Table des matières

Orphée

par

Résumé

Après avoir adapté Antigone de Sophocle, Jean Cocteau, habité par les tragédies grecques, décide d’écrire Orphée, où il revisite ce mythe de la Grèce antique en le situant dans le temps présent. Cela lui permet de traiter entre autres choses de la relation entre l’humain et la mort, et d’explorer l’expérience du temps, de l’espace, du corps, et de la différence entre rêve et réalité. Dans cette tragédie, Cocteau s’interroge aussi sur la question de la source et de la nature de la poésie.     

 Un matin, dans son salon, Orphée, poète phare de la Thrace et ancien prêtre du dieu soleil, consulte un mystérieux cheval blanc au cours d’une séance médiumnique. Eurydice, son épouse, entre dérision et incompréhension, essaie d’amener Orphée à se rendre compte de l’influence énorme que ce cheval exerce depuis un mois sur sa vie, au point de lui faire oublier sa vocation, sa carrière et sa femme. Orphée lui répond : « Ma vie commençait à faisander, à être à point, à puer la réussite et la mort. » Eurydice s’inquiète particulièrement parce qu’Orphée a décidé de présenter une des phrases que le cheval lui a dictées : « Madame Eurydice reviendra des Enfers » à un concours de poésie. Il se trouve qu’un des membres du jury est Aglaonice, la reine des bacchantes. Or Eurydice a quitté les bacchantes, consacrées au culte de la lune, par amour pour Orphée, et celle-ci craint qu’Aglaonice ne veuille leur nuire par esprit de vengeance. Orphée ne veut rien entendre et accuse même sa femme d’avoir un intérêt particulier pour Heurtebise, le vitrier, et de casser à escient un carreau chaque jour pour qu’Heurtebise vienne le réparer. Eurydice acquiesce au lieu de lui avouer que, par ce geste, elle veut attirer la chance. Sur ce, Orphée brise un carreau, crie pour convoquer le vitrier et sort déposer son poème, en manifestant plus d’affection pour le cheval que pour sa femme.

Heurtebise, devenu le confident d’Eurydice, lui remet un morceau de sucre empoisonné confectionné par Aglaonice en échange d’une lettre compromettante. Tandis qu’Heurtebise, à la demande d’Eurydice, qui s’en sent incapable, s’approche du cheval pour lui offrir le sucre, Orphée revient pour récupérer l’acte de naissance dont il a besoin pour s’inscrire au concours. Le vitrier monte sur une chaise pour faire semblant d’effectuer des réparations, quand Orphée lui retire la chaise de dessous les pieds pour aller chercher son document. Heurtebise reste comme par magie suspendu en l’air. Orphée ne se rend compte de rien, mais Eurydice est stupéfaite. Au lieu de s’expliquer, le vitrier va tenter de la convaincre qu’elle souffre d’hallucinations.

Eurydice place la lettre compromettante dans une enveloppe qu’elle lèche pour la fermer, elle la remet à Heurtebise et lui demande de s’en aller. Soudain, elle se sent mal ; elle appelle le vitrier à l’aide et lui explique qu’elle a été empoisonnée par Aglaonice par le biais de l’enveloppe. Elle lui demande de faire revenir Orphée le plus rapidement possible.

Entretemps, la Mort, une jeune fille assistée par Azraël et Raphaël, vient emporter Eurydice au cours d’une opération menée avec la minutie d’un cambriolage et la propreté d’une intervention chirurgicale – cette incursion dans le monde des vivants s’effectue au travers d’un miroir. Elle s’approprie aussi le cheval pour le plaisir de Raphaël.

C’est un Orphée réticent qui revient avec Heurtebise parce qu’il est convaincu que c’est une manœuvre d’Eurydice pour attirer l’attention sur elle. Quand il réalise que sa femme est morte, ses affections se rééquilibrent et il veut trouver un moyen d’aller la chercher. Comme la Mort a oublié ses gants de caoutchouc sur la table, Heurtebise lui explique comment jouer de la radinerie de celle-ci pour récupérer sa femme en  passant par le miroir.

