Un barbare en Asie

par

Résumé

Un barbare en
Asie
a été écrit par Henri Michaux à la suite de son
voyage sur le continent asiatique en 1931, voyage durant lequel il aura visité
des pays tels que l’Inde, la Chine et le Japon. Deux préfaces introduisent le
livre, toutes deux rédigées par Michaux lui-même. L’une sera écrite douze ans
après son voyage, l’autre trente-cinq ans après. Dans ces préfaces, l’auteur
exprime ses regrets a posteriori, notamment celui d’avoir mal compris ces pays
et d’avoir mal vu leur avenir. Mais il ne peut plus rien contre cela. Ainsi
débute son carnet de voyage, sous forme de notes, écrites parfois sur le ton du
sarcasme et de l’ironie.

 

Un barbare en
Asie
s’ouvre sur le
récit du voyage en Inde d’Henri Michaux. Dans ce chapitre, le plus long du
livre, intitulé « Un barbare en
Inde », l’auteur écrit ses observations sans concession sur
Calcutta et ses habitants. Son récit est un regroupement de notes,
d’observations, qui seront ici synthétisées.

Michaux exprime d’abord
son étonnement devant les chanoines, leurs habits et leurs coutumes. Ils
s’assoient partout, sauf aux endroits où l’on attend qu’ils s’asseyent. Ils
vivent librement :
« “Tiens,
si on se faisait raser
 !…”
et se faisant raser, là, sur place, en pleine rue », ou encore :
« celui qui a envie de chanter, chante, de prier, prie, tout haut »
écrit-il. Il est impressionné par le nombre d’habitants de la ville et par ses
piétons omniprésents.

Il se moque de
leur vénération des vaches. Il qualifie d’ailleurs les vaches de troisième
peuple, qui habite la ville au même titre que les Hindous et les Anglais. Ses
observations sont sarcastiques ; en témoigne cette réflexion entre
parenthèses : « en Inde bien veiller à n’être ni chien ni
veuve » – du fait de la considération qu’on leur témoigne. Henri Michaux
s’étonne d’ailleurs de la préférence accordée à certains animaux plutôt qu’à
d’autres.

Il observe
ensuite la philosophie des Hindous, si différente de celle des Européens. Il
fait ainsi référence aux « Mantras ou prières » dont on croit
à la magie. Il parle aussi de leur « respiration contrôlée dans un but
magique ». Ainsi leur science et leurs croyances sont-elles bien
différentes de celles des Occidentaux. Michaux parle ainsi du besoin d’idoles
des Hindous. Il écrit : « L’Hindou a mille idoles »,
« L’Hindou adore adorer », et même « Il plaît à l’Hindou de se
prosterner ». Il qualifie enfin ce peuple de « peuple de
l’Absolu ». Selon lui, la religion chrétienne oblige le fidèle à
l’humilité, fait ressortir sa faiblesse, alors que les religions hindoues dégagent
la force de l’homme. Les Hindous sont à la recherche de « l’union de
l’esprit individuel avec Dieu ».

Michaux parle
ensuite de la lenteur qu’il voit chez l’Indien et dans son esprit.
« L’Indien ne court jamais, ni dans la rue ni sa pensée dans son
cerveau ». Aussi sa pensée est-elle plus compliquée que celle des
Européens, qui ne voient sur un sujet que deux réponses possibles et quelques
nuances. L’Hindou, lui, voit une multitude de déclinaisons.

Il en arrive aux
monuments et au fameux Taj Mahal dont il dit qu’à côté, « Notre-Dame
de Paris
est un bloc en matériaux immondes, bon à être jeté dans la
Seine ».

Michaux parle
ensuite de cette habitude des Hindous de se laver, très souvent, mais dans les
eaux sales du Gange et des étangs. Là encore les réflexions de l’auteur sont
empreintes de sarcasme. Il pointe aussi du doigt l’attitude des Hindous et leur
façon « d’être plats et aveuglément acceptants ». Sur leur physique
Michaux enchaîne avec dureté : « Aucun pétillement nulle part. Des
têtes d’anormaux contents, et de faux témoins justifiés. Aucune
humanité ». Il note le désintérêt des Indiens pour la beauté, leur style
artistique très académique qu’il déplore, mais souligne au contraire la beauté de
la « fresque de Sigiriya » et qualifie même la gare de Calcutta de
« prodigieuse ».

Il en vient à la manière
de prier de l’Hindou, qui peut prier nu. Même dans ses rapports sexuels ou à
l’occasion de la masturbation il pense à Dieu dit-il. Quant à l’esprit de
l’Hindou, il le qualifie de « large, panoramique, possessif,
jouisseur ».

