Pierrot mon ami

par

Résumé

Raymond Queneau, alors que les auteurs du Nouveau Roman ne se sont pas encore réunis, cherche comme eux à renouveler le genre romanesque et, si le constat et les envies sont, à la base, identiques, le résultat est très différent. Quand les Nouveaux Romanciers élaborent des œuvres éthérées, sèches, souvent austères, Queneau compose au contraire ses romans dans la joie et le jeu. Pierrot mon ami, bien qu’apparemment mineur dans sa bibliographie, est un parfait exemple de ce geste littéraire, au même titre que Zazie dans le métro ou Les Fleurs bleues.

 

         I

         Pierrot, le personnage principal du roman, est engagé dans un parc d’attraction parisien appelé l’Uni-Park. Au début du roman, Tortose, son patron, lui explique la nature de sa tâche : il doit, dans le Palace de la Rigolade, soulever les filles qui passent et les mettre au-dessus d’un ventilateur pour donner à voir aux vicieux spectateurs – ironiquement surnommées « les philosophes » – leurs cuisses et leurs dessous.

On fait, après cela, la connaissance de deux autres personnages importants : Paradis, que Pierrot a rencontré une semaine plus tôt tandis qu’il battait tous les records dans un stand où, en théorie, on ne peut pas gagner, et Petit-Pouce, de qui Pierrot craint l’inimitié.

Bientôt, il y a assez de gens pour mettre l’attraction en route. L’affaire tourne mal, un homme en colère frappe Pierrot. M. Tortose veut licencier ses trois employés mais Mme Tortose l’apaise.

Fin de la journée de travail : Paradis et Petit-Pouce vont fricoter avec des filles, Pierrot déprime dans son coin. Pour combler l’ennui, il emmène la jeune femme qui s’occupe du stand de Tir à la Mitrailleuse aux auto-tamponneuses. Il renverse un certain Pradonet qui, furieux, le fait virer par M. Tortose.

 

         II

         Le lendemain. On passe au point de vue de Pradonet, qui est, au début du chapitre, en compagnie de Léonie, sa compagne, avec qui il n’est cependant pas marié. On comprend, au fil des mots, que M. Pradonet est le directeur de l’Uni-Park et que M. Tortose n’est que le patron du Palace de la Rigolade. On apprend aussi que la fille du stand de tir s’appelle Yvonne et qu’elle est la fille de M. Pradonet.

Une discussion commence entre Pradonet, Léonie et Crouïa-Buy, un fakir récemment engagé à l’Uni-Park. Léonie pense qu’il est le frère de Jojo Mouilleminche, son premier amour. Crouïa-Buy finit par avouer que oui. Il lui apprend que Jojo est mort, à Palinsac, en tombant d’un mur qu’il devait passer pour aller voir une femme qu’il aimait. Léonie veut savoir qui est cette femme, mais doit aller travailler.

Pradonet montre à Crouïa-Buy un coin du parc, en hauteur, d’où il peut tout observer avec une sorte de longue-vue. Il surprend, au bout d’un moment, Pierrot, qui revient dans le parc et parle à Yvonne. On passe à ce moment au point de vue de Pierrot, qui invite Yvonne à une sorte de rendez-vous matinal. Puis on retourne au point de vue de Pradonet, qui fait expulser le jeune homme et dit aux employés de ne plus laisser entrer Pierrot.

Crouïa-Buy remarque, depuis les hauteurs, qu’un coin du parc n’est pas éclairé et demande à Pradonet ce qui s’y trouve ; il répond qu’il n’y a rien.

 

         III

         Le lendemain, on reprend le point de vue de Pierrot. Après une description de sa vie pauvre et pleine d’ennui, Pierrot va au point de rendez-vous mais Yvonne ne vient pas. Pierrot erre alors dans la ville. Un homme vient à sa rencontre et lui parle d’une chapelle ; dès qu’il s’y intéresse, l’homme fuit. Pierrot va déjeuner, et tombe sur Pradonet, qui lui propose, car il a des remords, d’être l’assistant du fakir. Pierrot accepte et retourne errer dans la ville en attendant les représentations du soir. Il retrouve l’homme de la chapelle, qui cette fois prend le temps de lui parler. Il s’appelle Mounnezergues et lui raconte une bonne partie de sa vie à l’occasion d’une tirade qui s’étend sur plus d’une dizaine de pages.

Pierrot reprend ensuite son errance, jusqu’à ce que l’heure du spectacle sonne. Pendant le spectacle, Pierrot, effrayé par les numéros dangereux du fakir, s’évanouit.

 

         IV

         Le lendemain, on voit maintenant les choses du point de vue d’Yvonne. On la peint comme une femme très belle, qui attire tous les regards. Arrivée à l’Uni-Park, elle surprend une conversation entre Léonie et le fakir. Pierrot vient à sa rencontre ; elle ne se souvient pas de lui, ou alors très vaguement. Il lui redemande un rendez-vous, elle refuse.

Yvonne sort du parc et va chez Mme Pradonet, sa mère, que M. Pradonet a laissé tomber pour Léonie – Mme Pradonet nourrit d’ailleurs une grande rancœur à ce propos, tout en aimant toujours M. Pradonet. Yvonne raconte l’histoire du fakir et sa mère explique que Léonie et elle étaient amies quand elles étaient plus jeunes, et qu’elle connaît, du coup, le fameux Jojo.

Yvonne s’en va, se fait attaquer par des enfants qui lancent des cailloux ; Paradis la défend et l’accompagne.

