Elisabeth 1ere

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  • Publié le : 31 octobre 2010
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ÉLISABETH Ire D’ANGLETERRE 8-170 .
Sous Élisabeth Ire, le petit royaume d’Angleterre, cerné au nord par une Écosse indépendante et hostile, à l’ouest par une Irlande incontrôlée, sur le continent par l’essor des grandes monarchies absolutistes d’Espagne et de France, se révèle, au cours de péripéties dramatiques, un partenaire majeur de l’aventure européenne et mondiale. L’Angleterre affirmealors une personnalité mûrie au cours de la guerre de Cent Ans, puis forgée de main de maître par les premiers rois Tudors. Modelée tour à tour par la ténacité rusée d’Henri VII, puis par les emportements calculés d’Henri VIII, elle développe les bases sociales et économiques de sa jeune puissance. Le déclin de la féodalité, accéléré par l’action gouvernementale, fait apparaître sur la scènenationale des acteurs nouveaux: les industriels, les commerçants et les «aventuriers» qui se sont renforcés aux dépens des anciens meneurs du jeu politique et économique, la noblesse et l’Église. En même temps, la physionomie spirituelle s’adapte aux structures sociales en pleine évolution; Henri VIII utilise ses aventures matrimoniales pour rompre avec Rome et se placer à la tête de l’Églised’Angleterre, dont il contrôle le corps épiscopal et sécularise les monastères. Encouragées par la «réforme henricienne», les tendances protestantes, luthériennes, puis bientôt calvinistes supplantent, dans les milieux gouvernementaux, les villes d’université ou de négoce, et surtout Londres, le vieux catholicisme resté ailleurs vivace. Sous le règne du successeur d’Henri, Édouard VI, l’Angleterre s’orientedécidément vers la Réforme, non sans parfois de vives résistances. Ainsi se cherchent les formules originales qui doivent fournir à l’Angleterre une religion adaptée aux nécessités de son évolution. La Couronne entend se libérer des ingérences romaines; mais, malgré leur autoritarisme absolutiste, les gouvernants sont attentifs aux tendances socio-économiques et à leurs corollaires spirituels. LeParlement conquiert une influence inégalée en assumant la responsabilité suprême des initiatives religieuses d’Henri VIII et d’Édouard VI. Une politique extérieure, nouvelle elle aussi, reconnaît dans l’équilibre des forces en Europe le meilleur moyen pour l’Angleterre de participer en arbitre aux affaires du continent, et surtout à l’exploitation accrue des grands secteurs du commerce européen. Lasociété, en profonde mutation, où les valeurs du «système manorial» sont déjà concurrencées par celles du capitalisme urbain, industriel et commercial, allie à la quête frénétique de l’argent le goût de l’aventure spirituelle manifesté depuis longtemps par tant d’esprits savants et hardis.
C’est dans ce climat de changements, de véhémence, d’équivoques politiques et religieuses, mais aussid’énergies déchaînées, de culture à la fois brutale et raffinée, que grandit la personnalité énigmatique d’Élisabeth. Incertaine de la légitimité de sa naissance, tour à tour confinée, menacée, puis rendue aux honneurs, elle a souffert de l’ambiguïté de sa situation, de la méfiance de son aînée (issue, elle, d’un légitime mariage), des ambitions qui, tôt, ont essayé de l’utiliser. Nul doute que sonapprentissage de la vie ne l’ait marquée profondément, ne l’ait contrainte à ne se fier qu’à son instinct politique, utilisant pour survivre – mais aussi pour dominer – tous les prestiges d’une instruction brillante, d’un esprit subtil et impérieux, d’une féminité dont elle use avec un brio déconcertant.
Ce qui fait la grandeur et le caractère du règne d’Élisabeth (à une époque où s’est amorcé sans serésoudre le débat sur la supériorité de la Couronne ou du Parlement), c’est, dans le pragmatisme de l’exercice du pouvoir, la connivence presque constante que la souveraine sut établir entre ses propres aspirations et celles de la majorité de ses sujets.
1. Les premières années
De son mariage avec Catherine d’Aragon, Henri VIII n’avait qu’une fille, Marie, et pas de fils. Grave problème que...
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