Au bonheur des dames

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  • Publié le : 27 juin 2009
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KONUM.OLDIBLOG sociale d’une famille sous le second empire ». La dispersion des descendants d’Adélaïde Fouque, la paysanne névrosée qui a marqué pour toujours cette famille, permet à Zola de brosser un tableau de la société du second Empire à tous ses niveaux. Ainsi, dans Au bonheur ,des dames (1883), il s’intéresse à la peinture du milieu du commerce, et en particulier d’un grand magasin.
Lepropriétaire du magasin, Octave Mouret, a organisé une « journée de grande vente ». Alors que la journée touche à sa fin, il contemple, du haut d’un escalier, la cohue des acheteuses qui continuent à se presser dans les rayons. Zola, toujours habile à évoquer les foules, recrée pour nous l’atmosphère de ce grand magasin. A travers cette évocation, toutefois, il trace le portrait d’un homme, OctaveMouret, et se livre à une réflexion critique sur la place que conquiert le commerce dans la société de son temps.
Cette « journée de grande vente » se caractérise par une atmosphère de fièvre. Partout règnent l’agitation et le désordre. C’est la cohue, dont la confusion est merveilleusement évoquée par Zola. Du haut de son escalier, Mouret ne distingue que des têtes, ou bien encore des silhouettescontrastées : dans ce peuple de femmes, jeunes et vieilles, « les ombres noires s’(enlèvent) avec vigueur sur les fonds pâles ». La foule est réduite à l’anonymat, que traduit bien le pronom indéfini : « On commençait à sortir  .» Pour mieux dépeindre le mouvement de la foule, l’auteur a recours à une image : celle de la mer. Nombreux sont ainsi les termes qui appartiennent au même champlexical : « de longs remous brisaient la cohue, la fièvre de cette journée de grande vente passait comme un vertige, roulant la houle désordonnée des têtes. » La phrase finale, enfin, souligne l’ampleur du mouvement, qui s’étend à tous les rayons : « il les voyait (…) s’entêter au travers de l’énorme charpente métallique, le long des escaliers suspendus et des ponts volants ». Cette agitation de laclientèle, notons-le, trouve un équivalent dans le désordre de la marchandise : « le saccage des étoffes jonchait les comptoirs ». Et le bruit, lui aussi, vient accentuer la confusion –un bruit symbolique pour Octave Mouret : « l’or sonnait dans les caisses ». Pour ce propriétaire, en effet, seul compte le profit, et sa cupidité, qui ne s’embarrasse d’aucun scrupule moral (« il régnait sur toutes avec labrutalité d’un despote, dont le caprice ruinait des ménages »), semble ne pas connaître de bornes.
Au-delà de l’évocation d’une foule en délire, c’est en fait le caractère d’un individu que nous révèle Zola. En la personne d’Octave Mouret, il nous trace le portrait d’un homme tout puissant, le tableau d’une réussite totale. Contemplant la foule qui se presse dans son magasin, Mouret éprouve lesentiment d’un possédant, d’un tyran orgueilleux. Le vocabulaire employé par Zola traduit parfaitement l’esprit de Mouret : celui-ci a sous les yeux « son peuple de femmes ». Après le possessif, un présentatif met en relief l’orgueil du maître : « C’était lui qui les possédait, qui les tenait à sa merci »; et les phrases suivantes, introduites par « il », renforcent ce vocabulaire de la conquête,de la domination : « il avait conquis les mères elles-mêmes, il régnait sur toutes avec la brutalité d’un despote… » La fierté de Mouret se remarque encore dans l’usage systématique des adjectifs possessifs : « son entassement continu de marchandises, (…) sa baisse des prix et ses rendus, sa galanterie et sa réclame » ; « sa création », « son bazar »…Et de fait, cet homme doit sa réussite à sonactivité incessante. Dans cette affaire, il a su utiliser des techniques de vente et de promotion modernes : l’abondance, la profusion des marchandises lui permettent de baisser les prix et d’écraser la concurrence du petit commerce ; la pratique des rendus et la « publicité » parachèvent son plan de conquête de la clientèle ; enfin, il a su, très habilement, allier à ces techniques modernes...
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