 

         V

         Le soir même. Point de vue de Mounnezergues. Il prend l’apéritif avec Pradonet. On découvre que la zone sombre dans l’Uni-Park est justement la chapelle dont parlait Mounnezergues à Pierrot. Ce bout de terrain lui appartient et il refuse de le céder parce qu’il contient la sépulture d’un prince. Pradonet est là pour essayer une fois de plus de racheter le terrain – « voilà près de dix ans que nous avons périodiquement la même conversation » remarque Mounnezergues. Ce dernier refuse encore une fois, malgré les menaces de Pradonet.

On passe au point de vue de Pradonet. Il déambule dans son parc et constate que sa Léonie est rêveuse et qu’Yvonne est absente de son stand. Enfin, il voit que Tortose et Petit-Pouce ont des problèmes avec la police. Petit-Pouce était seul pour gérer le Palace de la Rigolade, Paradis n’étant pas venu travailler, et il n’a pas réussi à gérer le flux ; les spectateurs, frustrés, se sont énervés et une émeute a démarré. On prononce la fermeture définitive du Palace de la Rigolade.

On passe au point de vue de Petit-Pouce. Léonie l’interpelle. Petit-Pouce a été détective privé et elle souhaite le payer pour qu’il retrouve la femme pour laquelle Jojo s’est tué. Petit-Pouce accepte et prévoit de partir pour Palinsac dans la nuit. En attendant, il se promène dans la ville et rencontre Yvonne et Paradis au café. Le trio est rapidement rejoint par Pierrot, qui raconte l’histoire de Mounnezergues.

 

         VI

         Point de vue de Pierrot. L’Uni-Park a été détruit par un incendie d’origine inconnue – la chapelle est toujours debout. Mounnezergues est satisfait, Pierrot s’en fiche. Ils vont tous les deux se promener et Mounnezergues dit qu’il peut peut-être trouver un travail à Pierrot au cirque ambulant de son ami Psermis. Ils vont le voir, mais l’homme n’a rien à proposer pour le moment.

Les jours passent. Pierrot s’ennuie, pense avec mélancolie à tous ses camarades de l’Uni-Park qu’il croisait tout le temps et qu’il ne croise plus. Mounnezergues, finalement, a un petit travail pour lui : Pierrot doit, pour Psermis, reconduire des bêtes chez Voussois, à Palinsac, et en ramener des nouvelles à Paris. Au milieu de cette conversation, Pradonet fait irruption et essaie vainement de racheter la chapelle : il a de nouveaux et grands projets pour son parc. Mounnezergues le renvoie. Pierrot, en tout cas, accepte le travail.

 

         VII

         Pierrot est sur la route. Il s’arrête dans une auberge, avec ses deux compagnons, Mésange et Pistolet. L’aubergiste a vécu et travaillé elle aussi près de l’Uni-Park. Dans l’auberge, Pierrot croise également Petit-Pouce. Il souhaite lui parler, mais dans le laps de temps où il accompagne Mésange et Pistolet à leur chambre, Petit-Pouce disparaît. Pierrot par à sa recherche dans la ville. Il entend un cri de femme. Ce cri, c’est celui d’Yvonne. Perdue, sur une moto en panne, abandonnée par Paradis avec qui elle était partie faire du camping, Yvonne apprend à Pierrot qu’elle et Paradis ont « couché ». Pierrot lui propose, cependant, de venir avec lui finir la route jusqu’à Palinsac.

 

         VIII

         Point de vue d’un nouveau personnage, Paul, libraire à Palinsac. Voussois est dans sa librairie et lit un article sur l’incendie de l’Uni-Park : l’enquête a conclu à un accident, faute de coupable. Voussois se réjouit de l’incendie. On passe à son point de vue. Il rejoint celui qui était le fakir au départ et dîne avec lui. Le faux fakir lui raconte qu’il a inventé des histoires pour se jouer de Léonie. Il n’a jamais été le frère de Jojo et Jojo n’est pas mort. Jojo, c’est Voussois !

Pierrot arrive, très tard, donne les bêtes à Voussois puis va faire un tour dans Palinsac. Il regrette qu’Yvonne ne l’aime pas. Il retourne néanmoins à l’hôtel, où elle est censée l’attendre. Quand il entre dans la chambre, il constate que Léonie a rejoint Yvonne. Léonie explique qu’elle ne trouve plus Petit-Pouce et qu’elle ne trouve pas plus qui est cette mystérieuse femme que Jojo aimait. Elle propose à Pierrot de continuer l’enquête, mais il ne veut pas. Le lendemain, alors qu’ils mangent, Pierrot, Léonie et Yvonne tombent sur Paradis et ses amis de camping. Ils se joignent à lui et boivent ensemble. Voussois fait irruption ; Léonie reconnaît son Jojo et s’évanouit.

 

         ÉPILOGUE

         À la place de l’Uni-Park, c’est le Parc Voussois qu’on construit. Pierrot rencontre Pradonet, déchu, qui lui apprend qu’Yvonne s’est mariée à Paradis. Il va ensuite voir Mounnezergues, qui lui lègue la chapelle et lui dit adieu. Pierrot revient quelques jours plus tard : Mounnezergues n’est plus là. Il croise Yvonne, qui lui apprend qu’il est parti en voyage. Yvonne reconnaît à peine Pierrot.

 

         Pierrot mon ami est la preuve que la modernité, dans les arts, ne peut se concevoir sans une grande connaissance de la tradition. En effet, on peut dire que ce roman est une variation autour du personnage typique de la commedia dell’arte qu’est Pierrot. Mélancolique, maladroit, amoureux sans espoir, le Pierrot de Queneau a toutes les caractéristiques classiques du personnage. De même, pour en revenir au Nouveau Roman, quand Robbe-Grillet élabore ses Gommes, il le conçoit comme une réécriture du mythe d’Œdipe. 

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