Jalousie

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  • Publié le : 30 juin 2011
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Jalousie
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Définition

« […] La jalousie est partout. Elle nous semble et, souvent, elle est naturelle. Celui qui n’a pas encore aimé aimera demain, disait le poète latin. Qui n’a pas encore éprouvé la jalousie, la ressentira quelque jour. La jalousie est liée à l’amour. On ne peut pas aimer sans aimer jalousement. Il faut même dire que la jalousie est la condition del’honnêteté de l’amour, car un amour honnête ne supporte ni le partage, ni l’idée même du partage. Mais si l’amour est le terrain favori de la jalousie, toutes les passions, tous les sentiments un peu vifs peuvent la voir naître. Il y a des amitiés fort jalouses. Le sentiment maternel, le sentiment filial ne vont pas sans jalousie. On donne quelquefois au mot jalousie le sens d’envie. La jalousie dontje parle est celle qui accompagne l’amour, la tendresse, l’affection, le goût. Elle participe de l’instinct de possession. Elle contient beaucoup d’égoïsme, beaucoup d’amour-propre. Mais ce qui la caractérise d’une manière plus générale, c’est la crainte de perdre un bien que l’on possède, à condition que ce bien soit d’ordre sentimental. Il y a des jalousies obscures qu’on ne réussit pas àanalyser très bien. L’esclave est jaloux de son maître. Ici nous touchons à l’animalité et nous y voici avec le chien. On voit des chiens éprouver de véritables crises de jalousie. Parfois, il est prudent de leur céder, car ils peuvent, tout comme les hommes, se laisser emporter par la fureur et mordre. D’autres chiens, toujours comme certains hommes, quand ils se croient dédaignés se retirent dans uncoin, et on lit la tristesse dans leurs yeux et dans leur attitude. Nul doute que tous les animaux domestiques ou privés, habitués à un maître, ne soient susceptibles de jalousie. Je crois bien me rappeler en avoir vu un exemple dans une chèvre, qui ne pouvait souffrir que l’on carressât un enfant en sa présence. Les chèvres, cependant, même comblées de soins, restent assez farouches et fortdédaigneuses. On peut dire que la jalousie est partout, dans le monde animal, comme dans le genre humain, qu’on la trouve à la base de toute émotion sentimentale. Mais il y a une sorte de jalousie dont l’homme seul est capable : la jalousie sans cause ou sans cause avérée, celle qui n’est une torture que parce qu’elle est un doute. C’est un appareil merveilleux à rendre la vie insupportable. « Le jalouxamoureux, dit très bien M. Mairet, souffrira dans son amour, dans sa quiétude, dans son amour-propre et son orgueil, dans son instinct de possession et de domination; et ces souffrances morales produiront généralement chez lui une réaction avec colère et besoin de faire souffrir à son tour qui le fait souffrir. » Voilà ce qu’il y a de plus fâcheux dans la jalousie, c’est que le dénouement de lacrise est assez souvent tragique. Et cela arrive même quand la jalousie est sans cause, car dans ce cas on a affaire à un sensitif exagéré qui peut très bien tourner à la monomanie et de là verser dans la folie sanguinaire. On a vu la jalousie détraquer les hommes les plus sains et les plus solides, qui y laissent à la fois la santé et la raison. Alfred de Musset, dans la Confession d’un enfant dusiècle, a fait des affres de la jalousie une description dont, bien qu’elle soit lyrique à l’excès, M. Mairet loue l’exactitude scientifique. On y voit un homme qui perd tout bonheur au milieu même des satisfactions de l’amour. Une autre étude bien curieuse de la jalousie est le roman d’Ernest Feydeau, Fanny, roman jadis célèbre et qui mériterait encore de l’être. Dans ce livre, où il faut chercherla vérité sous d’épaisses broussailles romantiques, le jaloux, amant d’une femme mariée, passe sa vie à se représenter maladivement les relations intimes de sa maîtresse avec son mari. Ce n’est pas tout à fait un exemple de jalousie sans cause. Mais Fanny, type parfait de la femme à l’aise, que rien ne trouble jamais, réplique avec beaucoup de raison à son amant : « Vous saviez bien que...
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