La danseuse

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 7 (1666 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 30 mai 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Francis Ponge – La danseuse



Inaptitude au vol, gigots court emplumés : tout ce qui rend une autruche gênée la danseuse toujours en pleine visibilité s’en fait gloire, - et marche sur des œufs sur des airs empruntés.

D’âme égoïste en un corps éperdu, les choses à son avis tournent bien quand sa robe tourne en tulipe et tout le reste au désordre. Des ruisseaux chauds d’alcool ou demercure rose d’un sobre et bas relief lui gravissent les tempes, et gonflent sans issue. Elle s’arrête alors : au squelette immobile la jeune chair se rajuste aussitôt. Elle a pleine la bouche de cheveux qui s’en tireront doucement par la commissure des lèvres. Mais les yeux ne retinteront qu’après s’être vingt fois jetés aux bords adverses comme les grelots du capuchon des folies.



Idole jadis,prêtresse naguère, hélas ! aujourd’hui un peu trop maniée la danseuse… Que devient une étoile applaudie ? Une ilote.



ARGUMENT



Ce poème brosse la description d’une danseuse de façon très particulière : on rapproche les qualités de l’autruche à celle de la danseuse. Ensuite, la description se centre sur le mouvement rotatif décrit par celle-ci. Plus l’on avance dans la secondestrophe, plus la description devient négative voire même un peu méprisante. (Son corps est fractionné, son mouvement est désordonné, tumultueux).
Ensuite, on l’envisage dans une vision diachronique : connoté d’une grandeur religieuse avant, elle est aujourd’hui réduite à l’état de misère, d’esclavage, de marionnette (désacralisation + devenue un pantin).



TON



Railleur, ironique,critique, déçu à la fin.



ANALYSE



Inaptitude au vol, gigots court emplumés : tout ce qui rend une autruche gênée la danseuse toujours en pleine visibilité s’en fait gloire



Texte commence par une double comparaison, d’une part de la danseuse aux gigots, et d’autre part à l’autruche. L’objet des comparaisons est qu’elle a une inaptitude au vol.

La première comparaison réfère auxcuisses de la danseuse (morceau de viande) et peut-être aux plumes de son costume. Le texte est donc très réducteur dès le début. La seconde comparaison a surtout pour effet de mettre en avant la maladresse de la danseuse : par le terme autruche (oiseau qui ne sait pas voler), mais par le fait qu’elle soit gênée également.

Il y a une différence entre la danseuse est l’autruche : la danseuse s’enfait gloire.

L’auteur met donc en avant un défaut de la danseuse (sa maladresse), tout en montrant sa vanité puisqu’elle, elle est fière. Il y a un aspect grotesque dans la situation.



Les termes tout, pleine, toujours sont des termes intenses sémantiquement ; exagération de la phrase qui mime l’exubérance de la danseuse.



, - et marche sur des œufs sur des airs empruntés.Le tiret marque une rupture ; le mouvement entravé est grotesque, l’aspiration à voler est cassée. Le verbe « marcher » fait partie du processus de désacralisation de la danseuse. Il n’emploie pas « danser » qui aurait été plus convenable pour une danseuse, ça lui enlève toute grâce. L’expression « marcher sur des œufs » renvoie à une certaine préciosité.

Rem : cette attention particulièrepeut renvoyer à l’image de la danseuse qui fait ses pointes.



Le mot air à un double sens : soit cela s’applique à la danseuse elle-même (son attitude), soit à la musique inauthentique sur laquelle elle danse.

Le terme empruntés a aussi un double sens : manque d’aisance mais aussi répétition simple et absurde des pas qu’on lui a appris (de nouveau idée d’inauthenticité ; un peu comme unpantin, gestes mécaniques.

ð la danseuse n’a rien pour elle : aucun naturel, vision négative renforcée encore par la comparaison avec l’autruche. De plus, elle est prétentieuse.



D’âme égoïste en un corps éperdu, les choses à son avis tournent bien quand sa robe tourne en tulipe et tout le reste au désordre.



Une nouvelle dimension s’introduit : le mouvement rotatif de la...
tracking img