Fablieau

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  • Publié le : 24 mai 2010
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SQ I – DU JUSTE ET DE L’INJUSTE

Texte 1 : Anonyme, Le Prud'homme1 qui sauva son compère (XIIIe siècle)
Un jour un pêcheur s'en allait en mer pour tendre ses filets. Regardant devant lui il vit unhomme près de se noyer. Il était vaillant et agile ; il bondit, saisit un grappin et le lance, mais par malchance il frappe l'autre en plein visage et lui plante un crochet dans l'œil. Il le tiredans son bateau, cesse de tendre ses filets, regagne la terre aussitôt, le fait porter dans sa maison, de son mieux le sert et le soigne jusqu'à ce qu'il soit rétabli. Plus tard, l'autre de s'aviser queperdre un œil est un grand dommage. « Ce vilain m'a éborgné et ne m'a pas dédommagé. Je vais contre lui porter plainte : il en aura mal et ennui. » Il s'en va donc se plaindre au maire qui lui fixe unjour pour l'affaire. Les deux parties, ce jour venu, comparaissent devant les juges. Celui qu'on avait éborgné parla le premier, c'était juste. « Seigneurs, dit-il, je porte plainte contre cet hommequi naguère me harponnant de son grappin m'a crevé l'œil : je suis lésé2. Je veux qu'on m'en fasse justice ; c'est là tout ce que je demande et n'ai rien à dire de plus. » L'autre répond sans plusattendre : « Seigneurs, je lui ai crevé l'œil et je ne puis le contester ; mais je voudrais que vous sachiez comment la chose s'est passée : voyez si vous m'en donnez tort. Il était en danger de mort,allait se noyer dans la mer ; mais ne voulant pas qu'il périsse, vite, je lui portais secours. Je l'ai frappé de mon grappin, mais cela, c'était pour son bien : ainsi je lui sauvai la vie. Je ne saisque vous dire encore ; mais, pour Dieu, faites-moi justice. » Les juges demeuraient perplexes, hésitant à trancher l'affaire, quand un bouffon3 qui était là leur dit : « Pourquoi hésitez-vous ? Celuiqui parla le premier, qu'on le remette dans la mer, là où le grappin l'a frappé et s'il arrive à s'en tirer, l'autre devra l'indemniser. C'est une sentence équitable. » Alors, tous à la fois s'écrient...
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