequel ses amis et lui joueraient la Marche de Radetzky. Mais
quel nom mettra-t-il sur la pochette ? Il ne connaît pas son vrai nom.
D’ailleurs, il aime tellement la Marche de Radetzky qu’il décide de
s’appeler dorénavant Johann Strauss. Quant à Saturnino, il se confie au vieux,
lui raconte l’histoire de sa famille, de son père mineur, disparu, sans doute
assassiné par les sbires du président, de sa mère, morte d’épuisement au
travail. Comment, demande-t-il au vieil homme, peut-il être ami avec le dictateur ?
Le vieux lui explique qu’ils sont amis d’enfance et que leurs chemins ont
divergé. Romero Villandes est devenu un chef d’orchestre mondialement connu,
horrifié par la dictature instaurée par son ami d’enfance. Revenu au pays, il
n’a pas pu refuser les marques d’amitié d’Ayanas.

L’école de musique est une parenthèse enchantée
dans la vie des petits miséreux, mais la réalité quotidienne demeure. Le sargento
n’a pas oublié l’affront subi et poursuit Saturnino, s’amusant à le terroriser.
La saison des pluies arrive, les touristes s’en vont, il n’y a plus de travail
pour les cireurs de chaussures. La faim s’installe, les
pilluelos se battent entre eux pour avoir du travail.
Mais tandis que les marchés des pauvres ne présentent plus que des étals vides,
ceux des riches regorgent de nourriture. Un soir, la révolte éclate, spontanée
et furieuse. Les pilluelos brisent les vitrines des beaux magasins et
prennent tout ce qu’ils peuvent. Les macacos ne tardent pas à arriver en
force. Il faut fuir, mais Patte-Folle est rattrapé, puis battu à mort.
Saturnino a le temps de reconnaître la brute qui assassine son ami
handicapé : c’est le sargento. Le vieux ouvre aux pilluelos
les portes de l’académie de musique, leur offre gîte et nourriture. Les petits
malheureux ont enfin un refuge. Il organise de dignes funérailles à
Patte-Folle, des funérailles de citoyen, loin des obsèques à la sauvette habituellement
réservées aux mendiants des rues.

À force de travail acharné et sous la
direction du vieux, les pilluelos ont formé un orchestre capable
d’interpréter Mozart et Haendel. Et un soir, les jeunes musiciens ont la
stupeur de voir arriver, sous bonne escorte, leur ennemi juré, l’incarnation de
ce qui fait de leur quotidien un enfer : le président Alfredo Ayanas. Romero
Villandes veut montrer au dictateur que les pilluelos ne sont pas la lie
de l’humanité mais au contraire riches d’un potentiel extraordinaire. Le
concert débute, sous le regard ironique du président, quand une rumeur envahit
l’école : l’émeute gronde, puis explose. Le dictateur doit fuir, la foule
envahit le bâtiment et, dans sa rage aveugle, brûle l’école. Les petits élèves
parviennent à grand-peine à sauver quelques instruments. C’est avec ces pauvres
débris que le lendemain les pilluelos se rassemblent sur les décombres
fumants et jouent : c’est leur premier concert public.

Il y en aura d’autres, pendant trois ans,
jusqu’à ce que Romero Villandes ne soit victime d’une crise cardiaque. Les pilluelos
ont grandi, et vont partir vers leur destin, dans leur pays devenu une
démocratie. Saturnino travaille à la mine, comme son père, et a placé Luzia à
l’école. La musique, merveilleux cadeau offert par Romero Villandes, a ouvert
et élevé l’esprit des petits pauvres de la rue, et l’un d’entre eux, Tartamudo,
est même devenu un contre-ténor réputé qui parcourt le monde. L’héritage de
Romero Villandes est vivant !

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