Le moi

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  • Publié le : 19 novembre 2011
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688-323 Qu'est-ce- que le moi?
Un homme qui se met à la fenêtre pour voir les passants; si je passe par là, puis-je dire
qu'il s'est mis là pour me voir? Non; car il ne pense pas à moi en particulier; mais celui qui
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aime quelqu'un à cause de sa beauté, l'aime-t-il? Non : car la petite vérole, qui tuera la beauté
sans tuer la personne, fera qu'il ne l'aimera plus. Et si on m'aime pourmon jugement, pour ma
mémoire, m'aime-t-on? moi? Non, car je puis perdre ces qualités sans me perdre moi-même.
Où est donc ce moi, s'il n'est ni dans le corps, ni dans l'âme? et comment aimer le corps ou
l'âme, sinon pour ces qualités, qui ne sont point ce qui fait le moi, puisqu'elles sont périssables?
Car aimerait-on la substance de l'âme d'une personne, abstraitement, et quelques qualitésqui y
fussent? Cela ne se peut, et serait injuste.
On n'aime donc jamais personne, mais seulement des qualités. Qu'on ne se moque donc
plus de ceux qui se font honorer pour des charges et des offices, car on n'aime personne que
pour des qualités empruntées.
Si nous analysons ce texte dans le détail, nous observons qu’à la question : « Qu’est-ce
que le moi ? « , Pascal répond d’abord par unargument destiné à s’opposer aux libertins.
Le moi est-il identifi,é par son corps ? Mais la toute première remarque ne porte pas
même sur le corps, mais sur l’accident. Car si je suis un passant dans la rue et qu’un homme à
la fenêtre me regarde, le fait qu’il me voit est, du point de vue de la substance que je suis,
accident , c'est-à-dire, si nous reprenons la définition d’Aristote, unemodification de la
substance qui n’est ni nécessaire ni constante, en ce qu’elle ne participe pas de l’essence de la
chose. Ainsi, ce n’est pas en tant que je suis qui je suis (en tant que je suis un être déterminé),
que l’homme me voit dans la rue ; car s’il ne me voyait pas, je n’en serais pas moins le même.
Ce premier argument est donc plutôt en faveur d’une préservation de l’idée de substance,puisqu’il laisse, pour le moment, entendre, que la substance n’étant pas définie ni déterminée
par des accidents, c’est qu’elle est autre chose, quelque chose d’essentiel, et c’est pourquoi il
va passer à l’analyse des attributs, et singulièrement des attributs essentiels, ceux dont
Descartes dit, dans les Principes de la philosophie qu’ils sont de l’ordre de la distinction
réelle.
Le corpsest l’un de ces attributs, qui sont censé, pourvoir appartenir au moi en tant qu’il
participe de son essence. Car je n’ai pas seulement un corps par accident, mais je suis mon
corps et mon corps es nécessairement moi.
Pascal va, en réalité contester qu’il y ait un lien réel entre la substance et cet attribut.
« Mais celui qui aime quelqu'un à cause de sa beauté, l'aime-t-il ? Non : car lapetite
vérole, qui tuera la beauté sans tuer la personne, fera qu'il ne l'aimera plus. » ; L’argumentaire
de Pascal devient ici plus complexe, car on passe de la notion de perception et de jugement,
(quelqu’un me voit à la fenêtre) à la notion d’amour. Dans la perception, il s’agit d’un
jugement de connaissance. Dans l’amour, il s’agit aussi d’un jugement, mais qu ne dépend pas
nécessairement dela détermination de ce qu’est, en fait la personne aimée. Il n’est pas
nécessaire de connaître l’autre pour l’aimer ; ou bien nous pouvons dire que nous pouvons
l’aimer malgré ce que nous en connaissons ; mettre sur le même plan ces deux types de
jugement est donc, d’un point de vue strictement logique, abusif, puisque nous passons, en
quelque sorte, de l’ordre de l’esprit, à l’ordre du coeur.Pourtant, Pascal n’hésite à faire cette assimilation, que la logique n’admet pas. Car ce
qui le préoccupe ici, ce n’est jamais l’existence du moi comme substance, mais seulement sa
qualification par l’autre (celui qui m’aime, celui qui me voit) ; c’est comme si, d’une part la
question de l’existence du moi ne pouvait pas se poser, et comme si, d’autre part, la
conscience d’un moi par...
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