Michaux décrit
ensuite l’hostilité qu’il a perçue entre les Hindous et les musulmans. Il note
« l’intransigeance » de l’Arabe, qu’il dit aussi « noble, net,
coléreux », ou encore « courageux et chevaleresque ». Ainsi en
arrive-t-il au statut de « proie » des Indiens face aux conquérants,
en dépit de leur nombre. Il l’attribue à « l’esprit de défaitisme
naturel » de l’Indien, et ajoute non sans ironie : « Un homme
tue plus vite d’un coup de sabre que par magie ».

Aussi revient-il
sur l’adoration des Hindous pour tout, même pour les objets. Il ajoute :
« l’Hindou s’est bien gardé d’établir des rapports d’égalité entre lui et
le reste ». Il parle de la retenue des Hindous, de leur réserve, source de
quiproquos, qui empêche parfois les relations amoureuses de se nouer, faute d’informer
l’autre de ses sentiments. Il déplore leur hésitation à agir dans de pareilles
situations, puis parle de la non-violence de leur religion, du fait que
« 95 % des Hindous ne mangent pas de viande », et s’intéressant
au statut de leurs dieux il ajoute : « leurs dieux se comportent
comme des héros ou comme des hommes. […] Ils sont l’homme à la puissance
magique. Mais ils n’ont pas d’élévation morale. »

Dans une note
suivante il adresse ses conseils à « celui qui fait aux Indes son premier
voyage ». Il fait lui-même une prière à la manière des Hindous.

Il parle ensuite
des femmes et des jeunes filles bengali. Il loue leur « modestie »,
leur « décence », leur réserve. La note qui suit porte sur les
besoins matériels inexistants des Hindous, sur le fait qu’ils s’accommodent de
tout. Il parle de l’apparent manque de compassion des Hindous face aux plus
démunis, mais il l’attribue au fait que la pauvreté ou la misère sont un
spectacle si courant ici… Quant à l’origine et aux causes de leurs religions
et de leurs philosophies, il les impute aux circonstances telles que la famine,
les maladies. Dans la note suivante il écrit : « l’Inde chante,
n’oubliez pas cela, l’Inde chante » ; le « désespoir
froid » comme il l’appelle, n’existe pas dans ce pays.

Plus loin il se
désespère des révérences que les Hindous lui font sans cesse, de la
considération injustifiée qu’ils lui témoignent : « ce n’est pas la
peine de se jeter par terre » dit-il. Mais il entrevoit un changement dans
cet avilissement des Hindous – qui est fonction de leur caste –, comme le
prouve la création de l’association self-respect-association. « Ces
années sont les toutes dernières de leur domination » écrit-il, en parlant
des Brahmes.

« Il ne
faudrait pas croire que l’Hindou est écrasé sous le nombre des
prescriptions ». Au contraire, il en demande encore assure-t-il. Et de son
adoration, considérée précédemment, découle le goût du sacrifice. Du sacrifice
des animaux par exemple. Ensuite il note chez l’Hindou une « propension à
se dépouiller » soi-même, ne sachant pas si elle est liée à la religion,
puis aussi la tendance qu’ils ont de jeûner à tout propos. Il parle aussi de
leur manière de faire des vœux, tout le temps, de leur adoration du self-control,
celle qu’ils ont pour leur mère, et de leur idée qu’il faut se sacrifier
pour les générations futures.

Revenant sur le
physique des Hindous, Michaux parle de la beauté de leurs vieillards, tout en
ajoutant plus loin qu’avant ça, de huit à soixante ans, l’hindou « a l’air
niais », puis que « les puissants du monde aux Indes ont très
rarement un beau visage ». Sa critique est acerbe, tant sur le physique
que sur la mentalité de l’Hindou : « il n’a pas de fraternité »,
« comme il est dommage que ce soit les poumons qu’on puisse exercer, et
non le cœur », « l’Hindou a de la force psychique et il en use. Mais
la bonté est chez lui plus rare qu’ailleurs. Faire du mal par voie psychique
est sa première tentation. Faire du bien est une exception. » Il enchaîne
ces mots avec des observations sur les poissons et les aquariums locaux.

Les gens
s’étonnent, dit-il, qu’il écrive sur les Indes et qu’il n’ait pas écrit sur
l’Europe. Lui trouve ça normal et à la question : « Ai-je été exact
dans mes descriptions ? » il répond par une comparaison. Ainsi
parle-t-il du singe et du cheval qui se rencontrent, qui commencent par voir
leurs différences et qui finissent par s’en arranger, et même à prendre du
plaisir à leurs rencontres. Il parle de Gandhi, de son « amour » pour
lui et de sa tristesse de voir qu’en Inde, « la civilisation européenne
est une religion. Aucune ne lui résiste ». Il déplore l’européanisation
certaine des Indes. Il parle des « dominations étrangères » pesant
sur l’Hindou et estime que s’il était au pouvoir, en dix ans, les castes
disparaîtraient. Il conclut ce chapitre et le récit de son voyage en Inde par
cette phrase, à propos de la personnalité hindoue : « Moi non plus,
je ne l’ai peut-être pas trouvée, mais je sens parfaitement qu’elle
existe ».

