Claude Geux

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 38 (9477 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 23 avril 2014
Lire le document complet
Aperçu du document
Édition du groupe « Ebooks libres et gratuits »

Victor Hugo

CLAUDE GUEUX

Première publication dans la Revue de Paris, 1834
(et en volume chez Évréat la même année)
Texte établi d’après les Œuvres complètes de Victor
Hugo. Roman. II, J. Hetzel : A. Quantin, 1881

Table des matières
Note de la première édition ......................................................3
CLAUDE GUEUX.....................................................................4
À propos de cette édition électronique...................................38

Note de la première édition

La lettre ci-dessous, dont l’original est déposé aux bureaux
de la Revue de Paris 1, fait trop d’honneur à son auteur pour que
nous ne la reproduisions pas ici. Elle est désormais liée à toutes
les réimpressions deClaude Gueux.
« Dunkerque, le 30 juillet 1834.
« Monsieur le directeur de la Revue de Paris,
« Claude Gueux, de Victor Hugo, par vous inséré dans votre livraison du 6 courant, est une grande leçon ; aidez-moi, je
vous prie, à la faire profiter.
« Rendez-moi, je vous prie, le service d’en faire tirer à mes
frais autant d’exemplaires qu’il y a de députés en France, et de
les leur adresserindividuellement et bien exactement.
« J’ai l’honneur de vous saluer.
« CHARLES CARLIER,
« Négociant. »

1 Claude Gueux a paru d’abord dans la

–3–

Revue de Paris.

CLAUDE GUEUX

Il y a sept ou huit ans, un homme nommé Claude Gueux,
pauvre ouvrier, vivait à Paris. Il avait avec lui une fille qui était
sa maîtresse, et un enfant de cette fille. Je dis les choses comme
elles sont,laissant le lecteur ramasser les moralités à mesure
que les faits les sèment sur leur chemin. L’ouvrier était capable,
habile, intelligent, fort maltraité par l’éducation, fort bien traité
par la nature, ne sachant pas lire et sachant penser. Un hiver,
l’ouvrage manqua. Pas de feu ni de pain dans le galetas.
L’homme, la fille et l’enfant eurent froid et faim. L’homme vola.
Je ne sais ce qu’ilvola, je ne sais où il vola. Ce que je sais, c’est
que de ce vol il résulta trois jours de pain et de feu pour la
femme et pour l’enfant, et cinq ans de prison pour l’homme.
L’homme fut envoyé faire son temps à la maison centrale
de Clairvaux. Clairvaux, abbaye dont on a fait une bastille, cellule dont on a fait un cabanon, autel dont on a fait un pilori.
Quand nous parlons de progrès, c’estainsi que certaines gens le
comprennent et l’exécutent. Voilà la chose qu’ils mettent sous
notre mot.
Poursuivons.
Arrivé là, on le mit dans un cachot pour la nuit, et dans un
atelier pour le jour. Ce n’est pas l’atelier que je blâme.
Claude Gueux, honnête ouvrier naguère, voleur désormais,
était une figure digne et grave. Il avait le front haut, déjà ridé
quoique jeune encore, quelquescheveux gris perdus dans les
touffes noires, l’œil doux et fort puissamment enfoncé sous une
arcade sourcilière bien modelée, les narines ouvertes, le menton

–4–

avancé, la lèvre dédaigneuse. C’était une belle tête. On va voir ce
que la société en a fait.
Il avait la parole rare, le geste peu fréquent, quelque chose
d’impérieux dans toute sa personne et qui se faisait obéir, l’air
pensif,sérieux plutôt que souffrant. Il avait pourtant bien souffert.
Dans le dépôt où Claude Gueux était enfermé, il y avait un
directeur des ateliers, espèce de fonctionnaire propre aux prisons, qui tient tout ensemble du guichetier et du marchand, qui
fait en même temps une commande à l’ouvrier et une menace
au prisonnier, qui vous met l’outil aux mains et les fers aux
pieds. Celui-là étaitlui-même une variété de l’espèce, un
homme bref, tyrannique, obéissant à ses idées, toujours à courte
bride sur son autorité ; d’ailleurs, dans l’occasion, bon compagnon, bon prince, jovial même et raillant avec grâce ; dur plutôt
que ferme ; ne raisonnant avec personne, pas même avec lui ;
bon père, bon mari sans doute, ce qui est devoir et non vertu ;
en un mot, pas méchant, mauvais. C’était...
tracking img