La voleuse

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LA VOLEUSE DE VIES

Gaël Chatelain Voir l‟intro de l‟auteur

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LA VOLEUSE DE VIES

Lorsque tu es né, tout le monde était heureux, et tu pleurais. Vis ta vie de telle sorte que, le jour de ta mort, tous pleurent et que tu sois heureux. Proverbe arabe.

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C‟est elle.

Marie, ma boss, vient d‟entrer dans mon bureau, flanquée de quatre hommes àl‟air peu avenant, tous le bras cerclé d‟un brassard orange sur lequel le mot « police » apparaissait de façon criarde. Le plus âgé, arrogant, visage fermé, s‟avance vers moi d‟un pas décidé. Claire Nolan ? Pardon ? Claire Nolan, vous êtes en état d‟arrestation, merci de vous lever et de nous suivre.

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Marie ? Que se passe-t-il ? De quoi parlent ces gens ? Je nevous suis nulle part. Vous plaisantez là ? Marie, pas très drôle votre blague. Mademoiselle, s‟il vous plait, ne faites pas d‟histoire et suivez-nous tout de suite. MARIE, aidez-moi, s‟il vous plait, sérieux, je ne sais pas ce qu‟ils me veulent. Je ne vais tout de même pas me laisser embarquer sans raison. Oh, que me reprochez-vous ? Tu pensais t‟en tirer une fois de plus ? C‟est fini ! Tu vaspartir de cette entreprise, sortir de ma vie, et payer pour ce que tu as fait. Messieurs, je vous laisse opérer et enlevez loin de moi cette ordure. Marie, de quoi parlez-vous ? Vous me connaissez, que me reproche-t-on ? Vous vous trompez. Marie, oh, Marie, vous nous faites un mauvais trip ou une blague de mauvais gout ? Marie, eh oh, c‟est moi, vous vous rappelez, ça fait des années que noustravaillons ensemble ! Des horreurs, des bassesses, des immondices encore plus sombres que ton âme. Tu vas pourrir en prison. Ah, tu croyais t‟en sortir tranquillement ; tu croyais pouvoir me rouler, MOI ? Tu te prends pour qui petite conne ? Madame, arrêtez tout de suite ou Mademoiselle Nolan pourrait porter plainte contre vous. Allez, nous y allons. J‟aimerais voir ça. Vas-y pétasse, porte plainte,vas-y, je t‟en prie, fais-toi plaisir qu‟on rigole un peu. Marie ! Il y a erreur sur la personne, vous voyez bien. Marie, ooooooooh, MARIE, sérieux là, j‟vous parle. Arrête ton cinéma. Madame, ça suffit, nous y allons. Allez mademoiselle, s‟il vous plaît, nous devons partir. Ne résistez pas, cela ne sert à rien. Nous vous expliquerons tout, une fois au commissariat. Adieu.

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Bras dansle dos, menottes aux poignets, les trois hommes me conduisent vers la sortie. Je m‟imagine très bien tenter une évasion grandiose et rocambolesque, mais le courage me manque. Face au danger, le vrai, les théories que l‟on élabore autour d‟un verre de vin sont moins évidentes à mettre en œuvre. Je repense à Spaggiari, à Belmondo, à Harrison Ford dans Le Fugitif, à Prison Break et à tous cespersonnages plein de panache et de courage face à ce qu‟ils considèrent comme étant de l‟injustice ; Et moi, à cet instant, je suis aussi rebelle qu‟un Bisounours. La honte. La journée avait bien commencé pourtant. Réveil serein après une soirée tranquille avec mon amoureux du moment, douche, sifflotement de rigueur, choix de mes vêtements, mi provoc, mi mémère, baiser à mon chéri, trente minutes dansmon Austin Mini, arrivée au bureau, place de parking numéro 139, café avec mes collègues, long, sans sucre, comparaison de soirée, échange de potins… rien de très folichon, mais normal. Marie a été désagréable avec moi, comme chaque jour, 4

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comme elle sait si bien le faire avec chacun de ses collaborateurs, rien d‟original ni d‟inquiétant non plus. Ma journée ressemblait àtoutes mes autres journées de jeune cadre dynamique. La vie est étonnante ; en un instant, tout peut basculer sans que l‟on sache pourquoi. Ma vie a souvent changé de direction, mais le chemin qui s‟annonce ne me tente pas trop. Je ne maîtrise pas, à cet instant, mon destin. Je passe devant mes collègues, la tête haute, le regard fier. Ne jamais baisser les yeux m‟a toujours dit Hakim. Baisser...
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