Art poetique

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  • Publié le : 26 mars 2011
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Du Moyen Âge à l'époque dite « classique », la poésie a toujours été soumise à un art de dire qui avait pour objet de trouver le beau mesuré selon la rigueur de la soumission à la règle poétique, mais aussi à la règle sociale. C'est la grande époque des arts poétiques. Le poète fut tour à tour le protégé du seigneur, du prince ou du roi.
Quelques auteurs d'arts poétiques (en latin uniquement) auMoyen Âge :
Bède le Vénérable Ars metrica
Matthieu de Vendôme
Geoffroy de Vinsauf
Jean de Garlande
Au xviiie siècle, l'art poétique (ensemble de règles concrètes et rationnelles devant régir la production artistique) est concurrencé par les réflexions sur l'esthétique (en tant que théorie générale des beaux-arts et de la perception de la beauté). Cette mutation se fait sous l'influence d'unchangement de perspective dans la réflexion sur les arts qui, au lieu de se concentrer sur la production (et éventuellement le jugement) des œuvres, en considère également la réception par un être humain doué autant de rationalité que de sensibilité1. L'abbé Jean-Baptiste Dubos, avec ses Réflexions critiques sur la peinture et la poésie de 1719 est un représentant de cette tendance. L'abbé CharlesBatteux est l'auteur d'un traité sur Les Beaux-arts réduits à un même principe, de 1746, qui définit comme principe commun à tous les beaux-arts l'imitation de la belle nature, mais concède à chaque art des moyens spécifiques d'imiter. Cependant, l'intérêt pour les arts poétiques de l'âge classique persiste, même s'il doit être considéré comme quelque peu retardataire. Cela se manifeste parexemple dans ce que Géraud Valet de Réganhac publia une traduction en prose et en vers français de l'Art poétique d'Horace et dans la traduction et publication, par l'abbé Charles Batteux, d'un ensemble de quatre poétiques classiques : Les Quatre Poétiques d'Aristote, d'Horace, de Vida, de Despréaux (1771)2. La publication de L'Essai sur le récit, en 1776, de Bérardier de Bataut relève de ce mêmeintérêt tardif pour les poétiques classiques.
Les bouleversements politiques et sociaux qui eurent lieu à la fin du xviiie siècle et tout au long du xixe siècle, l'avènement de la société industrielle ont suscité une mise en question radicale de l'homme, qui éprouva soudain un doute vis-à-vis du monde et de lui-même. Le principe de l'unité éclata et la poésie rendit compte de cet éclatement. Lesromantiques ont lancé le premier cri d'alarme pour dénoncer la contrainte d'un art qui ne pouvait plus satisfaire l'expression de la multiplicité des apparences découvertes. Mais ils restèrent encore soumis à la loi du vers, au régime du genre.
Dans la seconde partie du xixe siècle, un phénomène nouveau se fait jour: le vers régulier disparaît. Lautréamont, qui se dit à la recherche d'une « poétiquefuture », donne une œuvre inclassable qu'il intitule Chants. Rimbaud écrit une série de textes qu'il rassemble sous le titre de Une saison en enfer. C'est tout à la fois un poème, une confession, une contestation, une réflexion, une critique. Désormais, les poètes ne recherchent plus les thèmes dits « poétiques » (l'amour, la mer, la mort, etc.) ou bien encore à correspondre à une règle formelle. «Il faut être absolument moderne », déclare Rimbaud. Un demi-siècle plus tôt, Charles Baudelaire, qu'on peut considérer comme leur précurseur, réfléchissait déjà sur cet art poétique nouveau, dont il aura été l'un des premiers théoriciens: « La modernité c'est le transitoire, le fugitif, le contingent (...) ». D'une part, le laid peut être beau et tout devient passible de poésie. D'autre part, lepoète n'est plus rivé à un savoir-faire immuable; il est tout à la fois producteur et produit du monde qui l'entoure.
Le xxe siècle poétique va principalement se construire sur cette donnée. « Écrire, c'est plus que connaître analytiquement : c'est refaire », peut avancer (Francis Ponge). Le poète s'efforce de trouver un « langage qui coupe la respiration, qui racle, raille, tranche. Une armée...
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