Analyse du film "l'homme d'aran" de robert flaherty

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  • Publié le : 22 août 2010
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Peut-être plus encore que dans Nanouk, L’Homme d’Aran est une véritable épopée de l’homme face à la nature. C’est la collecte de varech qui se fait sous la menace des lourdes vagues d’une mer prête à emporter les imprudents, un frêle esquif qu’un équipage malmené par la tempête essaye de ramener sur le côte. C’est un poème lyrique et non un film d’ethnologue, Flaherty passant sous silence lesdonnées sociologiques ou historiques. Les îles d’Aran ce sont des terres arides, sans végétation, où les habitants doivent fabriquer la terre avant de même de pouvoir semer. Les quelques patates qui peinent à pousser appellent les hommes à partir à l’assaut de la mer, furieuse, déchaînée. A bord de petites coquilles de noix, ils naviguent sur une des mers les plus mauvaises du monde. Cette mer estfilmée comme un personnage à part entière, imposante, capricieuse.
Flaherty n’écrit rien, n’a aucun plan de tournage Soucieux de chaque étape de la fabrication d’un film, il n’en considère pas moins le tournage comme le principal moment de création. Il filme à n’en plus finir, inquiétant puis exaspérant ses producteurs qui, bien que fascinés par les rushes, ne peuvent imaginer le film terminé…C’est que le cinéaste recherche dans chacun de ses plans la photogénie : le bon rai de lumière, le bon dégradé de gris dans le ciel, le bon mouvement des vagues. Flaherty totalise une quarantaine d’heures de rushes, tournant jusqu’à ce que la production l’arrête. Flaherty crée son film en se plongeant dans ses rushes, sans plan pré-établi, en se laissant porter par la pure musicalité des images. Pourfabriquer son film il n’utilise pas que les seules vertus du montage, il cherche au sein même du plan le mouvement, le rythme de son film. Ainsi le spectateur est invité à chercher longtemps la trace du curragh qui disparaît et réapparaît, point minuscule, suivant le mouvement dantesque des vagues. Flaherty se pose mille questions sur chaque image qu’il a capturée. Il cherche, expérimente, tenteplusieurs approches, mais nullement par balbutiement, le cinéaste connaissant parfaitement les données techniques et optiques. Il ne s’arrête pas à un objectif donné, il cherche celui qui est le plus approprié pour saisir au mieux chacun de ses sujets. Souvent il privilégie les très larges focales, filmant souvent ses personnages de très loin, les incorporant à leur environnement grandiose. La naturesemble alors presque les engloutir et l’homme paraît bien faible face à ces paysages imposants. Ces vues d’ensemble évitent toute déshumanisation grâce à une composition des plans qui intègre parfaitement l’homme au sein de l’image. Flaherty en effaçant les horizons et les lignes de fuite recentre le cadre sur ses personnages qui ainsi parviennent à s’épanouir et à trouver leur place malgré lamajesté des paysages. L’homme reste le point où se focalise le regard du cinéaste.
Le montage est surtout présent dans les climax dramatiques, comme la pêche au requin avec près de quatre cent plans pour vingt minutes de film. Le monteur John Goodman est d’ailleurs crédité co-scénariste du film, preuve de l’importance que Flaherty accordait à ce moment de la naissance d’un film. Cette séquenceétonne toujours par l’inventivité de son montage. Flaherty et Goodman n’hésitent pas à enchaîner des plans quasi identiques, provoquant des coupures presque expérimentales. Ils glissent des plans presque imperceptibles, redoublent certaines images, certaines actions. C’est un enchaînement musical qui guide Flaherty et son monteur, approche qui dépasse la seule fonction descriptive de l’action. Pour cequi est de la piste sonore, elle est entièrement post-synchronisée et le résultat est splendide. Les voix et les bruits d’ambiance deviennent musique au même titre que la partition de John Greenwood.
L’Homme d’Aran est un film à auteur d’homme, Flaherty s’attachant aux visages, aux gestes en grand cinéaste humaniste qu’il est. Ses films sont chaleureux, attentifs, attentionnés. Il se plonge...
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