La conscience de ce que nous sommes peut-elle faire obstacle à notre bonheur ?

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  • Publié le : 19 septembre 2010
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Introduction
Dans ses Confessions, saint Augustin avoue avoir volé des poires « par insuffisance et mépris du sentiment de justice ». La conscience de ses défauts est lucide, comme tout autre auteur se livrant à ce type d'exercice. En même temps, l'autobiographie semble aussi procurer une grande satisfaction et répondre à un besoin. La conscience de ce que nous sommes fait-elle obstacle à notrebonheur ? Sommes-nous insatisfaits, voire malheureux, du fait que nous avons la conscience de nos caractéristiques, bonnes et surtout mauvaises ? Doit-on payer le prix de la lucidité vis-à-vis de nous-mêmes, par une déception ou un pessimisme fondamentaux ? Il faudrait alors presque regretter que la nature nous ait donné une conscience. Mais un être non conscient peut-il à l'inverse s'estimerheureux ? Le bonheur représente-t-il quelque chose pour lui ? Nous verrons dans un premier temps les éléments inhérents à la conscience, susceptibles d'engendrer une insatisfaction permanente. Puis nous examinerons les conséquences d'un défaut de conscience sur notre existence et notre personnalité, afin de déterminer si le qualificatif d'obstacle au bonheur ne peut pas être révisé.
I. La consciencemalheureuse
Qu'elle soit réfléchie ou morale, la conscience possède en elle-même les éléments nous empêchant de jouir pleinement de l'existence.
1. La conscience individuelle
La conscience, au sens psychologique, nous donne la représentation mentale de nous-mêmes. À la différence des simples choses naturelles, nous avons de notre existence et de certaines de nos caractéristiques une saisieréfléchie. Ce que Hegel appelle le mode du « pour soi ».
Cela a pour conséquence que nos défauts, ou ce que nous jugeons être tels, nous sont en partie connus. Cela nous donne aussi un sentiment de solitude ou d'isolement. Voir en effet que les choses de la nature n'existent pas comme nous revient à constater que nous en sommes distants d'une façon fondamentale et existentielle. Nous sommes donc à partdu monde extérieur, et même hors de portée de la conscience des autres, du fait que la conscience est une pensée à la première personne seulement. À cause de cela, il n'y a quasiment pas de « nous » possible.
2. La conscience humaine
Il y a cependant des caractéristiques communes. Nous avons par exemple conscience de notre condition mortelle. Nous savons que nous allons mourir, sans savoir niquand ni comment, à l'image de condamnés à mort voyant tous les jours un de leur compagnon être égorgé, et attendant leur tour, pour reprendre la figure de Pascal. À cela s'ajoute la conscience de notre petitesse par rapport à l'infinité de ce qui existe. Dans l'espace et dans le temps, nous ne sommes qu'un point infime dans l'immensité. De sorte que l'on se voit sans but, sans raison d'être dansun monde qui n'est pas à notre mesure. Pascal parle ainsi de « condition misérable » de l'homme, dont la conscience lui donne cruellement tous les éléments défaillants : « Il veut être grand, il se voit petit ; il veut être heureux, il se voit misérable ; il veut être parfait, il se voit plein d'imperfections » (Pensées, 100). Comment le bonheur peut-il se réaliser dans ces conditions ?
3. Ledivertissement
Pascal prend l'exemple d'un roi qui devrait être heureux de la seule considération de sa fonction, du prestige et de la grandeur qui lui sont attachés. Or il n'en est rien, il lui faut au contraire toute une cour de gens qui s'affairent à le divertir, c'est-à-dire à ne pas penser à lui. Et c'est sans doute pour cela qu'il est avantageux d'être roi. Mais tout le monde ne l'est pas. Etla solution de facilité du divertissement ne résout rien, car la conscience est toujours là. Justement, il faut bien qu'il y ait conscience de son malheur, voire de ses causes, pour que l'on veuille y remédier. Ne peut-on pas penser que cette faculté est aussi une aide, un point de départ au bonheur, et pas seulement un obstacle ?
II. L'inconscience inefficace
Sans conscience, ou sans...
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