 

La seconde partie
s’intitule « Himalayan Railway ».
Henri Michaux se trouve à Siliguri.
Il s’apprête à prendre le train qui le conduira dans l’Himalaya, qu’il
surnomme la « locomotive-poney », tant il est de petite taille. Il
parle des gens et de leurs sourires : « Partout des sourires, petits,
justes, aérés, le premier sourire de la race jaune, que je vois, le plus beau
du monde », du bonheur qu’il a de découvrir les Népalais, qu’il compare,
avec les Tibétains, aux Hindous. La place des femmes n’est pas la même chez les
Hindous et chez les Tibétains. La femme n’est pas libre chez les Hindous. Il
voit chez les Népalais une chaleur qu’il apprécie, regrettant qu’il n’y en ait
de pareille chez les Hindous. Il observe les habitants, un prêtre tibétain
mendiant, un monastère de lamas, il écoute leurs voix et ainsi s’achève « Himalayan Railway ».

 

La troisième
partie est intitulée « L’Inde
méridionale ». Les gens de cette région sont différents des
Hindous qu’il avait vus jusqu’alors. La religion n’est plus la même, ni la
manière de la pratiquer : « Ils sont multithéistes. Souvent, en même
temps, ils sont convertis au christianisme » dit-il. Le système des castes
à « deux poids et deux mesures » fait que, selon lui, « il est
impossible de revenir aux Indes sans être porté vers le communisme ».
Parlant du physique des gens du Sud il n’est tendre ni avec les hommes ni avec
les femmes. Il observe mais lui aussi se sent scruté d’une drôle de manière :
« ils vous regardent comme au jardin zoologique on regarde un nouvel
arrivé, un bison, une autruche, un serpent ». Les Hindous lui parlent
fort, souvent de Jésus-Christ, toujours leurs visages très proches du sien. La
langue, le tamoul, est une langue « agglutinante » avec des
mots à rallonge. Quant à leurs chants, c’est « une pendaison ». Leurs
pièces sont assez divertissantes. Au théâtre ce sont des hommes, vêtus comme
elles, qui jouent les rôles des femmes. Michaux n’a d’yeux que pour une actrice
femme, Sundarambal. La littérature
bengalie aussi déclenche les louanges de l’auteur.

 

« Un barbare à Ceylan » est le nom donné au quatrième chapitre. Michaux y
raconte qu’un jour, un Cinghalais vient lui expliquer les mérites du
christianisme : « L’espérance, disait-il, le paradis avec
Dieu tout de suite après la mort
 ». Michaux observe
« l’inertie » des Cinghalais.

 

Le chapitre
suivant est « Histoire naturelle ».
Il s’agit de quelques notes rassemblées au sujet des animaux. La chauve-souris
est magistralement silencieuse dans son vol. La perruche vole droit pour se
déplacer sans faire de pirouettes. « Le pigeon est un obsédé
sexuel ». « Les milans sont de grands incapables ». Une souris
peut survivre traquée par un chat, par une mangouste, mais jamais à un corbeau.
Les becs-rouges-tampons blancs ont l’air moins sots que les moineaux, ils ne
font rien mais ont l’air d’être occupés. Il y a le jabiru prudent qui mange le
poisson une fois mort, et l’imprudent qui le mange encore vivant.

 

« Un barbare en Chine »
constitue la sixième partie du livre. « Le peuple chinois est
artisan-né » commence-t-il. Il est habile, qualifié, doué, intelligent.
Viennent ensuite des observations sur l’air et le physique des Chinois. Les
Chinois ne sont pas très religieux observe-t-il. Michaux est sensible à leur
musique pourtant si peu goûtée par les Européens, de même qu’à la beauté de la
langue chinoise parlée.

La femme chinoise
et son amour ne sont pas comme chez les Européennes ou les Arabes. Elle
s’occupe de son amant, se met à son service. Elle ne se repose jamais et même
dans son sommeil elle a le sens de l’harmonie.

Le Chinois
« qui ne se plaint pas » et sa poésie attirent peu l’Européen amateur
de tragédie. Même face à la mort il n’est pas tragique. La peinture, le théâtre
et l’écriture chinoise mettent en lumière une réserve et un manque d’aura. Ils
ont « ce goût de prendre un détail pour signifier l’ensemble »
dit-il. Les caractères chinois eux-mêmes sont compliqués. Les poèmes chinois
indiquent les traits d’une idée, non l’idée elle-même.

