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  • Publié le : 14 mars 2010
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Introduction

L’apologue est un moyen privilégié pour moraliser, et ce qu’il prenne la forme d’une fable, d’un conte, ou même d’un dialogue comme c’est le cas pour celui du chapon et de la poularde. Dans l’extrait que nous en allons étudier, l’auteur, Voltaire, démontre, dans un but moralisateur, l’absurdité de la conduite des hommes, de leurs traditions, et en profite pour railler la religionet ce qui s’y rapporte.
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Texte complet du Chapon et de la Poularde

LA POULARDE
Que la gourmandise a d’affreux préjugés ! J’entendais l’autre jour, dans cette espèce de grange qui est près de notre poulailler, un homme qui parlait seul devant d’autres hommes qui ne parlaient point ; il s’écriait que « Dieu avait fait un pacte avec nous et avec ces autres animauxappelés hommes ; que Dieu leur avait défendu de se nourrir de notre sang et de notre chair ». Comment peuvent-ils ajouter à cette défense positive la permission de dévorer nos membres bouillis ou rôtis ? Il est impossible, quand ils nous ont coupé le cou, qu’il ne reste beaucoup de sang dans nos veines ; ce sang se mêle nécessairement à notre chair; ils désobéissent donc visiblement à Dieu en nousmangeant. De plus, n’est-ce pas un sacrilège de tuer et de dévorer des gens avec qui Dieu a fait un pacte ? Ce serait un étrange traité que celui dont la seule clause serait de nous livrer à la mort. Ou notre créateur n’a point fait de pacte avec nous, ou c’est un crime de nous tuer et de nous faire cuire, il n’y a pas de milieu.
Ce n’est pas la seule contradiction qui règne chez ces monstres,nos éternels ennemis. Il y a longtemps qu’on leur reproche qu’ils ne sont d’accord en rien. Ils ne font des lois que pour les violer et, ce qu’il y a de pis, c’est qu’ils les violent en conscience. Ils ont inventé cent subterfuges, cent sophismes pour justifier leurs transgressions. Ils ne se servent de la pensée que pour autoriser leurs injustices, et n’emploient les paroles que pour déguiser leurspensées. Figure-toi que, dans le petit pays où nous vivons, il est défendu de nous manger deux jours de la semaine : ils trouvent bien moyen d’éluder la loi ; d’ailleurs cette loi, qui te parait favorable, est très barbare ; elle ordonne que ces jours-là on mangera les habitants des eaux : ils vont chercher des victimes au fond des mers et des rivières. Ils dévorent des créatures dont une seulecoûte souvent plus de la valeur de cent chapons : ils appellent cela jeûner, se mortifier. Enfin je ne crois pas qu’il soit possible d’imaginer une espèce plus ridicule à la fois et plus abominable, plus extravagante et plus sanguinaire.
Sous la forme d’un dialogue, l’écrivain met en scène deux interlocuteurs polémistes qui lèvent le voile sur toutes les absurdités qui entourent le comportementdes hommes entre eux, mais aussi avec les autres vivants avec qui ils partagent le globe. Pour commencer, les hommes sont décrits comme une espèce « abominable » et « sanguinaire » : relevons bien le champ lexical qui leur est cédé : celui de la barbarie et de la sauvagerie (_« animaux », « sang », « chair », « mort », « crime », « monstres », « barbare », « victimes », « dévorent », « abominable», « sanguinaire »_). La poularde en est si convaincue qu’elle parle des « hommes » simplement comme d’_« autres animaux »_ ; une manière, qui se veut visiblement fortuite, de rabaisser les hommes de leur rang d’espèce dominante. Le chapon va encore plus loin : il parle de « monstres » en parlant des hommes (métaphore) et les considère comme ses « éternels ennemis ». Ses propos entre les lignes 82et 87, montrent la barbarie des lois humaines : « cette loi […] est très barbare ; elle ordonne que ces jours-là on mangera les habitants des eaux : ils vont chercher des victimes au fond des mers et des rivières ». Il ajoute ensuite qu’en plus d’être l’espèce la plus « abominable » et la plus « sanguinaire », l’espèce humaine est la plus « ridicule » et la plus « extravagante » pour plusieurs...
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