La politique sociale des 35 h

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 22 (5450 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 25 mars 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
LA NOUVELLE LOI CONTRE LES 35 HEURES EN FRANCE : RÉFORMER UNE POLITIQUE SOCIALE TOUT EN CONTOURNANT LE PHÉNOMÈNE DE PATH DEPENDENCY

Depuis le 1er janvier 2000, la durée légale du travail en France est fixée à 35 heures par semaine. Cette réforme sociale qui résulte des lois Aubry I et II et de leurs nombreux textes d’application a profondément modifié les modalités d’organisation du travaildans le pays. Depuis il ne cesse de s’animer un large débat sur les conséquences des 35 heures et sur la possibilité de les réformer dans l’avenir. Plusieurs réformes ont été effectuées depuis 2003 mais la controverse a surtout refait surface cet été avec l’adoption d’un nouveau projet de loi qui favorise, une fois de plus, le dépassement des 35 heures légales de travail hebdomadaire (Dayan et Erhel2005, 1). Cependant, après un siècle d’accumulation de politiques sociales, toute nouvelle initiative se trouve enchâssée dans un ensemble complexe d’institutions et de politiques publiques héritées du passé. C’est ce que les néo-institutionnalistes ont appelé le phénomène de path dependency et de rétroaction politique : les mesures sociales existantes sont de plus en plus intériorisées dans lasphère publique et privée ce qui freine généralement les projets de réformes qui tentent de s’imposer par la suite. Il est donc pertinent de se demander dans quelle mesure la dernière loi adoptée en juillet 2008 sur le temps de travail a-t-elle permis de contourner la logique d’institutionnalisation des 35 heures en France. Pour ce faire, nous examinerons d’abord comment la politique de réductiondu temps de travail (RTT) s’est institutionnalisée dans le quotidien de tous les travailleurs français afin d’analyser par la suite les divers obstacles que les « réformateurs » des 35 heures ont rencontré cet été. Enfin, nous verrons que cette politique sociale profondément ancrée dans le marché du travail peut quand même évoluer et être modifiée à travers diverses réformes successives mais sanstoutefois disparaître complètement…
L’installation de la durée légale à 35 heures, une institution qui est venue transformer le monde du travail en France
Héritage phare du gouvernement Jospin, la réduction du temps de travail à 35 heures par semaine est une réforme sociale qui a impliqué de nouveaux principes, de nouvelles valeurs et de nouveaux objectifs. Les lois Aubry ont fait apparaître denouvelles coalitions d’intérêts, des engagements financiers et des mécanismes institutionnels sur lesquels il est difficile aujourd’hui de revenir. Il est donc pertinent d’insister sur l’origine de ces mesures et sur leurs implications sociales pour comprendre à la fois l’ambiguïté qui entoure l’éternel débat sur les 35 heures en France et la difficulté qu’éprouve le gouvernement actuel quand ils’agit de toucher à la durée légale du travail.

La mise en place des 35 heures : les lois Aubry et leurs conséquences
La réduction du temps de travail s’inscrit dans une histoire qui remonte au XIXème siècle avec les premières interventions de l’État. Celles-ci visaient d’abord à protéger la santé des salariés, à améliorer les conditions de vie des travailleurs puis par la suite à lutter contrele chômage (Askenazy, Bloch-London et Roger 2004, 154). Dans l’esprit de ses initiateurs, la réduction du temps de travail avait une dimension de « politique de civilisation » car elle visait non seulement à réduire le taux de chômage mais aussi à diminuer le poids du travail dans la vie de chacun au bénéfice du temps libre. En réduisant ainsi la place de l’économie dans la vie sociale, lesinstigateurs des 35 heures souhaitaient avant tout améliorer la qualité de vie des travailleurs et de leurs familles (Clerc 2008).
Le contexte politique et économique de l’année 1997 permet de comprendre la décision du gouvernement d’engager une modification de la norme légale du temps de travail en France. Devant le maintien à un niveau élevé du chômage (12%) et l’échec des politiques antérieures...
tracking img