Dans une autre
note il écrit : « Obéir à la sagesse […] a toujours été la
préoccupation des Chinois. » Le Chinois est honnête mais la malhonnêteté
ne le choque pas. Le Chinois a besoin de jeux et pourtant il ne sait plus rire.
Les Chinois détestent les Européens, et pour avoir été victime de cette haine,
Michaux avoue que lui-même en a peut-être ressenti à leur égard.

Plus loin il
souligne le goût trop poussé des Chinois pour l’imitation. Michaux cite ensuite
un philosophe qui disait « que si
le gouvernement d’un petit
État est bon, tout le monde
[…] y affluera ». Cela se vérifie
encore au moment de son voyage, en Malaisie par exemple, dont le gouvernement
stable et sûr attire bon nombre de Chinois. En politique et pour les grandes
choses ils sont inertes, n’agissent pas, mais pour le commerce ils s’activent. C’est
un peuple de marchands.

Le Chinois n’est pas très romantique ni porté sur
l’érotisme ou le désir charnel. Le théâtre chinois place les éléments de la
scène au fur et à mesure, très rapidement, au point qu’il ressemble au cinéma.
Sur le visage de l’acteur de théâtre est peint le caractère de son personnage.
Le style chinois n’est pas lyrique ou linéaire, l’écriture bute. Les
constructions chinoises, l’architecture sont destinées à la protection. Et pour
cause, le Chinois est pacifique. Ses objets, ses constructions paraissent
toujours lourds. Le Chinois est sensible, délicat, effrayé par l’humiliation,
la sienne et celle qu’il pourrait provoquer chez les autres.

 

La partie suivante, s’intitulant « Un barbare au Japon », est
introduite par une note d’Henri Michaux, rédigée en 1984. Il y parle de sa
gêne, de sa honte par rapport à ce qu’il a écrit, du fait que le pays n’est
plus du tout comme il le décrivait alors. Et pour cause. Voici comment il
parlait alors des Japonais : « Peuple, enfin, dénué de sagesse, de
simplicité et de profondeur, archisérieux, quoique aimant les jouets et les
nouveautés, s’amusant difficilement, ambitieux, superficiel et visiblement
destiné à notre mal et à notre civilisation ». Il est
« braillard », « il pleure, il gémit », « l’amabilité
ne passe pas », ni leur musique, ni leur théâtre n’ont de valeur aux yeux
de Michaux. Plus tard il écrit sur les raisons qui lui ont fait rejeter le
Japon. À l’inverse de beaucoup d’autres, il n’est pas de ceux qui critiquent
par exemple la reconstruction de Tokyo dans un style ultramoderne.

Plus loin il écrit « Seule l’âme jaune n’entraîne
pas de boue. Il n’y a jamais de boue en elle ». Il raconte ensuite son
regret, après avoir rencontré une jeune fille, de ne pas être revenu la
trouver. La note suivante porte sur l’habillement, et sur ce qu’il dit d’un
peuple. Celui des Japonaises, serré, montre leur discipline.

Il termine le chapitre sur ces mots : « Y
aura-t-il encore une guerre ? Regardez-vous, Européens, regardez-vous.
Rien n’est paisible dans votre expression. Tout y est lutte, désir, avidité.
Même la paix, vous la voulez violemment ».

 

La dernière partie de ce carnet de voyage est
intitulée « Un barbare chez les
Malais ». Tout des Malais plaît à Michaux : les hommes,
leurs maisons, leurs bateaux, leurs constructions. Il dit ne pas bien connaître
le Malais, mais il lui semble plein d’humour, accueillant, correct ; il a
du maintien.

À Bali il note ses impressions. Il imagine le plaisir
des Hollandais à posséder une île où les femmes vont la poitrine nue. Il est
dubitatif devant les démons sculptés, à l’entrée des temples, à l’entrée des
maisons. Michaux finit par s’ennuyer, par s’habituer aux seins nus des femmes,
et regrette qu’elles n’aient pas plus d’expressions. Les femmes semblent être
devenues des hommes. Il note enfin que les Balinais aiment la fête. Il compare
le théâtre d’ombres javanais au théâtre d’ombres balinais. Il dit aimer la
langue javanaise, mais pas le théâtre malais.

Il écrit enfin qu’il y a eu tellement d’invasions de
races et de religions que chacun est devenu un incroyable mélange. Et dans son
avant-dernière note il ajoute : « Qu’est-ce qu’une
civilisation ? Une impasse. […] Un peuple devrait être honteux d’avoir une
histoire. […] C’est dans l’avenir qu’ils doivent voir leur Histoire ». Michaux
conclut le chapitre et le livre sur une parole de Bouddha : « À
l’avenir, soyez votre propre lumière, votre propre refuge ».

 

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