Le conditional

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 36 (8765 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 30 août 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
1- Introduction.

Dans l’étude présentée par Haillet dans son ouvrage Le conditionnel en français : approche polyphonique[1]on constate un double objectif : d’une part proposer des critères permettant de rendre compte des différentes interprétations qu’on peut trouver à partir des divers contextes d’une même séquence énonciative et, d’autre part, déterminer le point commun à l’ensemble desemplois du conditionnel.
Pour analyser les environnements syntaxiques dont on peut trouver une occurrence du conditionnel la distinction s’établit entre les assertions d’un côté et les questions de l’autre.

Haillet propose d’appréhender l’interprétation d’un énoncé donné en accordant une attention particulière aux paraphrases qu’il admet et qu’il exclut.
L’examen des paraphrases admises etexclues par un énoncé donné permet d’observer un ensemble d’énoncés illustrant divers emplois des formes verbales ainsi que d’opérer leurs classifications. Il vise en même temps à rendre compte de tel ou tel effet de sens produit par l’emploi d’une forme donnée. Voyons par exemple :
(1) La rénovation du bâtiment a coûté moins cher que prévu.
(2) La rénovation du bâtiment débutera l’été prochainet durera au moins deux mois.
Ici l’emploi de syntagme La rénovation du bâtiment produit l’effet de sens paraphrasable par « Le bâtiment a été rénové » dans (1) mais non dans (2).
Centrée sur les effets de sens produits par l’utilisation des différentes formes verbales (terme employé en alternance avec « tiroir verbal ») et inspirée du passage de Tesnière (1959 p 102)[2], cette étudeconsidère tout énoncé comportant une forme verbale comme une représentation ; une « spectacularisation » (Bres, 1998) d’un procès.
Par exemple à propos de ces énoncés :
(3) La mère de Paul travaille ici
(4) La mère de Paul travaillait ici
(5) La mère de Paul a travaillé ici
On dira que (3), (4) et (5) ne se distinguent que par leur tiroir verbal, qu’ils correspondent à trois manières différentes dereprésenter le même procès par convention sous la forme « la-mère-de-Paul-travailler-ici ».

Pour déterminer l’effet que produit l’emploi du conditionnel il faudra établir la comparaison parmi les énoncés qui s’en distinguent uniquement par la forme verbale et qui constituent des représentations différentes du même procès.

2- Représentation du procès et approche polyphonique du discours.Généralement l’emploi des différents tiroirs verbaux revient à représenter le procès en ce qui concerne notamment la temporalité[3] et l’aspect[4].
Cette perspective est articulée dans l’étude avec celle qui consiste à interpréter l’énoncé - représentation par le biais de l’attitude attribuée à son locuteur, perspective ouverte par les travaux de Jean-Claude Anscombre et Oswald Ducrot. Apartir de ces travaux, Haillet veut montrer comment une conception « polyphonique » permet de rendre compte d’un certain nombre de faits discursifs appelés couramment « effets de modalisation ».
Il rendra compte de ce type de phénomènes dans le cadre de la théorie polyphonique du discours en s’appuyant sur deux passages précis :
« Lorsqu’un locuteur L produit un énoncé E (…), il met en scène un ouplusieurs énonciateurs (…). Ce locuteur peut adopter vis-à-vis de ces énonciateurs (au moins) deux attitudes : ou bien s’identifier à eux (…), ou bien s’en distancier en les assimilant à une personne distincte de lui – plus précisément, de lui en tant qu’il est locuteur de l’énoncé - personne qui peut être ou non déterminée » (Anscombre et Ducrot, 1983, p.175).
Le locuteur, (celui que l’énoncédésigne comme son auteur) peut se situer de différentes façons par rapport aux divers énonciateurs mis en scène. Il peut s’identifier à un énonciateur et assumer alors la responsabilité du point de vue que celui-ci exprime (…). Il peut également se distancier d’un énonciateur, ce qui ne signifie pas nécessairement qu’il refuse le point de vue de ce dernier, mais simplement qu’il n’en revendique...
tracking img