Maximes

par

Résumé

Avant-propos

 

         Précisons d’abord que si l’édition originale des Maximes remonte effectivement à 1665, nous travaillons pour ce résumé à partir de l’édition de 1678, dernière édition à avoir été remaniée de la main de l’auteur. Par ailleurs, résumer un recueil de maximes est, par essence, une gageure. Nous essaierons malgré tout d’en faire ressortir les motifs récurrents, la teneur philosophique et la structure générale. À savoir, cependant, qu’entre certains groupes de maximes formant une réelle unité de sens, La Rochefoucauld intercale quelques autres qui ne rentrent dans aucune logique macrotextuelle.

 

         Résumé

 

         La première maxime inaugure le premier mouvement des Maximes, dans lequel il s’agit d’affirmer que l’homme est objet plus que sujet : il est objet de ses passions, quelles qu’elles soient – jalousie, hybris – ; il est donc rarement bon ou mauvais volontairement. Ainsi, « ce n’est pas toujours par valeur et par chasteté que les hommes sont vaillants et que les femmes sont chastes ». Les maximes suivantes creusent ce sillon, soit en s’attardant sur l’effet transcendant des passions sur les hommes, soit en fournissant des exemples plus concrets propres à illustrer la confusion commune entre apparence de grandeur et grandeur effective.

         Découlent de là une certaine vision du rapport à autrui, et une somme de réflexions sur l’orgueil et l’empathie. La gentillesse, affirme La Rochefoucauld, serait un fruit de la paresse, de la vanité et de la crainte. L’empathie serait illusoire, comme le sous-entend avec ironie la dix-neuvième maxime : « Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d’autrui. »

         La Rochefoucauld remet en cause ensuite la sagesse, elle aussi illusoire. Les hommes sages ne sont pas plus sages que les autres, ils savent simplement mieux cacher leurs passions que les autres. Parfois même, leur modération est en fait une marque de faiblesse – ainsi le condamné à mort, stoïcien, serein, serait au bout du compte un lâche qui refuse d’affronter l’idée de la mort. La philosophie, aux yeux de l’auteur, échoue à remplir sa mission, car elle ne parvient qu’à réguler le passé et le futur, mais jamais la passion présente.

         La Rochefoucauld revient ensuite sur les différentes passions – l’envie, la jalousie, l’orgueil, l’intérêt. Le propos global est que tout le monde subit ces passions à un même degré et que seuls les moyens de les mettre à jour sont différents.

         La Rochefoucauld raille les hommes qui, exagérément, mettent en avant leur bonheur ou leur malheur – c’est, à ses yeux, toujours un propos erroné, toujours un artifice pour attirer l’attention, dans la mesure où nous sommes toujours aveuglés devant notre propre sort. Il réfléchit sur la notion de fortune (le terme recouvrant tour à tour la notion de destin et celle de richesse). Pour ce qui est de la richesse, La Rochefoucauld explique par exemple que les philosophes qui s’attachent à mépriser les richesses ne le font que pour se venger de ne pas les avoir.

         À partir de la maxime 68, La Rochefoucauld entame une série de considérations sur l’amour, thématique absente du texte jusqu’alors. Il affirme qu’il y a beaucoup de simulacres d’amour, mais très peu d’amours authentiques. Sa réflexion sur l’amour donne lieu à une réflexion sur les autres formes d’amour, d’abord l’amour de la justice (qui ne naîtrait que par crainte de l’injuste), et ensuite l’amitié, sur laquelle nous nous mentons (on aime par intérêt) et que nous gérons mal (« Il est plus honteux de se défier de ses amis que d’en être trompé. ») De là vient naturellement une réflexion sur la société (qui ne tiendrait pas longtemps si on était lucides les uns par rapport aux autres, dit notre auteur), et en particulier sur les erreurs de jugement que nous faisons à l’égard d’autrui.

         La Rochefoucauld détaille les sophistications de l’esprit, qui subit la plupart du temps les mouvements capricieux du cœur. Il réfléchit également à la notion de tromperie, qu’elle soit tournée vers soi ou vers les autres, et à celle de conseil, qu’on demande et qu’on donne forcément par orgueil.

         Aux alentours de la maxime 143, La Rochefoucauld démarre une série de réflexions sur la louange et le blâme. La louange est toujours intéressée, on la donne pour en recevoir à son tour. Par ailleurs, La Rochefoucauld déplore que les hommes ne soient pas assez sages « pour préférer le blâme qui leur est utile à la louange qui les trahit ».

         La Rochefoucauld manifeste ensuite, aux abords des maximes 157 et suivantes, une intransigeance morale qui devance celle d’Emmanuel Kant. D’après lui, la fin ne justifie pas les moyens et une action n’est pas bonne si elle a été guidée par un mauvais dessein. Encore une fois, il déplore les erreurs de jugement de ses pairs à ce sujet – « Le monde récompense plus souvent les apparences du mérite que le mérite même. »

         Après quelques considérations sur la constance et l’inconstance – La Rochefoucauld semble au moins croire en l’amour, qu’il considère comme une inconstance « arrêtée et renfermée dans un même sujet » – l’auteur s’attarde sur notre rapport aux vices et aux vertus. De là s’esquisse le modèle de l’honnête homme, qui doit connaître ses vices et en parler en toute franchise, qui ne se vexe jamais, qui ne cherche que la fréquentation d’honnêtes gens – et qui, La Rochefoucauld ne le dit pas explicitement, essaierait de contrôler le mieux possible tous ces travers dénoncés.

         Il évoque ensuite les concepts de courage et de lâcheté. Encore une fois, puisque l’homme subit tout cela, il n’a pas à être loué pour ses actes de bravoure. Vient après cela le concept d’hypocrisie, que La Rochefoucauld définit de manière très belle par « un hommage que le vice rend à la vertu. » Il répertorie quelques maximes plus bas les différentes sortes d’hypocrisie, laquelle est souvent et avant toute chose une hypocrisie vis-à-vis de soi-même.

         Les maximes suivantes sont des formulations neuves d’idées déjà dites, sans réel liant. Parfois, on a deux ou trois maximes successives qui reprennent la même thématique –  les femmes de 332 à 334, l’élévation de 399 à 401 –, mais jamais plus. Le recueil se clôt sur une maxime particulièrement longue – la plus longue de tout le recueil – où La Rochefoucauld s’attarde à nouveau sur la « fausseté du mépris de la mort ».

 

         Des Maximes ressort une vision du monde très cynique – l’homme est toujours objet, et jamais lucide par rapport à ce qui le meut. Le paradoxe du texte est que La Rochefoucauld, pour affirmer l’aveuglement de l’humanité, fait démonstration de sa lucidité. On se questionne ainsi sur le but d’un tel ouvrage : est-ce un ouvrage pessimiste qui lance ces affirmations et les considère comme indépassables, ou au contraire un ouvrage optimiste qui appelle à la prise de conscience pour mieux ensuite se libérer ? Quoi qu’il en soit, on a du mal à situer La Rochefoucauld par rapport à cette humanité décriée : à l’intérieur, ou à l’extérieur ?

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Résumé >