Ironie

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  • Publié le : 4 octobre 2010
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L’ironie est l’une des formes d’expression les plus anciennes puisque vingt-quatre siècles avant nous, Socrate l’employait déjà et semble lui avoir donné son nom. En quoi est-elle donc si avantageuse ? De par sa nature l’ironie ne paraît pas devoir être uniquement cette expression mais bien plus une technique destinée à s’affranchir de la thèse défendue. Se double-t-elle ainsi d’une provocation? Etant cachée, cette provocation ne fait-elle pas de l’ironie une forme de liberté ? Enfin, ne doit-on pas considérer l’ironie, véritable instrument au service de la pensée, comme un art ? |  Le mot n’apparaît cependant qu’une seule fois chez Platon. |
L’ironie est avant tout une moquerie qui consiste à ne pas donner aux mots leur valeur réelle ou complète grâce à l’utilisation d’un tonparticulier, de jeux sur le sens des mots, de constructions inhabituelles, d’équivoques… L’on prononce donc un discours d’une signification fort différente voire contraire de ce que l’on pense et veut exprimer. Mais l’ironie n’est pas une mauvaise foi. Car le ton ironique utilisé l’est spécialement pour éveiller l’attention de l’interlocuteur tout en restant à l’abri d’éventuels ennuis consécutifs àune parole. Celle-ci peut, en effet, se révéler dangereuse dans les lieux où les libertés fondamentales ne seraient pas respectées. Car s’il est aisé de reprocher un mot maladroit, il est en revanche bien plus difficile d’invoquer le délit d’opinion sans preuve. L’ironie est une illusion, une illusion consciente et recherchée, significative et secourable, parfois nécessaire, souvent utile, dont lebut est d’exprimer la pensée sans la prononcer expressément.
Cependant, cette illusion recherchée reste une tromperie. En effet, si l’on se refuse à articuler son idée, c’est pour qu’elle ne soit pas retournée contre soi ultérieurement. C’est donc que l’on juge son interlocuteur ou l’un de ses interlocuteurs comme un adversaire qu’il faut combattre et contre lequel il faut se défendre tout envoulant préciser son opinion. L’ironie est destinée à exprimer ses propos tout en trompant son interlocuteur, elle est ainsi une moquerie. Dans le cas où l’homme qui use abondamment de l’ironie en est la victime, l’on invoque ’ l’ironie du sort ’ montrant que la fortune se joue de lui et que le destin le regarde avec un rictus sarcastique. D’ ’ une amère et ironique distribution de la fortune ’ seplaint Chateaubriand, cadet de famille. Ou encore Gautier de s’écrier : ’ Quelle ironie sanglante qu’un palais en face d’une cabane ! ’. Il semble bien que le sort se moque de l’homme. En tant que moquerie et dérision, l’ironie a souvent pour conséquence et parfois pour but la provocation.
C’est ainsi que l’origine du mot ironie se trouve justement dans la provocation. L’ironie était unemanière d’interroger en simulant l’ignorance, de dire quelque chose en feignant de ne pas le dire et que Socrate rendit célèbre en en faisant un procédé de sa maïeutique. L’ironie est d’abord, par sa nature de moquerie, déconcertante. Son utilisation est destinée à mettre en lumière un aspect caché, négatif de son adversaire, à l’amener à une contradiction, tout en se gardant bien d’un face à facedirect. Ainsi Socrate obligeait-il ses interlocuteurs à reconnaître la vérité cachée sous l’opinion courante. Le summum de l’eirôneia socratique fut atteint lorsqu’il proposa à ses juges de le nourrir au Prytanée, se prétendant, par cette figure, comme un bienfaiteur de la cité.
Kierkegaard fait également de l’ironie, un acte de provocation puisqu’il la situe entre un stade esthétique oùl’existence est sans règle et un stade éthique où l’éparpillement et l’inconsistance sont réduits et où l’existence reprend une unité, un sens, une valeur. L’exemple présenté est éloquent : le Méphistophélès de Goethe proclame ’ Je suis celui qui toujours nie, et qui pourtant contribue à faire le bien ’. Ainsi l’homme qui a découvert l’ordre et la règle emploiera la méthode de l’ironie pour discréditer...
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