Tandis qu’Orphée est de l’autre côté du miroir, le facteur vient déposer une lettre qui lui est adressée ; Heurtebise la récupère. Peu de temps après, Orphée réapparaît suivi d’Eurydice. Heurtebise apprend ainsi qu’Orphée s’est engagé à ne plus jamais parler du cheval ni à regarder sa femme, sinon elle disparaîtra. Eurydice, elle, ne peut plus faire référence à la lune. Sur l’insistance d’Orphée et d’Eurydice, Heurtebise reste pour déjeuner et la discussion entre les époux dégénère rapidement, car la promesse de ne plus regarder sa femme devient une contrainte pour Orphée qui tend à l’oublier. En raison des tensions qui en découlent, Orphée tente de sortir de la pièce et dans sa tentative pour le retenir, Eurydice lui fait perdre l’équilibre et il la regarde. Eurydice disparaît dans un cri. Orphée refuse de reconnaître la réalité : sa femme ne reviendra plus. Il tombe alors sur la lettre qui le prévient qu’Aglaonice a utilisé la phrase du cheval contre lui et a pris la tête d’un cortège de bacchantes qui se dirige dans sa direction pour réclamer sa mise à mort.

Sur ces entrefaites, le son lointain de tambours brise l’emprise que le cheval exerçait jusque-là sur Orphée : il se rend compte de la clairvoyance de sa femme concernant les intentions d’Aglaonice et du cheval. Il décide d’affronter son sort au lieu de se cacher et va à la rencontre de la foule malgré les tentatives d’Heurtebise de le convaincre d’agir autrement.

Peu après, la tête d’Orphée est lancée dans le salon par la fenêtre. Elle appelle au secours Eurydice qui vient chercher le corps de son mari pour l’amener avec elle de l’autre côté du miroir. Sur ce, un Commissaire de police et un Greffier frappent à la porte et sont accueillis par Heurtebise qui les fait entrer. Il ressort de leur conversation que, suite à la mort d’Orphée, il y a eu une éclipse solaire. Les cinq cent bacchantes affirment n’être venues que pour conspuer Orphée. Ce dernier serait descendu à leur rencontre déjà ensanglanté et aurait expiré à leur pied.

La population en a fait un héros et demande un buste. Heurtebise leur remet la tête d’Orphée montée sur un socle. Le commissaire n’y voit que du feu et commence à interroger Heurtebise comme s’il était un suspect dans le meurtre d’Orphée. Quand il lui tourne le dos, Eurydice apparaît à travers le miroir et invite Heurtebise à la rejoindre. La tête d’Orphée couvre Heurtebise et répond aux questions du Commissaire qui, quand il se retourne, s’aperçoit que son principal suspect a disparu. Après une brève recherche, il décide de laisser des policiers en surveillance et sort avec le Greffier.

Orphée, Eurydice et Heurtebise reviennent dans le salon par le miroir et, avant de finir leur déjeuner, Orphée dit son bénédicité qui révèle qu’Heurtebise est leur ange gardien et le cheval le diable. Orphée finit sa prière par les mots suivants : « Nous vous remercions de m’avoir sauvé parce que j’adorais la poésie et que la poésie c’est vous. »

 

Dans Orphée, Jean Cocteau illustre à travers l’évolution du personnage éponyme l’attitude de l’être humain face à la perte que constitue la mort. Déni, surresponsabilité, colère sont quelques-uns des sentiments qu’Orphée exprime face à la mort de sa femme. Par leurs allers-retours entre le monde des vivants et des morts, les époux brouillent la frontière entre ce qui est et ce qui est désiré. Ils se débarrassent aussi graduellement de leurs illusions pour accéder à une connaissance réelle de ce qu’ils sont et de la réalité. C’est ainsi qu’Orphée finit par changer d’attitude face à la nature de la poésie : d’abord vocation puis dictée spirite, elle devient pour lui l’essence même du divin. Cocteau interroge ainsi la définition du poète : est-il un travailleur, un réceptacle ou un cocréateur ? 

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Résumé >