Blondel

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 6 (1341 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 6 avril 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
Nous pouvons déjà remarquer que si la sagesse est ce qui permet de bien juger des fins, des biens et des moyens positifs (jugements, actions et vertus) de les atteindre dans sa pratique, elle revêt aussi un sens négatif, héritage lointain et vulgarisé d'une certaine idée du stoïcisme. La sagesse, connaissance juste des choses, "parfaite connaissance de toutes les choses que l'homme peut savoir"(Descartes, lettre-préface des Principes de la philosophie), désigne couramment la modération et la prudence dans la conduite, et un art de vivre supérieur qui met à l'abri le "sage" de ce qui tourmente les autres hommes : malheurs et crimes principalement, souffrance, maladie, faute, passions, crainte de la mort, remords et repentirs, déceptions, échecs, etc. La sagesse apparaît comme une sorte demédecine, de prophylaxie, donc une technique et une habileté supérieures pour éviter les maux, mais surtout pour s'en accommoder. Dans ce cas, la sagesse constitue l'ensemble des moyens recommandés par une philosophie ou éprouvés par la "sagesse des nations" (proverbes, dictons, adages, préceptes, apophtegmes, aphorismes, méthodes - Coué par exemple! -, conseils, exhortations, voire "trucs") sousla forme de maximes qui visent à donner des règles pour atteindre ses fins, son bien ou l'absence de maux (souffrance, erreurs fatales, fautes préjudiciables, transgressions dangereuses et crimes scandaleux...). Ces règles ont une valeur technique, pour autant qu'elles constituent des moyens pour des fins. Elles sont de l'ordre du pragmatisme ou de la prudence (au sens moderne du mot). Leurvaleur n'est pas intrinsèque mais reste liée plus ou moins clairement et directement aux fins qu'elles servent, ainsi que nous l'avons déjà vu. La sagesse, la recherche des fins, l'éthique téléologique ont donc une validité ou une valeur conditionnelles. Les moyens de se préserver contre les atteintes du malheur, de la maladie et de l'échec n'ont que le prix qui peut légitimement être attribué à laconservation de la vie et à la vie ainsi protégée ou conservée. Or, comme Nietzsche le fait remarquer, conserver sa vie, se préserver est sans doute un but de faible par contraste avec l'accroissement de sa puissance, la volonté de puissance, le dépassement de soi, la Selbstüberwindung ; c’est ce que Spinoza appelle joie : augmentation de la puissance d’exister, action. Nietzsche stigmatise ce soucimesquin et bourgeois de protection-conservation sous le nom de bonheur (le dernier homme) et de « paix de l’âme ». Les actes de courage héroïques attestent en effet que la conservation de la vie n’est pas toujours une fin absolue, puisque le courage consiste à mettre en jeu sa vie et à risquer la mort, abandonnant les précautions qui garantissent la sécurité sans laquelle la vie est précaire ouimpossible. Une vie de lâcheté n’est pas une vie, comme on le sait depuis Homère. On peut même s’aventurer dès lors à dire que toute vie ou tout genre de vie ne sont pas également dignes d’être conservés. Cela peut s’exprimer à la limite, comme on l’a vu plus haut, avec la morgue cynique du grand seigneur répondant à un quémandeur méprisable : « Monseigneur, il faut que je vive. Je n’en vois pas lanécessité, lui répondit l’homme en place » (Emile, livre III). Tel est aussi le sens de la parole de Jésus : « Celui qui voudra sauver sa vie la perdra […]. Et que servirait-il à un homme de gagner le monde entier s’il perdait son âme ? » (Marc, 8 : 35-36).

Or, la définition minimale du mal, si l’on cesse de prendre « le mauvais pour soi pour du mal en soi » (F. Wolff), c’est qu’il porteatteinte, non pas tant au bien (moral) qu’à l’être au sens absolu du terme. Entendons par là les conditions de la vie, l’intégrité physique, la dignité, la justice, la liberté, l’ordre des choses, la dikè cosmique et même sociale. Le problème proprement moral consiste alors en ce qu’il faut un absolu qui permette d’armer contre le mal et, en d’autres termes, de fonder l’obligation absolue de le...
tracking img