Economie

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12 janvier 2002

Le franc est mort. Vive la zone franc !

Par Patrick Guillaumont et Sylviane Guillaumont Jeanneney
CERDI, CNRS et Université d’Auvergne.

Résumé : Cet article présente un bref historique de l’évolution institutionnelle de la zone franc. Il montre qu’en dépit de la pérennité durégime des changes de la zone, la portée économique de celle-ci pour les pays africains qui en sont membres s’est profondément transformée. Bien qu’issue de la période coloniale, la zone franc est devenue un accord institutionnel d’une grande modernité. La création de l’euro a été la dernière étape du processus.

Summary : This article provides a brief history of the institutions of the franczone. It shows that although the exchange regime of the franc zone has been remarkably stable, its impact on African members countries has greatly evolved. Even if the franc zone is issued from the colonial period, it has evolved toward a very modern institutional arrangement. The creation of euro is the last step of this process.

La zone franc affronte en ce début de l’année2002 un événement majeur, la disparition du franc français au profit de l’euro, alors qu’elle semble tirer de cette monnaie disparue son identité même. Mais la zone franc est une vieille dame qui en a vu bien d’autres ![1] C’est en se rappelant les nombreux évènements de nature politique, économique et finalement juridique qui ont marqué son histoire que l’on peut saisir la véritable portée pourla zone franc de l’avènement de l’euro.

Une zone à géographie changeante

Le contour géographique de la zone franc a lui-même été changeant. La zone franc était initialement composée de la France et de ses colonies . Lorsque ces dernières sont devenues indépendantes, à des dates variées, certaines ont quitté la zone, alors que d’autres au contraire ont préféré conforter ses règlespar des conventions avec la France. Les premiers départs ont concerné les trois Etats de l’ex-Indochine française en 1954, puis ce fut le tour des pays du Mahgreb : de la Tunisie en 1958 et du Maroc en 1959 peu après leur indépendance et, quelques années plus tard, en 1963, de l’Algérie.

La zone franc a en revanche très largement résisté au début des années soixante  àl’indépendance des colonies d’Afrique au sud du Sahara seuls, et après divers atermoiements auxquels le président Nkrumah du Ghana ne fut pas étranger, la Guinée (avec Sékou Touré) et le Mali (avec Mobido Keita) décidèrent de créer leur propre monnaie[2] et renoncèrent ainsi à participer à l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) qui réunit, à l’intérieur de la zone franc, les autres pays de l’ex-AOF et aprèsquelques hésitations le Togo. Cependant dès 1967 le Mali réintégrait la zone franc en vue de rejoindre l’UMOA, ce qui finit par se réaliser en 1984. Dans l’intervalle l’UMOA avait perdu la Mauritanie (en 1972). Elle a depuis accueilli la Guinée–Bissau (en 1997). La situation fut plus stable en Afrique centrale qui ne connut aucune défection et accueillit au sein de son union monétaire laGuinée Equatoriale (en 1985) . Comme Madagascar a quitté la zone franc en 1972 après la défaite de Tsiranana, sous l’influence du nouveau ministre des affaires étrangères Ratsiraka, et que les Comores ont officiellement demandé leur appartenance en 1979, la zone franc est à l’heure actuelle composée, outre la France métropolitaine, ses départements, territoires d’outre-mer[3] et collectivitésterritoriales, et la Principauté de Monaco, des Comores et de deux unions monétaires qui réunissent, en Afrique de l’Ouest huit Etats, le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Togo et le Sénégal, et en Afrique centrale six Etats, le Cameroun, la Centre-Afrique, la République du Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad. Dans chacune de ces...
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