Anthologie de poeme sur la tristesse

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  • Publié le : 10 décembre 2010
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Je ne sais comment je dure

Christine Pisan est la première femme à vivre de sa plume. Son œuvre commandée est écrite pour un public aristocratique, laisse échapper à travers quelques rondeaux ses confidences personnelles.

Je ne sais comment je dure,
Car mon dolent cœur fond d'ire
Et plaindre n'ose, ni dire
Ma douloureuse aventure,

Ma dolente vie obscure.
Rien, hors la mort nedésire ;
Je ne sais comment je dure.

Et me faut, par couverture,
Chanter que mon cœur soupire
Et faire semblant de rire ;
Mais Dieu sait ce que j'endure.
Je ne sais comment je dure.
Christine Pisan (1364-1431)

La Complainte du Désespéré

Une complainte est une chanson populaire qui a un déroulement généralement tragique, qui a pour thème un sujet pieux où les faits et gestes d’unpersonnage légendaire. Ainsi « La complainte du désespéré » est une complainte et se compose d’heptasyllabe et de dix dizain. Membre de la pléiade, il voyagea à Rome .Mais ce voyage fut une déception. Humaniste il fut déçu par les valeurs des Romains.

Qui prêtera la parole
A la douleur qui m'affole ?
Qui donnera les accents
A la plainte qui me guide :
Et qui lâchera la bride
A la fureur queje sens ?

Qui baillera double force
A mon âme, qui s'efforce
De soupirer mes douleurs ?
Et qui fera sur ma face
D'une larmoyante trace
Couler deux ruisseaux de pleurs ?...

Et vous mes vers, dont la course
A de sa première source
Les sentiers abandonnés,
Fuyez à bride avalée.
Et la prochaine vallée
De votre bruit étonnez.
Votre eau, qui fut claire et lente,
Orestrouble et violente,
Semblable à ma douleur soit,
Et plus ne mêlez votre onde
A l'or de l'arène blonde,
Dont votre fond jaunissoit...

Chacune chose décline
Au lieu de son origine
Et l'an, qui est coutumier
De faire mourir et naître,
Ce qui fut rien, avant qu'être,
Réduit à son rien premier.

Mais la tristesse profonde,
Qui d'un pied ferme se fonde
Au plus secret de moncoeur,
Seule immuable demeure,
Et contre moi d'heure en heure
Acquiert nouvelle vigueur...

Quelque part que je me tourne,
Le long silence y séjourne
Comme en ces temples dévots,
Et comme si toutes choses
Pêle-mêle étaient r'encloses
Dedans leur premier Chaos...
Maudite donc la lumière
Qui m'éclaira la première,
Puisque le ciel rigoureux
Assujettit ma naissance
Al'indomptable puissance
D'un astre si malheureux...

Heureuse la créature
Qui a fait sa sépulture
Dans le ventre maternel !
Heureux celui dont la vie
En sortant s'est vue ravie
Par un sommeil éternel !...

Sus, mon âme, tourne arrière,
Et borne ici la carrière
De tes ingrates douleurs.
Il est temps de faire épreuve,
Si après la mort on treuve
La fin de tant de malheurs.Joachim Du Bellay (1522 ; 1560)

Je vis je meurs
Celle que l’on surnomme « La Belle Cordière » avait épousé un riche artisan en cordages de Lyon .Elle revendique le plaisir des amours charnelles sans s’encombrer des pudeurs de son temps .En femme cultivée et libérée elle satire reproches et calomnies. A seize ans, elle aime un gentilhomme avec passion.

Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;J'ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure ;
Mon bien s'en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je metrouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.
Louise Labé (1526-1565)

La jeune tarentine
« Romantique parmi les classiques », ainsi Victor Hugo jugeait-il André Chénier, disparu dans la tourmente de la Terreur révolutionnaire. Dans ses Bucoliques (1785-1787) qui empruntent leur titre à un recueil...
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