Chemin de fer

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  • Publié le : 2 juin 2011
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Florence, 50 ans, partage sa vie entre son agence de communication parisienne et le village de son enfance dans les hautes Vosges. Un grand écart, deux vies contradictoires que tout oppose et que relie le chemin de fer.

Le style Benoît Duteurtre rappelle, par son sens de l'ironie, la plume de Marcel Aymé.

A Paris, Florence est une professionnelle avisée qui organise des événements pour desclients importants. Dans les Vosges, elle redevient la petite fille attachée à son poêle à bois et aux neiges, ces neiges qui donnent l'illusion que rien n'a changé. Mais autour d'elle, la vallée rêve de prendre le train de la modernité. Des lignes de chemin de fer d'autrefois, il ne reste plus grand chose.

Écartelée entre ses contradictions,elle ne saura que choisir

Au fil des ans, la SNCFa cédé aux sirènes du marché et abandonné ses passagers pour la rentabilité, les lignes à grande vitesse, épousant la morale cynique d'un monde que Florence méprise tout en y contribuant. D'un côté, les rails mangés par la désertification ferroviaire, les squelettes de gares, de l'autre les billetteries automatiques et les campagnes de pub... Qu'importe finalement puisqu'au bout il y a toujoursson refuge vosgien qui semble immuable. Jusqu'au jour où la commune implante un réverbère devant sa maison, puis un point de tri sélectif, et projette la construction d'un rond-point...
La réalité locale sonne la liquidation du rêve. Aussi, lorsque la SNCF lui demande de travailler à une campagne de communication destinée à améliorer son image, moyennant une grosse somme, tout basculera pourFlorence. Écartelée entre ses contradictions, elle ne saura plus que choisir, les chemins de fer ou le chemin des bois... Dans Chemins de fer, Benoît Duteurtre poursuit l'inventaire des pièges d'une modernité destructrice.

Un monde contemporain pour lequel l'humain ne fait plus partie de la modernité

Le livre allie de beaux passages teintés de la nostalgie de l'enfance et de la grâce des forêtsvosgiennes à la consignation pointilleuse des reniements de la SNCF. Il est aussi une critique sociale d'un monde contemporain pour lequel l'humain ne fait plus partie de la modernité, réduite au progrès technologique et au culte du profit.

J’ai lu cette œuvre dans le train. Et j’écris cette chronique dans le train. Les chemins de fer, je ne m’y ferai jamais. Et pourtant j’ai l’impression tout demême de m’y construire par toutes ces lectures… Et pourtant, j’aime ces moments de solitude sociale dans un train bondé dans lequel les conversations se nouent au gré des incidents qui sont le lot de la ligne Paris-Rouen. Une ligne que Benoit Duteurtre connaît puisqu’il a habité au Havre et fait ses études à Paris.
Ce n’est pas de cette ligne qu’il est question ici mais d’une ligne de l’est dela France, d’une ligne déclassée sur laquelle circulent des trains déclassés. Ces trains sont empruntés par notre héroïne, la narratrice de Duteurtre. Hyperactive dans une société mondaine, elle choisit de passer ses week-end à la campagne.
Cette narratrice fait passer le message : elle dénonce la rurbanisation, refusant tout lampadaire dans sa commune isolée, refusant la fin des services publics– l’éclairage public n’étant pas un service public identique à la ville ou à la campagne par conséquent –, le monde de la vitesse auquel elle appartient tant bien que mal.
Cette narratrice semble n’être chez elle nulle part sinon dans une France qui n’existe plus et qu’elle pourchasse. Elle tient en fait un discours à la fois et paradoxalement social et conservateur, social et inégalitaire. Undiscours qui laisse le lecteur mi-figue, mi-raisin.
Dans cette ambivalence, et cette incohérence ou inconstance du personnage à la fois urbain et rural ou plutôt mondain et nostalgique, je ne sais pas si le lecteur est sensible à la diatribe  à l’encontre de la SNCF ainsi que des entreprises de travaux publics.
Ce qui est certain c’est que la critique à tout va fait sourire. Pour ma part, j’ai...
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