La lecture tragique

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  • Publié le : 6 juin 2009
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Corrigé de la dissertation "La lecture tragique"

PREMIÈRE L et PREMIÈRE S2 :

Voici le corrigé du Devoir Maison sur la lecture tragique. POSSIBILITÉ DE PLAN :

I / La lecture comme appropriation individuelle du texte

A ) Lire est un acte individuel qui conduit à un plaisir. Mais quel plaisir?

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Le plaisir de la découverte est le plus répandu : il conduit le lecteur àentrer avec étonnement dans un univers inconnu. Le texte propose un dépaysement qui fait sens. La tragédie classique, pour un lecteur de 2009, offre des points de vue exotiques qui permettent la découverte : nous entrons au cœur de valeurs antiques et religieuses, nous suivons le déroulement d'une intrigue qui touche une famille royale, nous entrons dans le conflit intérieur d'un héros qui fait faceà son Destin, nous goûtons une langue versifiée dont on doit découvrir le lexique et la beauté. C'est un enjeu de taille de la lecture ignorante : par exemple, un lycéen n'est pas spontanément ouvert à la lecture tragique, il doit faire l'effort de la découverte pour accéder au plaisir. Un jour la découverte fonde la référence culturelle commune. Au lycée, lire Phèdre ou Antigone c'est découvrir ceque les générations passées ont déjà découvert.

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L'habitude du texte à suspense conduit à un plaisir de la recherche. Dans le récit policier, par exemple, le lecteur est pris par la main dans sa lecture par l'auteur qui crée pour lui une situation confortable : découvrir le meurtrier ou la résolution de l'énigme est un enjeu du suspense et le lecteur sait que la fin du récitéquivaut à la fin de son parcours de lecture.

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Il n'existe pas UNE lecture mais DES lectures d'une même œuvre. L'individualité du lecteur prime sur la composition de l'histoire. Chaque lecteur amène, dans sa lecture, sa quête, l'objet de sa recherche. Par exemple, un homme torturé, dans sa vie réelle, par le sentiment de jalousie, sera fortement sensible au passage où Phèdre exprime lasienne : « Ah douleur non encore éprouvée ... » Ce plaisir de la reconnaissance existe à chaque fois qu'il y a un écho entre notre vie banale et celle d'un héros.

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Enfin, si l'on considère que la doctrine classique du XVIIe siècle emploie avec pertinence la catharsis aristotélicienne, on peut dire qu'il existe un plaisir de l'évitement : je lis Phèdre pour me montrer, comme lepense Racine, que les passions sont néfastes et que la souffrance de l'héroïne est odieuse. Il s'agit d'une purgation des âmes. Le plaisir de lire ces abominations nous empêche d'y succomber.

B ) Lire une tragédie offre cependant des particularités liées à ses codes. Quelles particularités?

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Les codes de composition permettent une passivité de la lecture étrange : le lecteurd'une tragédie sait où il est, sait où il en est, sait qui va mourir. Le lieu tragique, les étapes du récit (il sait par exemple repérer le nœud), et l'issue fatale (la mort du héros) sont les repères de sa lecture. L'expression de Barthes « je prends plaisir à m'entendre raconter » (avec la formule pronominale « m'entendre ») montre cette passivité. Ne le nions pas : Le risque de l'ennui peutcependant guetter cette lecture.

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La fameuse mort tragique équivaut à cette évidence : la tragédie est une histoire dont je connais la fin. Mais Barthes efface astucieusement ce qui fait sans doute le principal plaisir du lecteur : ce n'est pas arriver à la scène où Phèdre a bu le poison qui intéresse le lecteur, ce sont les tourments qu'elle endure, tourments très humains, même sil'intrigue se fonde sur une inspiration purement mythologique qui le font vibrer. On peut alors dire, selon les éléments étudiés précédemment que le lecteur ne découvre pas, il recherche et il reconnaît.

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La lecture d'une tragédie est alors comme l'entrée dans une activité ritualisée. Si la recherche et la reconnaissance fonctionnent, le lecteur est comme l'enfant qui écoute le...
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