Histoire du thermalisme

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  • Publié le : 8 septembre 2010
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Le XIXe siècle est le siècle de la « fièvre thermale » en France. Pour permettre cet extraordinaire développement, l’argent est nécessaire. La station thermale apparaît comme un eldorado où la fortune est à portée de la main. Cette fortune n’est pourtant pas si facile à obtenir, la gestion thermale est ingrate, et les centaines de villes d’eaux françaises ne peuvent pas toutes obtenir un succèscomparable à celui de Vichy ou d’Aix-les-Bains. Le thermalisme français est diversité, diversité dans les réussites, diversité dans les types de gestion (de la gestion étatique à la gestion privée), diversité dans sa fréquentation, diversité dans ses périodes de développement, diversité dans les moyens de son financement. Etudier l’importance ou au contraire la rareté des réseaux d’investissementdans le thermalisme permet de lever une partie du voile de l’histoire encore bien mystérieuse des villes d’eaux françaises.

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[1] « J’ai prévu les constructions suivantes :

1. Un petit bâtiment de type industriel, où se feraient l’arrivée principale de l’eau, la mise en bouteilles, les diverses opérations commerciales et administratives.
2. Non loin de là,un pavillon de dégustation, entouré d’un jardin. (...) (fig. n°1)
3. Un hôtel de cent vingt chambres, d’un joli style moderne avec restaurant et bar, donnant sur ce jardin.
4. De l’autre côté du jardin, et relié à l’hôtel par une galerie vitrée, l’établissement de bains et douches. Voilà ce que j’appellerai les constructions de première zone. Celles qui sont rigoureusementindispensables. (...)
Le coût de ces constructions ? Un devis, évidemment, très approximatif, (...) le fait ressortir à sept cent milles francs. (...) Je crois que la source a une valeur. Mais il n’est pas raisonnable d’en attendre des miracles. Il dépend de nous que de toute façon l’affaire ne soit pas mauvaise. Comment cela ? En faisant de la source une raison d’être honorable, le pointd’attraction autour duquel nous développerons un pays de villégiature. (...) Le site et les environs sont plaisants. Une petite ville d’agrément à l’usage de la région parisienne peut y pousser aussi bien qu’ailleurs. Il suffit qu’elle trouve un peu plus de motifs de prendre racine là qu’ailleurs. Ce léger supplément de motifs (...) c’est notre source qui est appelée à le fournir.

Il est normalque vous vous demandiez que l’intérêt propre je poursuis. Aucun qui soit indépendant des vôtres.

Comme je crois à l’avenir de cette affaire, je veux ne rien devoir qu’à son succès. Je ne vous demande donc ni de me racheter mes options, ni de me payer des commissions, ni même de me rembourser mes frais. Tout ce que j’ai en mains, je le verse à la constitution de la Société.L’apport n’est pas négligeable, je le sais. J’espère que vous m’offrirez un siège au Conseil, parce que je crois que je l’ai mérité, et que je puis y rendre des services. Voilà, messieurs. A vous de décider »[2].

Ainsi s’exprime Haverkamp, l’un des héros des Hommes de bonne volonté de Jules Romains, dans un discours prononcé devant des actionnaires potentiels de la société qu’il envisage defonder pour gérer la future station thermale de la Celle-les-Eaux, en région parisienne. Haverkamp n’est pas jusqu’alors un spécialiste de la « gestion thermale », il n’a même jamais dirigé d’entreprises ; la source dont il est question il ne l’a pas découverte, elle existait déjà. La source d’eau minérale n’est pas pour lui un moyen de soulager les souffrances d’autrui, ni le moyen de développerl’activité des populations qui habitent à proximité, ce qu’il recherche c’est la rentabilité et la reconnaissance de ses qualités dans le milieu des affaires, de ses capacités de gestionnaire. Tout « naturellement », Haverkamp décide de créer une société « capitaliste». Au début du XXe siècle, à l’époque où se déroule l’action du roman de Jules Romains, le recours au capitalisme et à des...
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