Descriptif bonheur.

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  • Publié le : 1 janvier 2011
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Bonheur et Philosophie
Eric Delassus

« Car comment serait-il possible, si le salut était là, à notre portée et qu'on pût le trouver sans grande peine, qu'il fut négligé par presque tous ? Mais tout ce qui est très précieux est aussi difficile que rare. » SPINOZA, Ethique, Livre V, scolie de la proposition XLII Si le bonheur pose problème à la philosophie c'est parce que l'idiot oul'ignorant eux aussi peuvent paraître heureux, c'est également parce que l'opinion de la foule pose le bonheur comme la fin ultime de toute existence humaine. La question est donc de savoir si l'idiot ou l'ignorant peuvent vraiment être heureux et si ce que la foule appelle bonheur est digne de ce nom. Le bonheur pour le simple d'esprit confère au petit bonheur tranquille et « béat » de celui qui sesatisfait d'une existence médiocre, hélas cette béatitude n'a rien à voir avec les transports que procure la contemplation du vrai et se rapproche plutôt de l'hébétude. La bêtise consiste en effet à s'étonner sans questionner et à se satisfaire d'un monde que l'on ne comprend pas et qui satisfait d'autant plus qu'il paraît incompréhensible. Et c'est bien là ce qui gène le philosophe de voir quel'étonnement qui est la source même de la philosophie1 peut aussi être la source de la plus grande stupeur qui comme son nom l'indique rend stupide. C'est la raison pour laquelle Descartes préfère parler d'admiration pour désigner notre surprise face à l'ordre d'un monde que nous voulons comprendre2 et réserver le terme d'étonnement à cet excès qui frappe l'esprit de paralysie3 (il ne faut pas oublierque le terme français -étonnement- vient du latin attonare qui signifie frapper du tonnerre). Un tel étonnement est à l'origine de ces formules toutes faites, dont le caractère assommant n'est pas à démontrer, telle : « la nature est bien faite » ou « pour être heureux il suffit de ne pas se poser de questions et de prendre la vie comme elle vient ». Certains poussent même d'ailleurs la bêtise àson point culminant en qualifiant de telles maximes de " philosophie de la vie ". Une telle « philosophie » si elle peut en effet conduire au bonheur, ce ne peut être qu'à un bonheur comparable à celui de la bête sans conscience, qui ne peut que vivre en accord avec la nature pour la simple et bonne raison qu'elle est plongée en elle et ne dispose pas d'une liberté lui permettant de s'en écarter.Mais ce qui nous intéresse ici c'est le bonheur humain, le bonheur de celui qui en tant qu'homme ne se satisfait pas d'une nature animale qui lui est donnée, mais se doit de réaliser sa nature d'homme qui est à conquérir. Pour le plus grand nombre cette conquête se réduit à la quête du plaisir immédiat et à la satisfaction de tous nos désirs, le bonheur consisterait donc alors en ce que Kant nommejustement un « idéal de l'imagination »4 irréalisable parce qu'en total désaccord le plus souvent avec la réalité. Et bien entendu ceux là même qui réclament un tel bonheur se désolent et se rendent malheureux car jamais la réalité ne les satisfait, eux qui demandent l'impossible. À la question de savoir ce qui est la cause d'une telle insatisfaction Spinoza répond très clairement dans lespremières pages du Traité de la réforme de l'entendement5 lorsqu'il met en lumière le
1 « C'est en effet l'étonnement qui poussa les premiers penseurs aux spéculations philosophiques.(...) Or s'apercevoir d'une difficulté et s'étonner, c'est reconnaître sa propre ignorance. » Aristote, Métaphysique, A.2. Trad. J. Tricot, Vrin. 2 « L'admiration est une subite surprise de l'âme qui fait qu'elle se porte àconsidérer avec attention les objets qui lui semblent rares et extraordinaires. » Descartes, Traité sur les passions de l'âme, 2° partie, Art. 70 3 « ...l'étonnement est un excès d'admiration qui ne peut jamais être que mauvais. » id., ibid., Art. 73 4 Kant, Fondements de la métaphysique des moeurs, 1785, 2° section, trad. Delbos, Delagrave, pp. 131-132. 5 Spinoza, Traité de la réforme de...
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