"Balzac et la petite tailleuse chinoise" dai sijie

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  • Publié le : 24 janvier 2010
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Résumé

(Afin de mieux préserver le style de l'auteur et de restituer l'originalité et la vivacité de son ton, la précision de son vocabulaire, ce texte a été conçu à partir d'extraits du roman. Ce résumé n'est qu'un fugitif aperçu du talent de Dai Sijïe et ne prétend en aucun cas se substituer à la lecture du texte intégral qui seul rend hommage à l'écrivain ).

Le chef du village inspectaitmon violon. Dans nos bagages c'était le seul objet duquel semblait émaner une saveur étrangère, une odeur de civilisation propre à éveiller les soupçons des villageois.

Nous avions marché toute la journée dans la montagne, et nos vêtements, nos visages, nos cheveux étaient couverts de boue. Nous étions Luo et moi, deux garçons de la ville, fragiles, minces, fatigués et ridicules.

Ce fut en1971 que nous arrivâmes dans cette maison sur pilotis, perdue au fin fond de la montagne, et que je jouai du violon pour le chef du village. Les visages des paysans, si durs tout à l'heure se ramollirent de minute en minute sous la joie limpide de Mozart. Toutes les œuvres de Mozart, ou de n'importe quel musicien occidental étaient interdites dans le pays.

- Mozart pense au président Mao.C'est ainsi que Luo avait présenté l'œuvre. Quelle audace ! Mais elle fut efficace : comme s'il avait entendu quelque chose de miraculeux, le visage menaçant du chef s'était adouci. Ses yeux s'étaient plissé dans un large sourire de béatitude.

Telle fut notre première journée de rééducation. Luo avait dix-huit ans, moi dix-sept.

Le Grand Timonier de la Révolution, le président Mao, à la findes années 68, avait lancé une campagne qui allait changer profondément le pays : les universités furent fermées, les " jeunes intellectuels " furent envoyés à la campagne pour être rééduqués par les paysans pauvres.

Mais ironie du sort : ni Luo ni moi n'étions lycéens. Mes parents exerçaient la médecine. Leur crime consistait à être " de puantes autorités savantes ", qui jouissaient d'uneréputation de modeste dimension provinciale. Le père de Luo était une véritable célébrité, un grand dentiste connu dans toute la Chine. Un jour il avait dit à ses élèves qu'il avait refait les dents de Mao et de madame Mao et aussi de Jiang Jieshi, le président de la république avant la prise du pouvoir par les communistes.

Luo fut le meilleur ami de ma vie. La montagne où nous étions était nommée "le Phénix du Ciel ". Aucune route n'y accédait, seulement un sentier qui s'élevait entre les masses énormes des rochers, des pics, monts et crêtes de toutes tailles.

Pour apercevoir un quelconque signe de civilisation il fallait marcher pendant deux jours dans la montagne.

Ni Luo ni moi n'aimions trop travailler dans ce village et ce qui nous effrayait le plus c'etait de porter la merde surle dos : engrais humain ou animal que nous transportions sur notre échine jusqu'aux champs situés à une hauteur vertigineuse.

Pour les enfants des familles cataloguées comme " ennemies du peuple ", l'opportunité du retour était minuscule : trois pour mille. Mathématiquement parlant Luo et moi étions " foutus ". Il y avait vraiment de quoi se sentir déprimés, torturés, incapables de fermer lesyeux.

La princesse de la montagne du Phénix du Ciel avait les yeux les plus beaux du district de Yong Jing sinon de toute la région. C'était la fille de l'unique tailleur de la montagne, un tailleur très demandé qui menait une vie de roi. Lorsqu'il arrivait dans un village, l'animation qu'il y suscitait n'avait rien à envier à une fête folklorique.

Il n'emmenait jamais sa fille avec lui dansses tournées, et cette décision, sage mais impitoyable, faisait crever de déception les nombreux jeunes paysans qui aspiraient à sa conquête.

Le vieux était parti en tournée lorsque nous fîmes la connaissance de sa fille, la Petite Tailleuse à qui nous demandâmes de rallonger le pantalon de Luo.

Je remarquai que, quand elle riait, ses yeux révélaient une nature primitive, comme ceux des...
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