Apollinaire j'emerveille

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  • Publié le : 3 janvier 2011
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Apollinaire- dissertation de Français – j’émerveille

Lorsque Alcools paraît en 1913, l’écrivain George Duhamel compare l’ouvrage a « une boutique de brocanteur ». Si à première vue le recueil peut donner l’impression d’un ensemble disparate de poèmes, il est en fait le résultat d’une longue distillation et (il) présente un projet esthétique complexe. L’ouvrage, à la charnière du symbolismeet du surréalisme, mélange genres, thèmes, registres et formes. De plus il s’étend sur une période de quinze ans ce qui contribue encore à le rendre inclassable. Caractériser Alcools demande donc une lecture attentive, mais aussi très personnelle, qui permet au lecteur de déceler une structure interne au recueil et de comprendre qu’Apollinaire n’est pas un simple revendeur comme l’implique l’imagedu brocanteur. Mais alors qu’est-il ? En 1908 Apollinaire adopte comme devise « J’émerveille », soulignant ainsi son intention de susciter l’admiration, l’étonnement et le plaisir de ses lecteurs. En nous basant sur une lecture personnelle d’Alcools, nous verrons comment Apollinaire « émerveille ». Et nous nous demanderons si cette devise suffit à saisir le sens de ce recueil, tendu entre uneréalité ancrée dans la biographie et une dimension fantastique. En suivant une progression thématique, nous examinerons premièrement la présence du merveilleux dans Alcools avant … par la beauté de son lyrisme. XX

En 1908, lorsque Apollinaire adopte sa devise, il vient de rencontrer Marie Laurencin et se trouve plein d’optimisme et d’inspiration poétique. Il a déjà écrit la partie Rhénanes/d’Alcools/ qu’il comptait, avec La Chanson du Mal-Aimé, publier sous le titre Le Vent du Rhin. Le projet enrichi par les expériences du poète et distillé donnera par la suite Eau de Vie et finalement Alcools. Les Rhénanes sont imprégnées de merveilleux. Pendant son séjour en Rhénanie, Apollinaire a découvert, la mythologie Allemande qui l’a fasciné. Dans Mai, le paysage riche de vignes, d’osiers et derosiers prend vie. Les pétales tombés des cerisiers deviennent « les ongles de celle que j’ai tant aimée » tandis que les saules riverains pleurent. Comme dans Automne Malade, où il s’adresse directement à l’automne en le tutoyant, Apollinaire personnifie le mois de mai et son cadre idyllique, ce qui le fait passer du concret à une saison mentale. La répétition du « le mai le joli mai1 » introduitle thème du regret - que nous aborderons plus tard – et renforce l’image de beauté presque idyllique. De plus, le vent du Rhin, la nature en action et la barque qui s’éloigne confèrent un rythme et un mouvement au poème. Ce cadre sert surtout à introduire le merveilleux, dont la femme est le principal vecteur. Ainsi dans Nuit Rhénane, poème liminaire de la section, il y a une nette oppositionentre un aspect diabolique –représenté par sept femmes qui tordent leurs cheveux verts - et une vision féerique/naïve des femmes blondes. Le poète se montre parfois plus ambigu, dans La Loreley par exemple. Le Loreley est un rocher de cent vingt mètres de haut surplombant le Rhin à un passage étroit et difficile. La légende raconte qu’une sirène chantait du haut de ce roc attirant les bateliers versdes zones impraticables. La réécriture d’Apollinaire, qui se fait sur un mode tantôt narratif, tantôt théâtral par le dialogue, rapporte l’histoire d’une sorcière blonde d’une incroyable beauté. Le poème, un des plus beaux du recueil, puise dans un lexique riche en merveilleux qui évoque l’univers du conte de fées. Cependant les charmes de La Loreley sont maudits et c’est ce qui fait la force dupoème. Elle a perdu son amant et n’a plus goût à la vie. Sa beauté n’a apporté que le malheur autour d’elle. Elle meurt d’ailleurs « pour avoir vu dans l’eau […] ses yeux couleur de Rhin ses cheveux de soleil ». Il y a dans ce poème, comme dans Nuit Rhénane une dimension diabolique. L’image de la flamme revient souvent en prenant symboliquement la place de la beauté. (« mes yeux sont des...
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