Claude simon

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  • Publié le : 17 août 2011
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Claude Simon, La route des Flandres

La Route des Flandres est le septième des quelque vingt romans de Claude Simon, quoique les quatre premiers ne soient plus édités conformément à la volonté de l’auteur. En effet c’est seulement avec Le Vent en 1957 que l’auteur s’est libéré des influences du roman existentialiste et a affirmé sa « manière » propre. Ce roman qui a pour objet la seconde guerremondiale a obtenu le Prix de l’Express. L’influence de Joyce et Faulkner y demeure lisible (chronologie et syntaxe déconstruites).
Le thème de la guerre, certains épisodes et personnages seront repris et indéfiniment réécrits, réagencés, refictionalisés jusqu’au Jardin des Plantes en 1997. La Route des Flandres, à l’instar de la plupart des romans de Simon n’a à proprement parler ni début ni finmais l’auteur répondra à ses détracteurs dans le Discours de Stockholm en 1985 en réclamant pour le roman une crédibilité autre que celle conférée par la causalité sociale et psychologique : une vraisemblance suscitée par les associations et la contiguïté des thèmes, des souvenirs ou du lexique.

Résumé :

Sur le front en mai 1940 puis dans la baraque où ils sont prisonniers, Georges et Blumtentent de reconstituer l’histoire de de Reixach, leur colonel et cousin éloigné de Georges, jusqu’à ce qu’il soit abattu par un tireur embusqué après la désagrégation de leur régiment. Cette histoire, que Blum qualifie de « vulgaire histoire de cul entre une putain et deux imbéciles » est alimentée par Iglésia, le jockey et ordonnance de de Reixach qui leur raconte sa liaison avec Corinne, lafemme-enfant, la « femme plus que femme », la pouliche, épouse du colonel. En reconstituant bribe par bribe cette histoire, ils fantasment celle de l’ancêtre Reixach, Conventionnel qui s’est suicidé - peut-être à cause d’une femme lui aussi - 150 ans plus tôt dans la maison où Georges vit toujours avec ses parents.
Six ans plus tard, après s’être évadé, c’est à Corinne elle-même que Georges rapportecomment il racontait à Blum la mort de de Reixach, la désagrégation du régiment, l’obsession de son père Pierre, fils de paysan, pour la littérature. Après avoir fait l’amour avec son fantasme, possession qui ne lui apprend rien sur son cousin ni sur la mort de celui-ci, il lui raconte comment son expérience du néant et du retour au primordial durant la guerre l’a conduit à s’élever contre lesespoirs de son père, l’intellectuel, en décidant de « s’occuper des terres ».

Résumer un roman de Simon est un exercice à peu près aussi difficile sinon aussi absurde que tenter de résumer une oeuvre d’art plastique : les trois parties de ce roman voient voler en éclat la chronologie, la syntaxe et fait la part belle à la simultanéité des perceptions et des souvenirs dans la mémoire. L’éclatementdu texte est en outre à l’image de la perception altérée des événements par le soldat privé de sommeil, affamé et ballotté par l’Histoire, « événements » où l’humain fait à peu près figure de gibier dans une chasse à courre. Pour faire échec à la dissolution du sens perpétrée par la mécanique de l’Histoire, Georges tente désespérément de trouver la signification de la « petite » histoirefamiliale. La Route des Flandres est le premier roman de Simon à mettre en œuvre textuellement le procès du langage, sa faillite à éduquer à la réalité des faits, en même temps qu’à étoffer le thème du retour au primordial, à l’originel.

Extraits :

I

« Il tenait une lettre à la main, il leva les yeux me regarda puis de nouveau la lettre puis de nouveau moi, derrière lui je pouvais voir aller etvenir passer les tâches rouges acajou ocres des chevaux qu’on menait à l’abreuvoir, la boue était si profonde qu’on enfonçait dedans jusqu’aux chevilles mais je me rappelle que pendant la nuit il avait brusquement gelé et Wack entra dans la chambre en portant le café disant Les chiens ont mangé la boue (…) » (incipit)

« [de Reixach] avançant tranquillement (…) sur cette route qui était quelque...
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