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Youri

par

Résumé

L’écrivainfrançais d’origine russe Henri Troyat né Lev Aslanovitch Tarassov voit le jourà Moscou en 1911. Sa famille bourgeoise, qui décide de quitter la Russiedevenue révolutionnaire après l’avènement du régime léniniste en octobre 1917,n’est pas la seule à entreprendre le voyage vers la France qu’ils atteignent en1920. Des échos de ce périple mouvementé se retrouvent dans le roman Youri, qui raconte l’exil d’une famillede la bourgeoisie paysanne du village de Koussinovo vers l’Hexagone.

Alors que laRussie est engagée dans la Grande Guerre de 1914, dans la famille bourgeoisedes Samoïlov, dont le père Alexandre Borissovitch est à la tête d’une tanneriequi bénéficie du conflit, tout va bien. Comme l’explique Youri, le fils uniquede 11 ans : « Malgré la guerre, on ne manque de rien chez lesSamoïlov. La faim, la peur, la mort sont pour les étrangers. »

La mèreMarie Vassilievna s’est prise d’une affection particulière pour sa femme dechambre Douniacha et sa jeune fille Sonia, qui est du même âge que son fils. Dece fait, elle octroie à Sonia des privilèges inhabituels en lui donnant ledroit de manger à table avec la famille, ce que ne peuvent normalement pasfaire les serviteurs, et en lui permettant de bénéficier de la même éducationque Youri. Leur préceptrice Zoé Ivanovna, à la différence des autresserviteurs, affiche une certaine affinité avec les idéaux bolcheviks qui ont lafaveur de la population défavorisée. Elle fait preuve de favoritisme enversSonia et distribue des feuillets de propagande, ce qui lui vaut un renvoi, à laveille de Noël.

La foiorthodoxe est un pilier de la famille Samoïlov qui célèbre en grande pompeaussi bien les festivités de Noël 1916, que celles de Pâques 1917, ce quiconfirme leur statut au sein du village de Koussinovo.

Youri etSonia grandissent dans la prospérité en développant une relation quasi fraternellesans se soucier de ces bouleversements d’ordre politique : ils apprennent,s’amusent au dehors, vont à la pêche ou à la cueillette des champignons.Pendant ce temps, le tsar Nicolas II abdique, les bolcheviks accèdent aupouvoir et Zoé Ivanovna qui avait finalement gardé son poste démissionne pourépouser un soldat russe blessé à la guerre. Cette tension culmine lors de larévolte des ouvriers de la tannerie contre l’autorité d’Alexandre et de sonrégisseur Pistounov. Ils réclament une amélioration de leurs conditions detravail à laquelle Alexandre Borissovitch s’oppose et le soir même, un incendiecriminel détruit le hangar familial.

Face à ceschangements, Alexandre et Maria continuent d’espérer que tout va « rentrerdans l’ordre » et que les bolcheviks seront bientôt renversés. Leurattente est déçue. Après la révolution d’Octobre, les ouvriers de la tanneries’organisent en délégation et Kolybelev, un ancien employé, se retrouve à latête d’un comité qui va perquisitionner la maison des Samoïlov et procéder,plus tard, à l’arrestation de son ancien patron.

La famillecommence à être touchée par la misère qui frappe le pays car il leur devient deplus en plus difficile de s’approvisionner en nourriture. C’est ainsi que lesenfants prennent conscience de l’impact des changements politiques. Douniacha,la mère de Sonia, grâce à sa débrouillardise habituelle, obtient la libérationde son maître et un laissez-passer pour la ville de Kharkov, en Ukraine.Consciente du trouble qui agite le pays, elle organise, en accord avecAlexandre, le départ de la famille qui maintenant l’inclut elle et sa fille.L’arrivée opportune d’un message porté par Zapitaïev – ancien employé deschemins de fer russes maintenant membre du comité des transports – leur permet,grâce au versement de pots-de-vin, d’obtenir les papiers requis pour allerrejoindre le père de famille. Douniacha prend toutes les formalités en charge,comme le renvoi des serviteurs, et le jour de leur départ la maison familialeest réquisitionnée par le comité de Kolybelev pour y installer un lazaret.C’est avec tristesse que les deux femmes et les deux enfants s’acheminent encalèche vers la gare de Kline, où ils s’installent dans des voitures depremière classe. « Vous voyagerez comme des princes, dit Zapitaïev.Profitez-en ! Ça ne durera pas ! »

Une foisarrivés à Moscou, où les Basmanov, des amis de la famille terrorisés par lesbouleversements politiques, les accueillent pour deux nuits, Douniacha parvientà obtenir les billets nécessaires pour se rendre jusqu’à Kharkov mais, une foisrendus à la gare, la famille se rend compte qu’ils devront voyager dans deswagons à bestiaux. Pour survivre au voyage de cinq semaines, Douniacha organiseles rations et les pauses pour les repas. Elle devient essentielle à la surviede la famille et du reste des voyageurs en se débarrassant d’un garde auxvelléités de despote et en trouvant un conducteur de train pour remplacer celuiqui démissionne en plein milieu de parcours.

Rendus àKharkov, ils apprennent qu’Alexandre en est parti, et, grâce aux bons officesde Jarovonkov, la famille finit par arriver à Odessa où tout le monde estréuni.

Youri etSonia se sont rapprochés au cours des péripéties de leur voyage et dessentiments amoureux ont éclos qui finissent par se traduire par une intimitéphysique. Leur complicité croissante prend fin quand Douniacha trouve desbillets pour les Samoïlov à destination de la France mais décide de rester enRussie avec sa fille, révélant ainsi sa préférence pour un pays où l’ordresocial a été inversé et la liberté qu’elle y trouve.

Youri, dont la narrationse fait du point de vue d’un garçon élevé au sein d’une famille de labourgeoisie paysanne russe, est l’opportunité de jeter un regard différent surune période clé de l’histoire contemporaine, la Révolution russe. Cetteperspective enfantine permet une certaine distanciation vis-à-vis des tragédiessociopolitiques vécues au sein du pays, tout en permettant de saisir ladimension poignante des déchirements personnels qui ont résulté de cesbouleversements de l’ordre social traditionnel russe.

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