Histoire du capitalisme

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Histoire du capitalisme 1500 – 2010Michel Beaud |

L’irrésistible montée du capitalisme industriel (1800-1870)

Au tournant du siècle, le choc des idées

Bien qu’une nouvelle génération de manufacturiers, de fabricants, d’industriels s’affirme (avec pour porte-parole J.-B. Say en France, D. Ricardo en Angleterre), le développement capitaliste de l’industrie, amorcé en Angleterre, n’est pasdominant au début du XIXe siècle. La discipline de la production mécanique et la menace de la misère nue soumettent les travailleurs des fabriques qui ne constituent pas une classe. Au contraire, la noblesse et les propriétaires fonciers, les agriculteurs, les artisans et les boutiquiers qui constituent les classes de l’ancienne société sont encore bien présents. Ces classes sont conscientes deschangements en cours et les critiquent au nom des valeurs du passé (Burke en Angleterre, Bonald et Maistre en France) ou d’une autre société régie selon des normes de la raison et de l’équité (Godwin et Owen en Angleterre, Saint-Simon et Fourier en France).

1. Des pauvres et des riches

W. Godwin dénonce l’inégalité et les riches qui en bénéficient, en qualifiant d’injurieuse lasuppression totale du bien-être au profit d’un petit nombre et de son accumulation des superfluités et des moyens de luxe. Le roi, même d’une monarchie limitée, recevrait comme salaire de son office l’équivalent du revenu de cinquante mille hommes au travail, sans compter les parts faites à ses conseillers, ses nobles, ou encore aux riches bourgeois. Il dénonce là déjà l’exploitation du travail, selon lui :« la partie dominante et gouvernante de la communauté est comme le lion qui chasse avec les animaux les plus faibles ». Il serait possible de se passer des classes des propriétaires et des capitalistes à l’aide d’un autre mode de société, mais c’est le système même qui donne à un homme la faculté de disposer des produits de l’industrie d’un autre homme. Chaque espèce de richesse dans une sociétécivilisée procède du travail manuel : la propriété est produite par le travail quotidien des hommes. « Tout homme peut calculer, à chaque verre de vin qu’il boit, à chaque ornement qu’il attache à sa personne, combien d’individus ont été condamnés à l’esclavage et à la sueur (…) pour qu’il ait ces objets de luxe ». Il éclaire alors la logique sociale de cette exploitation, en remarquant que lesmembres plus pauvres de la communauté se font eux-mêmes les ouvriers d’un homme plus riche (étant dans une situation malheureuse ou assez dépravés pour le vouloir). Il devient alors difficile de limiter cette inégalité.

Thomas Robert Malthus constate également la même inégalité mais met cette fois les plus pauvres en accusation. Tout d’abord, il part de l’idée que la nourriture est nécessaire àl’homme puis que « la passion entre les sexes est nécessaire et se maintiendra ». Toutefois le pouvoir de la population est infiniment plus grand que celui de la terre à produire les subsistances nécessaires à l’homme. La population, lorsqu’elle ne rencontre pas d’obstacles, suit une progression géométrique tandis que les subsistances suivent une progression arithmétique, et il faudrait que leseffets de ces deux pouvoirs inégaux soient tenus pour égaux. D’après Malthus, aucun sacrifice de la part des riches ne pourra compenser la situation des classes inférieures de la société, et ces dernières n’ont aucun droit à leur en demander. Le pauvre est coupable de ne pas avoir respecté la loi de la nature, puisque fondamentalement il s’agit là d’un problème de morale individuelle. Chacuncherche, pour son bonheur et en vue de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, à travailler et à économiser jusqu’à ce qu’il le juge nécessaire. Le pauvre ne peut alors accuser personne sauf lui-même. Dans son Essai sur les principes de populations publié en 1803, Malthus déclare qu’un homme dont la société n’a pas besoin est de trop, et il ne peut réclamer la moindre portion de nourriture....
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