Corps et capitalisme

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  • Publié le : 18 avril 2011
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CORPS ET CAPITALISME
Jean-Marie BROHM
Compte rendu débat Malgré Tout Nantes le 29/10/94

Avertissement : Ce compte-rendu est issu d'une prise de notes, l'enregistrement n'a pas fonctionné. Ce texte est donc forcement partiel et partial, il manquera malheureusement l'ambiance de ce débat. Mais nous avons essayé de restituer l'essentiel des thèses développées ce jour-là.
Vous pouvezégalement vous reporter à la revue que Jean-Marie Brohm anime depuis de nombreuses années : "Quel Corps ?".

Je vous proposerai de commencer par une tentative d'analyse globale pour parler ensuite de l'exemple particulier et significatif du sport. Si l'on veut essayer de comprendre le rapport qui unit le corps au capitalisme il faut, me semble-t-il, partir de la notion de colonisation du vécu.La colonisation du vécu.
Pour cette notion on peut repartir des analyses du philosophe allemand Habermas ou de celles de Reich en 1933. Ces analyses mettent en évidence l'instrumentalisation de la subjectivité des masses.

Le lieu où s'effectue cette colonisation, cette instrumentalisation, c'est le corps. Comme toujours c'est sous la lampe que l'on voit le moins clair.L'inscription idéologique rend opaque le corps singulier. L'inscription sociale passe par l'idéologisation du rapport au corps. Nous sommes face à un problème de non-intelligence de la situation, en particulier des problèmes liés au racisme, au sexe, au Sida ou à la peine de mort.
L'exemple du sport montre bien qu'il faut interroger le rapport quotidien au corps.
Pourquoi ne trouve-t-on pas dethéorie de la mort dans le marxisme ? Il n'y a pas de point de vue critique sur la mort, hormis des pistes chez Reich et Marcuse.

Il y a un problème de réflexion critique sur le sexe, le corps, la mort, et la vie quotidienne. Nous sommes face à une absence. A chaque fois que dans les sphères militantes d'extrême gauche on aborde ces questions, la réponse est inéluctable : c'est secondaire!Mais quand par exemple on étudie le sport on s'aperçoit qu'il résume à lui tout seul l'approche totalitaire d'un mode de production englobant. D'où mon intérêt pour les zones dites non-prioritaires et la sphère existentielle. Elles éclairent les enjeux véritables des rapports sociaux.

Une tendance lourde : La marchandisation.

Au risque de choquer l'auditoire, je pense que trèssouvent on se focalise sur la précarité, le chômage. Mais on ne s'aperçoit pas que ces phénomènes ne sont que des effets seconds.
Certes ils sont massifs et dominants, mais ils ne sont que des conséquences de quelque chose de plus fondamental et en ce sens ils sont secondaires.

Il faut regarder en amont comment s'organise la concentration et l'accumulation du capital. Comment ladestruction de la force de travail est liée à l'accélération technologique. Pour comprendre cela il faut reprendre le principe de rendement cher à Marcuse.
Dans la course à l'argent il n'y a pas de point de vue moral. La capitalisation passe par une marchandisation massive du corps et de l'esprit. C'est le cas pour le sperme, les yeux, le sang, les organes greffables, les enfants, les morceauxd'enfants, la prostitution sous toutes ses formes.

Le déni de la mort.
Nous devons prendre en compte cette tendance lourde qui est mortifère. Celle-ci induit de fait un déni de la mort.
Sur ce point nous sommes redevables des travaux de Louis-Vincent THOMAS.
L'occident est engagé dans une course meurtrière, où la dénégation de la mort est corollaire du culte de la jeunesse, de larecherche de la forme.
Cette tendance massive est une dénégation de l'angoisse de la mort, y compris du point de vue militant.
C'est clair quand on regarde ce qui s'est passé pour Tchernobyl. C'est une angoisse panique qui tendait à nous faire croire que le feu nucléaire menaçait toute la planète, que la catastrophe généralisée était proche. Les représentations actuelles de l'apocalypse...
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