Le malentendu de camus

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  • Publié le : 28 mai 2010
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Le Malentendu, créé en 1944, est une pièce de langage mais d’un langage qui échoue. Alors que Camus souhaite renouveler la tragédie antique, quelle évolution dramaturgique propose la pièce ? En étudiant les critères de fonctionnement du récit, nous dégagerons les points suivants : d’une part, les récits ont une fonction morbide et mortifère, en condamnant les personnages signes d’une évolutionthéâtrale, les récits sont d’autre part fermés, adressés à la personne même qui produit ce récit : tout l’intérêt de la pièce réside d’ailleurs dans cette absence de communication et de destinataire, dans cette parole qui ne s’échange pas. Enfin le récit de la mort de Jan ne répond pas tout à fait aux critères esthétiques traditionnels : il s’agit moins de respecter les convenances que de montrerréellement sur scène ce qui tue, c’est-à-dire le langage lui-même. Entre tradition et modernité, le récit dans le Malentendu se révèle être une machine à tuer. Créé en 1944, le Malentendu propose une voie d’accès possible à la tragédie moderne et renouvelée : le héros Jan retourne dans son pays natal, après des années d’absence. Accueilli dans une auberge que tiennent sa mère et sa sœur, il leurcache son identité. Les deux femmes le volent et le tuent avant de mourir à leur tour, une fois la vérité découverte. Dans la préface à l’édition américaine de son théâtre, Camus relève la gêne du public devant cette pièce désespérée : « Le langage aussi a choqué. Je le savais. Mais si j’avais habillé de peplums mes personnages, tout le monde peut-être aurait applaudi. Faire parler le langage de latragédie à des personnages contemporains, c’était au contraire mon propos. Rien de plus difficile à vrai dire puisqu’il faut trouver un langage aussi naturel pour être parlé par des contemporains, et assez insolite pour rejoindre le ton tragique. » A la recherche d’un langage renouvelé, Camus introduit dans le Malentendu une forme d’éloignement, un « sentiment de dépaysement » afin de mettre enscène un langage qui échoue. Jan, sa mère et Martha ne parviennent ni à s’entendre ni à dialoguer. Notre objectif sera d’analyser les nombreux récits du Malentendu afin d’en dégager leur sens et leur fonction. Camus rêve de renouveler le tragique. La pièce reste-t-elle en accord avec la tradition théâtrale ou parvient-elle à s’en détacher ? En étudiant les critères de fonctionnement du récit, enobservant ce qui est raconté, par qui et pour qui ou pourquoi, nous questionnerons les frontières du théâtre et du récit. Trois aspects seront ainsi dégagés : la fonction morbide et mortifère du récit, la claustration, le renouvellement de l’esthétique du récit à travers la mort de Jan. Dans le malentendu, sans l’évènement raconté, l’évènement représenté n’a plus de substance ni d’intérêt. Si lareprésentation fonctionne, c’est parce qu’elle s’appuie constamment sur le récit. Martha, sa mère et Jan ont souvent recours à cet élément narratif comme s’ils se raccrochaient à lui pour survivre sur scène encore quelques heures. En revanche, Maria, la femme de Jan, interrompt souvent les récits de ses interlocuteurs et leur préfère le langage simple de l’amour, le dialogue. Paradoxalement, ces récitsqui assurent la présence sur scène de certains personnages, sont morbides et mortifères et condamnent fatalement ces mêmes personnages. Ils racontent en effet un avenir clos, fermé car meurtrier. Les deux premiers actes sont tournés vers le geste fatal qui doit décider du sort final des deux femmes. Martha, au début de la pièce, rêve d’une vie meilleure. Le récit au futur la transporte vers unimaginaire qui n’existe que dans ses mots car elle ne le verra jamais. La fin de son récit la condamne en effet à devenir une meurtrière : « Mais il faut beaucoup d’argent pour vivre libre devant la mer. C’est pour cela qu’il ne faut pas avoir peur des mots. C’est pour cela qu’il faut s’occuper de celui qui doit venir. S’il est suffisamment riche, ma liberté commencera peut-être avec lui. » Le...
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