Dissert

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  • Publié le : 22 novembre 2010
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Corrigé : Le développement du principe d’égalité dans nos sociétés prémunit-il nécessairement contre toute forme de tyrannie ?

Introduction : “Voilà le sang du tyran !” C’est à ces cris que se disperseront les sans-culottes dans les rues de Paris, leurs mouchoirs trempés du sang du Louis XVI, tout juste guillotiné en ce matin du 21 janvier 1793. La démocratie, dans son commencementrévolutionnaire, signe, semble t-il, l’arrêt de mort de la tyrannie. Mais force est de constater qu’un tel tyrannicide a pu sembler inaugurer, aussitôt, d’autres formes de despotisme peut-être plus anonymes mais tout aussi systématiques que celle que pouvait incarner un roi. Cette citation de Robespierre, instigateur de la Terreur et figure emblématique de la Révolution, illustre bien cette formenouvelle et redoutable de tyrannie, branchée sur l’avènement autoritaire du principe d’égalité, et qui s’appella sans souciller terreur : "La terreur n'est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible ; elle est donc une émanation de la vertu ; elle est moins un principe particulier qu'une conséquence du principe général de la démocratie appliquée aux plus pressants besoins de la patrie"disait-il, lors d’un discours du 5 février 1794.
Il est vrai que le développement de la démocratie semble destiné à nous prémunir à tout jamais contre toute forme de tyrannie, celle-ci entendue comme exposition à l’arbitraire d’un pouvoir personnel. Non seulement, en effet, l‘égalisation des rapports sociaux entrave la constitution de positions de supériorité sociale et l’arbitraire du pouvoir qui enest l’accompagnement ordinaire, mais cette égalisation des conditions s’accompagne d’un développement croissant du règne de la loi qui, remplaçant le règne des hommes, place un pouvoir impersonnel et anonyme au-dessus de toutes les volontés particulières. La démocratie, c’est le règne anonyme de la loi en lieu et place de l’arbitraire des volontés.
Cependant, force est de constater, d’une part,que les conditions mêmes qui sont censées garantir l’enracinement de cette égalisation des conditions se sont rapidement révélées comme l’instrument d’une forme plus inaperçue mais non moins assurée de tyrannie : c’est par sa fonction de garant de l’égalité des hommes que l’Etat moderne a développé ce despotisme doux dont parlait Tocqueville, surveillant et dirigeant dans le detail nos libertésaux fins de protéger nos vies dans toutes leurs dimensions (santé, éducation, hygiène, sécurité etc.). Force est de constater, d’autre part, que le retrait du tyran politique identifié dans la personne du roi a pu laisser place à une tyrannie plus anonyme et plus inaperçue, en deça du politique, celle de la société : tyrannie de la majorité, diront les uns, tyrannie de l’opinion ou tyrannie de lamasse, trois tyrannies directement issues de l’enracinement du principe égalitaire. A quoi l’on peut rajouter d’autres formes de tyrannies impersonnelles ouvertes par le déploiement marchand de la sphère socio-économique : tyrannie du Capital, dira marx, tyrannie du marché, tyrannie de la loi de l’offre et de la demande, telles qu’elles sont capables de provoquer licenciements, délocalisations,chomâge de masses sur le mode du “personne n’en est responsable, tout le monde le subit”. La mort du roi-tyran ne nous a peut-être pas délivrés de l’arbitraire et de l’abus.
La question soulevée par l’intitulé est donc la suivante : faut-il défendre l’idée que le développement du principe égalitaire, et l’impersonnalité du pouvoir qu’il met en place est un rempart décisif et suffisant contretoute forme de pouvoir tyrannique, ou faut-il croire au contraire que ces nouvelles formes impersonnelles de pouvoir, dans leur développement légal (l’Etat) ou spontané (la société), sont invariablement porteuses de formes inédites de tyrannies ?
Nous tenterons de déterminer si et à quelles conditions la puissance anonyme du politique et du social à l’ère de la démocratie peuvent échapper à...
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