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  • Publié le : 3 janvier 2011
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CENTRES ÉTRANGERS (Beyrouth)
SÉRIE ES /S
 
Objet d'étude : le théâtre, texte et représentation.
Textes : 
Texte A : Molière, Dom Juan, 1665, Acte I, scène 3
Texte B : Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, 1784, Acte II, scènes 16 à 19
Texte C : Giraudoux, Electre, 1938, Acte II, scène 2.
 
Texte A : Molière, Dom Juan, 1665, Acte I, scène 3
[Elvire, jeune femme de l'aristocratie, que DomJuan, après l'avoir enlevée du couvent, a épousée, puis quittée, vient d'arriver à l'improviste pour demander des explications sur sa conduite.]
DONE ELVIRE. – J'admire ma simplicité et la faiblesse de mon cœur à douter d'une trahison que tant d'apparences me confirmaient. J'ai été assez bonne, je le confesse, ou plutôt assez sotte pour me vouloir tromper moi-même, et travailler à démentir mesyeux et mon jugement. J'ai cherché des raisons pour excuser à ma tendresse le relâchement d'amitié qu'elle voyait en vous ; et je me suis forgé exprès cent sujets légitimes d'un départ précipité, pour vous justifier du crime dont ma raison vous accusait. [...] Mais enfin cet abord ne me permet plus de douter, et le coup d'œil qui m'a reçue m'apprend bien plus de choses que je ne voudrais en savoir.Je serai bien aise pourtant d'ouïr de votre bouche les raisons de votre départ. Parlez, Don Juan, je vous prie, et voyons de quel air vous saurez vous justifier.
DON JUAN. – Madame, voilà Sganarelle qui sait pourquoi je suis parti.
SGANARELLE, bas à Don Juan. – Moi, Monsieur ? Je n'en sais rien, s'il vous plaît.
DONE ELVIRE. – Eh bien ! Sganarelle, parlez, il n'importe de quelle bouche j'entendeces raisons.
DON JUAN, faisant signe d'approcher à Sganarelle. – Allons, parle donc à Madame.
SGANARELLE, bas à Don Juan. – Que voulez-vous que je dise ?
DONE ELVIRE. – Approchez, puisqu'on le veut ainsi, et me dites un peu les causes d'un départ si prompt.
DON JUAN. – Tu ne répondras pas ?
SGANARELLE, bas à Don Juan. – Je n'ai rien à répondre. Vous vous moquez de votre serviteur.
DON JUAN.– Veux-tu répondre, te dis-je ?
SGANARELLE.– Madame...
DONE ELVIRE. – Quoi ?
SGANARELLE, se retournant vers son maître. – Monsieur...
DON JUAN, en le menaçant. – Si...
SGANARELLE. – Madame, les conquérants, Alexandre et les autres mondes sont causes de notre départ. Voilà, Monsieur, tout ce que je puis dire.
DONE ELVIRE. – Vous plaît-il, Don Juan, nous éclaircir ces beaux mystères ?
DONJUAN. – Madame, à vous dire la vérité...
DONE ELVIRE.– Ah ! que vous savez mal vous défendre pour un homme de cour, et qui doit être accoutumé à ces sortes de choses ! J'ai pitié de voir la confusion que vous avez. Que ne vous armez-vous le front d'une noble effronterie ? Que ne me jurez-vous que vous êtes toujours dans les mêmes sentiments pour moi, que vous m'aimez toujours avec une ardeur sanségale, et que rien n'est capable de vous détacher de moi que la mort ? Que ne me dites-vous que des affaires de la dernière conséquence vous ont obligé à partir sans m'en donner avis ; qu'il faut que, malgré vous, vous demeuriez ici quelque temps, et que je n'ai qu'à m'en retourner d'où je viens, assurée que vous suivrez mes pas le plus tôt qu'il vous sera possible ; qu'il est certain que vousbrûlez de me rejoindre, et qu'éloigné de moi vous souffrez ce que souffre un corps qui est séparé de son âme ? Voilà comme il faut vous défendre, et non pas être interdit comme vous êtes.
DON JUAN. – Je vous avoue, Madame, que je n'ai point le talent de dissimuler, et que je porte un cœur sincère. Je ne vous dirai point que je suis toujours dans les mêmes sentiments pour vous, et que je brûle de vousrejoindre, puisque enfin il est assuré que je ne suis parti que pour vous fuir; non point par les raisons que vous pouvez vous figurer, mais par un pur motif de conscience, et pour ne croire pas qu'avec vous davantage je puisse vivre sans péché. Il m'est venu des scrupules, Madame, et j'ai ouvert les yeux de l'âme sur ce que je faisais. J'ai fait réflexion que, pour vous épouser, je vous ai...
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