Vendredi ou la vie sauvage

par

Résumé

Présentation des personnages

Robinson

Vendredi

Dimanche

L’équipage du Whitebird

Axes de lecture

La reprise des thèmes fondateurs du mythe de Robinson

La question de la civilisation

Un roman pour la jeunesse

Biographie de Michel Tournier

Michel Tournier est un écrivain français né en 1924 à Paris dans une famille aisée ; ses deux parents sont germanistes et son père travaille dans le domaine de la musique. Formé dans des établissements privés religieux où il ne brille pas, sa jeunesse est donc marquée par la culture allemande, qui nourrira son œuvre, mais aussi la musique et le catholicisme. Alors qu’il passe ses vacances à Fribourg-en-Brisgau, il assiste à la montée du nazisme. Élève au lycée Pasteur à Neuilly-sur-Seine, il découvre la philosophie à travers les cours de Maurice de Gandillac (1906-2006) et les œuvres de Gaston Bachelard. Après avoir échoué au concours d’entrée de l’École normale supérieure il étudie la philosophie à la Sorbonne puis à l’université de Tübingen (Bade-Wurtemberg) en Allemagne. Après son retour en France en 1949 et un second échec à l’agrégation de philosophie, il renonce à une carrière d’enseignant et devient traducteur pour Plon, dont il deviendra directeur du service littéraire en 1958, et collabore à des émissions culturelles avec l’ORTF et Europe 1 où il commence en tant que rédacteur publicitaire en 1954. Il continue en parallèle ses lectures philosophiques et développe le projet d’écrire un roman populaire fondé sur un sujet hautement philosophique.

La carrière littéraire de Michel Tournier ne commence qu’en 1967 à quarante-trois ans quand il publie Vendredi ou les Limbes du Pacifique, adaptation du Robin Crusoé de Daniel Defoe sous la forme d’un conte philosophique qui lui vaut le grand prix de l’Académie française. Tournier se focalise d’abord sur la volonté de Robinson de civiliser l’île où il a fait naufrage, qu’il a baptisée Speranza et dont il s’est proclamé gouverneur, imaginant tout un système de lois et de sanctions, reproduisant la civilisation pyramidale, violente qu’il avait connue en Angleterre. Parallèlement l’homme vit des périodes de réconciliation avec la nature, connaît la tentation de l’animalité, mais c’est avec Vendredi, un sauvage qu’il recueille et qu’il fait son esclave qu’il va réellement remettre en question la civilisation à laquelle il était habitué, et reprendre contact avec les éléments naturels.

L’importance du nouvel écrivain, né sur le tard et « par compensation » comme il le dit, ne se dément pas avec son deuxième roman, qui remporte le prix Goncourt à l’unanimité. Michel Tournier siègera d’ailleurs à l’académie Goncourt dès 1972 et entrera au comité de lecture des éditions Gallimard. Le Roi des Aulnes, dont le titre est tiré d’un poème célèbre de Gœthe, raconte l’histoire d’Abel Tiffauges, un mécanicien marginal d’un physique imposant, persuadé qu’un destin exceptionnel lui est promis, découvrant chez lui une perversion qu’il appelle « phorie » : il aime en effet, tel saint Christophe ou une mère, simplement porter un enfant. Il recherche ainsi la compagnie des écoliers et manque d’être emprisonné quand la Seconde Guerre mondiale éclate. Fait prisonnier dans un stalag de Prusse-Orientale, il jouit d’une certaine liberté et cumulera plusieurs expériences : il assiste Göring, grand veneur du Reich, dans ses tueries de cerfs, puis il travaille dans une napola dont il deviendra maître, une école d’élite des SS où il peut se laisser aller à sa passion des enfants en devenant « l’ogre de Kaltenborn », recrutant les jeunes garçons de la région. La rencontre d’Ephraïm, jeune juif rescapé des camps, lui fait comprendre qu’il n’est pas forcément voué à rester du côté des nazis et du Mal. Tournier réemploie ainsi le thème légendaire du monstre ravisseur d’enfants, dont le parcours est mêlé à l’histoire allemande et se fait synonyme de la quête d’un hypothétique salut. L’œuvre, dont l’intertexte est nombreux, est ainsi parcouru d’analogies, de symboles et de métaphores.

En 1971, paraît Vendredi ou la Vie sauvage, une adaptation pour les enfants de Vendredi ou les Limbes du Pacifique qui leur donne accès aux même réflexions philosophiques à travers une histoire plus abordable. En 1975 Les Météores entreprennent le thème de la gémellité et réinterprètent le mythe de Castor et Pollux à travers les relations complexes voire incestueuses de Jean et Paul, deux frères jumeaux qui semblent ne former qu’un couple qu'on appelle Jean-Paul. Alors que Paul fait primer leur gémellité sur tout, accusant les « sans-pareil » d’avoir dévoré leur jumeau dans le ventre de leur mère, Jean de son côté étouffe dans cette relation et tente de se marier, sans y parvenir, empêché par son frère. C’est le point de départ d’un voyage initiatique à travers le monde pour les deux frères, dont le récit, à nouveau, foisonne de symboles. En 1978, Michel Tournier réunit dans Le Coq de Bruyère plusieurs contes ayant à nouveau pour sujets des mythes – le Père Noël, l’ogre du Petit Poucet –, ou des éléments du quotidien comme un appareil photo ou un citron, derrière lesquels l’auteur, qui se fait encore plus explicitement métaphysicien, tente de débusquer des « vérités », et de les exhiber dans leur nudité, de les faire danser au fil d’histoires. L’œuvre, qui apparaît iconoclaste, alterne des épisodes comiques et tragiques.

