La lettre

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  • Publié le : 12 décembre 2011
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Comme je n’ai pas dans ce monde-ci cent cinquante mille moustaches à mon service, je ne prétends point du tout faire la guerre. Je ne songe qu’à déserterhonnêtement, à prendre soin de ma santé, à vous revoir, à oublier ce rêve de trois années.
Je vois bien qu’on a pressé l’orange ; il faut penser àsauver l’écorce. Je vais me faire, pour mon instruction, un petit dictionnaire à l’usage des rois.
Mon ami signifie mon esclave.
Mon cher ami veut dire vousm’êtes plus qu’indifférent.
Entendez par : je vous rendrai heureux, je vous souffrirai tant que j’aurai besoin de vous.
Soupez avec moi ce soir signifieje me moquerai de vous ce soir.
Le dictionnaire peut être long ; c’est un article à mettre dans l’Encyclopédie.
Sérieusement, cela serre le cœur. Toutce que j’ai vu est-il possible ? Se plaire à mettre mal ensemble ceux qui vivent ensemble avec lui ! Dire à un homme les choses les plus tendres, etécrire contre lui des brochures, et quelles brochures !
Arracher un homme à sa patrie par les promesses les plus sacrées, et le maltraiter avec la malice laplus noire ! que de contrastes ! Et c’est là l’homme qui m’écrivait tant de choses philosophiques, et que j’ai cru philosophe ! et je l’ai appelé le Salomondu Nord !
Vous vous souvenez cette belle lettre qui ne vous a jamais rassurée. Vous êtes philosophe, disait-il : je le suis de même. Ma foi, Sire, nousne le sommes ni l’un ni l’autre.
Ma chère enfant, je ne me croirai tel que quand je serai avec mes pénates et avec vous. L’embarras est de sortir d’ici
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