Lambeaux, charles juliet

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  • Publié le : 20 avril 2010
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Lambeaux, page 34

Cette route, elle se confond avec tes rêves, tes désirs, tes aspirations, et dès que tu la vois, en toi tout s’embrase. Un jour, partir, t’arracher à l’étau de la famille, àl’ennui du village, des hivers, et marcher, marcher, aller à la rencontre du monde des villes, d’êtres clairs et aimants, à la rencontre d’une vie délivrée de la souffrance et du mal. En ce jour, tu esautre, et elles aussi sont autres. Ce que vous vous dites et qui n’a rien que de banal, vous n’auriez pu vous le dire si vous étiez restées à la ferme. Et la nature elle aussi te parait différente. A unpoint tel qu’il te semble n’en avoir jamais rien vu jusqu’alors. Le désir te vient de leur faire partager ton émotion, et tu te mets à leur détailler ce que vous avez sous les yeux : les maisonsgroupées autour de l’église, les toits d’ardoise grise, les fumées qu’aucune brise ne dissipe, les méandres de la rivière, les arbres qui la bordent, le cimetière à l’écart du village, la géométrie deschamps, les ocres bruns des vaches dans les embouches, la variété de tous ces verts, cette mince route blanche par laquelle l’une après l’autre vous vous évaderez, l’épervier qui place au-dessus devous, la ligne rigoureusement horizontale où, des deux côtés de la vallée, les bois bordent les prés, puis loin au-delà de la crête la plus proche – vert noir des sapins, gris pâle des falaises – desmontagnes plus hautes, plus sévères, aux formes heurtées. Et aussi cette immensité bleue, avec cette radieuse lumière qui inonde chaque chose, répand la vie, et en ce dimanche vous insuffle pareille joie.Sous ce bouleau, tes sœurs assises devant toi, les mots coulent en abondance de tes lèvres. Leurs visages levés et tendus. Leurs regards étonnés et avides. Tu n’as jamais autant parlé, et tu as tantà dire qu’il te parait que tu pourrais poursuivre ainsi pendant des jours. Tu évoques ces hommes qui ont vécu il y a des siècles et des siècles, leur racontes les malheurs de Job, les cris de...
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