La servante au grand coeur

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  • Publié le : 15 juin 2010
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LA SERVANTE AU GRAND CŒUR

Centième poème dans le recueil des Fleurs du Mal, La servante au grand cœur nous fait nous interroger sur la présence de ce poème dans cette section précise des Tableaux parisiens puisqu’il n’a est fait aucune mention explicite de la ville. Est-ce parce que c’est le souvenir lié à l’enfance parisienne de Baudelaire, à la maison de Neuilly, sorte de Paradis perdu.Cette maison est évoquée dans le poème 99. Neuilly est associé à son bonheur tandis que Paris serait la ville du malheur. Peut-être est-ce aussi parce que cette humble servante, apparemment oubliée de tous fait partie de cette ville des solitudes avec beaucoup d’autres pauvres, les isolés. Paris est la ville des exclus, des parias, thèmes orchestrés dans le Cygne et qui clos le recueil avec cetteservante, Mariette, exilée dans sa tombe. Ici, sans famille, sans amis, elle est abandonnée sans doute plus qu’elle ne le serait dans une petite ville. On trouve alors une agglomération de solitude. C’est le Paris des exilés. Les êtres humains sont déracinés, perdus dans la grande ville, dans la vie comme dans la mort. Paris est précisément une ville sous le signe de la mort. Insistance de Baudelairesur les malades, les agonies aussi bien dans Crépuscule du soir que dans Crépuscule du matin. Mais la souffrance ne s’arrête pas même après le dernier soupir. Il n’apporte pas le repos, l’oubli. La solitude des morts est éternelle. Ils sont prisonniers de leur tombe comme ils l’étaient de la ville : « le cimetière, à la fois dépotoir et fin dernière de la ville ». Pour l’exprimer, Baudelairerevient à des représentations archaïques de la mort : « les morts continuent à vivre dans le noir, l’enfermement, le froid et la nuit ». cf. : le royaume des morts, des enfers de Homère puis Virgile dans lequel il n’y a ni paradis, ni enfers, lieu des délaissées qui ne peuvent connaître un peu de chaleur que dans le souvenir et la pitié des vivants. Pour suivre Baudelaire, il faut admettremomentanément cette existence du royaume des ombres. Baudelaire, pour rendre cette conception des morts telles qu’elle était imaginée avant les religions monothéistes.

I Baudelaire va créer progressivement une conduite du poème et un climat sur le modèle du fantastique

II Baudelaire va appeler les vivants en excitant à la fois leur culpabilité et leur compassion à la piété envers les morts.

I Uneconduite du poème fantastique

Comme dans une narration fantastique, Baudelaire part de détails encrés dans la réalité quotidienne ( des fleurs « lambeaux qui pendent à leur grille », « humble pelouse », « les vieux arbres ».) Comme une contamination du décors par la servante défuntes, la pelouse est humble comme l’était la servante , les arbres du cimetière sont vieux comme elle, les morts sontde vieux squelettes gelés travaillés par les vers, les fleurs sont en lambeaux comme le corps des morts. Ceux-ci sont de pauvres morts comme Mariette fut une pauvre vivante. C’est que cette réalité quotidienne est à la semblance de la vie avant et après la mort de la servante. Elle en vient même peu à peu à son émanation. L’âme de la morte anime ces lieux abandonnés. Son fantôme hante lecimetière. Sa vie se poursuit outre-tombe. Elle éprouve « de grande douleur », elle a froid, elle est seule. Il faut admettre que l’existence des morts se poursuit.

C’est la saison du froid et de la pluie. D’abord c’est octobre qui souffle son vent mélancolique vers les neiges de l’hiver puis c’est par une « nuit bleue et froide de décembre » que la morte sera présente dans une apparition. Lefantastique culmine au moment où l’on arrive au fond de l’année après même le jour des morts - la Toussaint – Le poème est fait de ce glissement comme souvent chez Baudelaire à partir de détailles réalistes et matériels vus précédemment. On observe ainsi une série de rimes opposant des termes tout à fait différents : une saison avec un détail infime et répugnant : vers/hivers (rime 11/12) ; le vivant...
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