Art sous l'occupation

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  • Publié le : 4 avril 2011
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L’art sous l’occupation
(article EUniversalis)
Prise de vue
En France, entre 1940 et 1944, l'art ne resta pas étranger à la situation historique. Sur la scène artistique, rien ni personne n'échappa à la tourmente, ni les dirigeants, ni les médiateurs (critiques ou conservateurs), ni les artistes, rappelés brutalement au chevet d'une communauté désemparée, ni le public ; tous certains quel'art devait résoudre la crise en édifiant les foules ou en soignant les âmes. La fin des couleurs, le retour au beau et vieux métier, l'importance attribuée au dessin, la revendication d'un art pour tous, l'appel à un « nouvel humanisme » et au sacré, le retour au portrait, la convocation d'une identité française : tout cela germe en amont de la catastrophe, mais dérape plus d'une fois dans uncontexte de crise favorable à toutes les dérives ou exclusions. On ne sentit peut-être jamais davantage que durant ces années sombres la fragilité de la condition artistique ; en effet, l'art ne pouvait plus exister selon les impératifs qui sont les siens : mouvement permanent, aventure, doute, débat, critique, conflit. Or, si les gouvernants semblaient occuper le terrain de la réaction,rappelant la norme au détriment du caprice, le plus surprenant fut de voir celle-ci réclamée par la base elle-même, dans un curieux mouvement d'accusation et d'instrumentalisation de l'art et des artistes.
I - La France occupée
Le 22 juin 1940, la convention d'armistice ratifiait la victoire de l'Allemagne nazie. Le 9 juillet 1940, le ministère de la Propagande du IIIe Reich donnait au vaincu unavant-goût du sort qu'il lui réservait : la France ne serait pas considérée comme une « alliée » mais jouerait en Europe le rôle d'une « Suisse agrandie », réserve agricole et touristique pouvant éventuellement assurer certaines productions dans le domaine de la mode. Si Hitler avait en tête de la soumettre à terme, en matière culturelle notamment, il comptait sur le temps pour assurer sonhégémonie sur elle, sans voir d'abord d'un mauvais œil les signes de sa prétendue décadence, qu'il annonçait comme autant de faiblesses de l'adversaire. Sa priorité se concentrait sur la lutte contre les exclus de sa vision politique : Juifs, communistes et francs-maçons.
Une véritable machine de propagande se mit en place dès les débuts de l'Occupation, pour contrôler en l'épurant, la scène culturellefrançaise. Armée de services puissants mais rivaux, cette machine, dotée de moyens financiers très larges, occupa plus d'un millier de personnes. La première mission que les nazis se fixèrent concernait le pillage, essentiellement à Paris, des collections d'œuvres appartenant à des Juifs, qui devenaient ainsi des instruments privilégiés de propagande et de gages diplomatiques. Moins de quinzejours après l'armistice, le 30 juin 1940, commença une opération de brigandage sans précédent qui allait s'appuyer sur les lois d'exclusion antisémites et profiter à Hitler ainsi qu'aux dignitaires nazis regroupés en clans : Alfred Rosenberg travaillant pour Hermann Göring, Otto Abetz pour Joachim von Ribbentrop. Au total, ce furent plus de deux cents collections et plusieurs dizaines demilliers d'objets d'art de toute nature qui furent pillés.
L'État français eut beau protester, en particulier le Commissariat aux questions juives – dont les motivations étaient intéressées –, l'Allemagne conserva l'avantage du pillage qui put s'intensifier à loisir, du moins s'agissant des collections des Juifs déchus de leurs droits. Si le maréchal Pétain fit confiance au corps des conservateurspour protéger les collections nationales, Pierre Laval, lorsqu'il revint au gouvernement en 1942, assisté d'Abel Bonnard, ministre de l'Éducation nationale, n'hésita pas à « négocier » avec l'occupant des pièces maîtresses, tel L'Agneau mystique  [pic] des frères Van Eyck confié par la Belgique à la France en 1939.
|[pic] |Adoration de l'Agneau mystique, H. et J. Van Eyck...
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