Dans Gaspard, Melchior et Balthazar en 1980, Michel Tournier travestit un nouveau mythe. Il brode toute une histoire autour des quelques lignes faisant référence aux rois mages dans le Nouveau Testament, les imaginant rois ayant chacun vécu une catastrophe, et leur adjoignant un quatrième comparse, Taor, prince de Mangalore, ayant manqué le rendez-vous de Bethléem, parti en quête de la recette du rahat loukoum à la pistache, et qui devient sous la plume de l’auteur, à la fois violente et naïve, un des premiers martyrs de la chrétienté. À nouveau l’auteur adaptera son livre pour les enfants en 1983 sous le titre Les Rois Mages. Dans La Goutte d’or en 1985 Michel Tournier imagine le personnage d’Idriss, un berger saharien qui part en quête d’une vie plus facile à Paris, ainsi que de la photographie qu’une jeune femme blonde venue jusqu'à son oasis a prise de lui. Le jeune homme pense que son image lui a été volée par celle qui lui avait promis de la lui envoyer, et il découvre au gré d’un voyage initiatique la culture de l’image de l’Europe contemporaine, opposée à celle du signe de la civilisation arabo-musulmane.

 

Michel Tournier s’est décrit lui-même comme « un contrebandier de la philosophie » ; c'est-à-dire qu’il a pour dessein de faire passer les idées de Platon, Aristote, Spinoza ou Kant dans des histoires et des contes qu’il destine au plus large public possible. Il tient donc à exposer de la façon la plus simple possible des concepts ou des systèmes philosophiques d’abord complexe. À l’époque du nouveau roman, sa prose apparaît moulée sur une tradition classique. Ses œuvres les plus réussies sont selon lui celles qui parlent le mieux aux enfants, même s’il se défend d’être un auteur pour la jeunesse. Il a donc développé son style d’écriture vers un idéal de clarté, de brièveté et de proximité avec le concret. Il ne cherche pas pour autant à écrire des romans à thèse et tient à ce que ce soit le lecteur qui soit l’auteur des leçons à en tirer.

Dans ce dessein Michel Tournier a pour méthode principale le détournement, la subversion humoristique des mythes, ponts entre la philosophie et le roman, mythes dont il n’hésite pas à inverser le sens moral et métaphysique. Il insère ces mythes transformés dans des histoires au réalisme méticuleux qui n’excluent pas la création de mondes imaginaires, et qui posent des questions sur la civilisation, la nature, des dilemmes moraux, le rapport à l’autre et à soi, en exploitant souvent le thème du double, de l’androgyne.

Parmi ses influences, Michel Tournier site son livre fétiche, Le Merveilleux voyage de Nils Holgersson de Selma Lagerlöf du côté des livres pour enfants, et l’Éthique de Spinoza du côté du savoir philosophique. Il cite également Perrault, la comtesse de Ségur, Flaubert et ses Trois contes, qu’il considère comme un sommet de la littérature. La littérature allemande, à travers l’influence de ses parents, a bien sûr beaucoup imprégné son œuvre, notamment celle de Günter Grass. À sa suite il tente de révéler le visage monstrueux et absurde de l’Histoire derrière toute tentative de discours rationaliste. Comme Rabelais, Cervantès ou Céline, il s’inscrit dans la tradition d’une « authenticité par le grotesque » selon l’expression qu’il utilise pour parler du Tambour de Grass. Les œuvres de Michel Tournier sont pétries de références et l’on peut y retrouver un intertexte nombreux, qui ne l’empêche pas pour autant d’être un écrivain populaire traduit dans une quarantaine de pays, en même temps qu’il est étudié au collège comme à l’université.

Michel Tournier a également publié des essais, notamment Le Vent Paraclet en 1978, où il mêle des éléments autobiographiques à une réflexion littéraire et philosophique propre à éclairer son œuvre. Passionné de photographie, il a animé une émission télévisée consacrée à cet art, Chambre noire, et a créé avec Lucien Clergue en 1968 les célèbres Rencontres photographiques d’Arles. Retiré des cercles littéraires parisiens, Michel Tournier a élu domicile dès 1957 dans un ancien presbytère de la vallée de Chevreuse, au sud-ouest de paris. Il est cependant souvent sorti de son isolement pour rencontrer ses lecteurs, notamment des collégiens.

 

 

« Si on définit l'intelligence comme la faculté d'apprendre des choses nouvelles, de trouver des solutions à des problèmes se présentant pour la première fois, qui donc est plus intelligent que l'enfant ? »

 

« Je sais maintenant pourquoi le pouvoir absolu du tyran finit toujours par le rendre absolument fou. C'est parce qu'il ne sait qu'en faire. Rien de plus cruel que ce déséquilibre entre un pouvoir-faire infini et un savoir-faire limité. À moins que le destin ne fasse éclater les limites d'une imagination indigente, et ne viole une volonté vacillante. »

 

« L’une des inversions malignes les plus classiques et les plus meurtrières a donné naissance à l’idée de pureté.

La pureté est l’inversion maligne de l’innocence. L’innocence est amour de l’être, acceptation souriante des nourritures célestes et terrestres, ignorance de l’alternative infernale pureté-impureté. La pureté est horreur de la vie, haine de l’homme, passion morbide du néant. »

 

Michel Tournier, Le Roi des Aulnes, 1970

 

« Tous les couples ont entre eux cette sorte de réserve tacite et sacrée. Si l'un des deux brise le silence, il rompt quelque chose, irrémédiablement. »

 

Michel Tournier, Les Météores, 1975

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Dissertation à propos de Vendredi ou la vie sauvage