Commentaire lettre persanes lettre 161

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  • Publié le : 16 mai 2009
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Lettre 161 : point d’orgue du roman

Présentation :
(…)
Clôture du roman qui lui donne tout son sens & met fin aux neuf années de correspondance croisée. Ce retour final au « monde du sérail » prouve combien l’intrigue « orientale » est au cœur du livre & le fait vivre, donnant chair & existence aux personnages.
Le ton, ici, change : jouant de toutes les ressources de la rhétorique, Roxaneest bien loin de l’ironie cinglante des visiteurs parisiens ! Sa lettre se fonde, d’abord, sur la mise en scène de l’antithèse ; son ton passionné est rendu plus dramatique du fait qu’elle est écrite par une femme morte quand le destinataire la lira

Une rhétorique de l’antithèse :
L’opposition masculin / féminin, déjà présente dans plusieurs lettres (cf. 28), est ici soulignée avec uneinsistance particulière : c’est de cette opposition que meurt R. L’antithèse, omniprésente en rend compte : elle se traduit par une série de symétries, d’inversions, ou de jeux sur les répétitions : « affreux sérail / lieux de délices et de plaisirs ; les transports de l’amour / toute la violence de la haine ; j’ai pu vivre dans la servitude, mais j’ai toujours été libre ; tu me croyais trompée, et je tetrompais » avec un passage du passif à l’actif plus que significatif.
Elle est formulée de façon particulièrement claire dans la phrase : « (…) pendant que tu te permets tout, tu eusses le droit (…) ». A la liberté réelle qui est donnée à Usbeck par la société (et par sa bonne conscience « machiste » ?) s’oppose la liberté philosophique, qui est fondée sur la justice : elle seule donne un« droit ». L’incompréhension mutuelle qui naît de cette ralation inégale se traduit par l’opposition « vertu / soumission à tes fantaisies ».
Sont ainsi mis en scène, face à face, un tu & un je, dont la répétition constitue un trait majeur de la lettre. Dans le dernier §, le tu (= U.) n’apparaît plus qu’en position d’objet ou de complément (« te paraît nouveau, t’avoir accablé, je te forçasses ») avecseulement trois occurrences alors que le je est omniprésent comme sujet, objet & complément. Ce qui fait de ce § un écho du premier, manifestant la rupture de la dissymétrie, & par là même du pouvoir exercé par l’homme sur la femme. : R. est devenue le sujet de ses actes, la maîtresse de son destin.

Une lettre d’outre-tombe :
Cette rhétorique de l ‘antithèse s’intègre à une rhétorique pluslarge, celle de la passion. L’expression est ramassée, énergique, voire violente & fait la part belle aux figures habituelles du langage tragique : absence de liaison entre les termes de l’opposition, pour la rendre plus frappante1 : « Tu étais étonnée (…) si tu m’avais bien connue » ; hyperboles (« le plus beau sang du monde ») ; interrogations oratoires (« Que ferai-je ici … ?; Comment as-tu pupenser … ? »). Par ce langage, R. « sort » du roman : elle n’est déjà plus de ce monde pour lequel elle n’éprouve que haine (« car que ferais-je ici, puisque le seul homme qui me retenait à la vie n’est plus ? »)
Ce qui donne son énergie particulière à ce texte, c’est son moment même : celui où R. a décidé de mourir. Le passage du futur immédiat au présent en marque la durée : « je vais mourir ; lepoison va couler / je meurs ; le poison me consume ; je me meurs »). Dès le 2ème §, le verbe intermédiaire « je meurs », relève d’une anticipation qui dramatise encore la scène. Le temps de l’écriture se confond avec celui de l’agonie, entre le moment où elle vient d’avaler le poison & celui où il produit son effet (« je sens affaiblir jusqu’à ma haine ») Tandis qu’elle succombe au poison, R.« injecte » à U. le poison de la vérité. Le temps de la lecture est celui de la mise à mort, métaphorique ou réelle peu importe, de celui-ci. Ce qui donne force à la parole de R., malgré sa rhétorique parfois chargée, c’est cette situation de « dernières volontés » que rien ne pourra jamais corriger, à laquelle nulle réponse ne pourra être donnée. On retrouve ainsi une situation romanesque ou...
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