Efbc juin 2005

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Epreuve de français du baccalauréat professionnel Session de juin 2005
(durée : 2 h 30 - coefficient : 3) TEXTE Écrivain et journaliste français, Roland Dorgeles est engagé volontaire dès 1914. À la fin du conflit, il publie Les Croix de bois, roman dans lequel il raconte ses souvenirs de guerre. L’extrait ci-dessous décrit une attaque surprise des Allemands dans un cimetière, la nuit. 1 - Ilsattaquent ! Gilbert et moi avons bondi ensemble, assourdis. Nos mains aveugles cherchent le fusil et arrachent la toile de tente qui bouche l’entrée. - Ils sont dans le chemin creux ! Le cimetière hurle de grenades, flambe, crépite. C’est comme une folie de flammes et de fracas qui brusquement éclate dans la nuit. Tout tire. On ne sait rien, on n’a pas d’ordres : ils attaquent, ils sont dans lechemin, c’est tout... Un homme passe en courant devant notre trou et s’abat, comme s’il avait buté. D’autres ombres passent, courent, avancent, se replient D’une chapelle ruinée, les fusées rouges jaillissent, appelant le barrage1. Puis le jour semble naître d’un coup ; de grandes étoiles blafardes crèvent au-dessus de nous, et, comme à la lueur d’un phare, on voit naître des fantômes, qui galopententre les croix. Des grenades éclatent, lancées de partout. Une mitrailleuse glisse sous une dalle, comme un serpent et se met à tirer, au tir rapide, fauchant les ruines. - Ils sont dans le chemin, répètent les voix. Et, aplatis contre le talus, des hommes lancent toujours des grenades sans s’arrêter, de l’autre côté du mur. Par dessus le parapet, sans viser, les hommes tirent. Toutes les tombesse sont ouvertes, tous les morts se sont dressés, et, encore aveuglés, ils tuent dans le noir, sans rien voir, ils tuent de la nuit ou des hommes. Cela pue la poudre. Les fusées qui s’épanouissent font courir des ombres fantastiques sur le cimetière ensorcelé. Près de moi, Maroux2, en se cachant la tête, tire entre deux sacs dont la terre s’écroule. Un homme se tord dans les gravats, comme un verqu’on a coupé d’un coup de bêche. Et d’autres fusées rouges montent encore, semblant crier : « Barrage ! barrage ! » Les torpilles3 tombent, par volées, défonçant les marbres. Elles arrivent par salves, et c’est comme un tonnerre qui rebondirait cinq fois. - Tirez ! tirez ! hurle Ricordeau2 qu’on ne voit pas. Abasourdis, hébétés, on recharge le lebel4 qui brûle. Demachy, sa musette déjà vide, aramassé les grenades d’un copain tombé et les lance, avec un grand geste de frondeur. Dans le fracas, on entend des cris, des plaintes, sans y prendre garde. Il y en a certainement qui sont ensevelis. Un instant, les fusées découvrent un grand mort, couché sur une dalle, tout au long comme un homme de pierre. En rafale, notre barrage arrive enfin, et une haie rouge de fusants3 crève la nuit, entonnant Les obus3 se suivent, mêlant leurs aiguillées, et cela forge une haie de fer au-dessus de nous. Percutants3 et fusants se plantent furieusement devant nos lignes, barrant la route, et, empanaché de fusées, claquant d’obus, le cimetière semble vomir des flammes. D’un parapet à l’autre, les hommes courent sans savoir, trébuchant, se poussant. Beaucoup culbutent, la tête lourde, les reins pliés,et les tombes en vomissent toujours d’autres, dont les shrapnells3 et les fusées découvrent les silhouettes traquées. Au centre, devant le saint impassible, les torpilles piochent, hachant les soldats sous les dalles, écrasant les blessés au pied des croix. Dans les tombes, sur les gravats, cela geint, cela se traîne. Quelqu’un s’abat près de moi et me saisit furieusement la jambe, en râlant. Lescoups précipités nous cognent sur la nuque. Cela tombe si près qu’on chavire, aveuglé d’éclatements. Nos obus et les leurs se joignent en hurlant. On ne voit plus, on ne sait plus. Du rouge, de la fumée, des fracas... Quoi, est-ce leur 88, ou notre 75 qui tire trop court ?... Cette meute de feu nous cerne. Les croix broyées nous criblent d’éclats sifflants... Les torpilles, les grenades, les...
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